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Côme de la Caterie

Chambre 9

Le cœur nu

© Morris, sept. 2020
© Morris

Veuillez nous suivre s’il vous plait !
Cette formule archi-entendue dans les séries policières. Dans la vraie vie, elle ne fait pas le même effet. J’ai dû blêmir, j’ai dû laisser passer dans mes yeux la panique que je ressentais intérieurement.
Vernon, très professionnel, derrière son comptoir m’a dit : euh… ne vous inquiétez pas, je m’occupe de tout !
De quoi va-t-il bien pouvoir s’occuper ? Je pense que c’était une formule toute faite comme on les apprend dans les écoles d’hotellerie. Cette phrase ne voulait rien dire de précis, mais elle m’a fait du bien, elle m’a raccroché à la normalité…


Pourquoi m’emmenez-vous ?
Dans la voiture, les deux gendarmes n’ont rien dit, mis à part le lieutenant Pajet veut vous voir. Laconique. Prudent. Obscur.

Je me suis retrouvé devant le lieutenant Pajet. En d’autres circonstances, je lui aurais attribué un 9/10. Grand. Blond. Les yeux bleu, bleu acier. Large d’épaules, la chemise qui serre un peu. Des avant-bras musclés et tatoués (c’est pour ça que j’enlève un point).
Et ce cul ! Mais bon…
-Vous avez une idée du pourquoi de votre présence ?
-…
- Pourquoi vous faire appeler Côme de la Caterie et ne pas utiliser votre vraie identité, monsieur Acceteo ?
- Il n’y a rien d’illégal à se faire appeler par un pseudonyme… Enfin, je crois. Je n’ai jamais signé un papier ou quoi que ce soit avec ce nom d’emprunt, qui du coup n’en est pas un. Rien d’illégal lieutenant ! Si ?
- Effectivement rien d’illégal sauf si vous êtes mêlé à une escroquerie… ça peut peser lourd contre vous…
- Comment m’avez vous trouvé ?
- Le message que vous avez laissé sur le répondeur de votre mère… Vous avez eu un contact avec votre banquière il y a quelques jours je crois ?
- Euh… oui !
Dans ma tête, évidemment, le lien avec ce que Mme Juries m’avait écrit :
Nous avons été saisi d'une demande d'information de la part du commissariat de Limonest (…) tentative de virement de votre compte épargne vers un établissement de crédit lié à la marque Audi.
- Donc vous voyez de quoi je parle. C’est une tentative d’escroquerie dont vous avez failli être victime. C’est pour cela que vous êtes là… Votre nom, Rémi Accéteo, apparait comme caution. Et ce sont vos fonds, 60.000 euros, qui devaient transiter… Vous avez presque été dépouillé d’une partie de vos économies. Avez vous des soupçons ?
- Ben non ! Je n’imagine pas ma compagne… même si je l’ai quittée un peu brutalement il y a deux mois…
- Que savez vous au sujet de M. Fabien Della Porta ?
- Fabien ???

Il a fallu que j’explique. Fabien, mon ancien compagnon (j’ai bien noté le sourcil qui s’est levé quand j’ai décrit notre relation… intéressé Lieutenant ?)… une relation qui se poursuit de loin en loin… oui il avait les clés de mon appartement (on a vécu plus de 4 ans ensemble lieutenant)… oui il devait avoir mes mots de passe, c’est lui qui m’a presque tout appris… En informatique j’veux dire !

Et donc Fabien, avec ses goûts de luxe, a tenté de me plumer. Je t’aime toujours tu sais m’écrivait-il. Et en fait, il aimait mon fric…

J’ai quitté la gendarmerie après avoir fait ma déposition. Accablante pour Fabien. J’ai tenté de minimiser en expliquant que… euh… peut-être une étourderie… il allait sûrement m’en parler…
60.000 euros Monsieur Acceteo. 60.000 euros… Pour ce prix…
Quoi pour ce prix ? Pour ce prix je peux me payer d’autres putes ? C’est ça que vous voulez dire ?
J’ai gardé ma colère pour moi : Lieutenant, c’est à moi de salir l’image que j’ai de Fabien… Vous, vous n’avez pas le droit !
J’étais abattu et tout en moi hurlait…


Je suis rentré à l’auberge à pied, ayant décliné la proposition de me faire raccompagner par les gendarmes.
Il avait raison André Maurois… L’amour supporte mieux l’absence ou la mort que le doute ou la trahison.
Fabien m’a trahi…
Fabien…
Fabien Della Porta.
FDP. Fils de p…


J’ai retrouvé Vernon, qui m’a accueilli avec un grand sourire : heureux de vous revoir Monsieur de la Cat… enfin heureux que vous soyez de retour !
J’ai souri un peu mécaniquement, lui ai demandé de préparer ma note et de m’appeler un taxi pour 16h00…

J’ai payé…
Merci Vernon, je vous demande de remercier chaleureusement Mme Lalochère et Natou. Je n’ai pas été un client facile mais j’étais bien ici ! Et une bise à Adèle de ma part s’il vous plait…
Au moment de franchir la porte, je me suis retourné : Vernon, je peux vous demander si vous avez quelqu’un dans votre vie ?
Il a rougi, hésité un peu… et m’a dit oui.
Prenez soin de cette personne Vernon, prenez en soin mais n’oubliez pas de prendre soin de vous aussi !


Le taxi m’attendait, direction la gare routière.
En chemin, on est passé devant LE panneau d’affichage.
- Z’avez vu ils l’ont pas encore enlevé l’panneau ! des trucs comme ça…
- Ça veut dire quoi, des trucs comme ça ? Qu’est ce qui vous gêne, c’est deux mecs, et alors ? Ça ne vous fait pas du bien de savoir que deux personnes s’aiment ?
Je voyais ses yeux surpris dans le rétroviseur.
- Non c’est pas ça mais… Vous… vous aussi ?
- Pourquoi cette question ? vous comptez me faire payer plus cher si je dis oui ?
- Non mais… (il se liquéfiait ce con…)
- Alors non, si ça vous intéresse, non je ne fais pas partie des gens heureux. Ça vous va ?
Pendant la durée de la course, je l’ai vu plusieurs fois me regarder dans le rétro.
Moi, j’avais mes écouteurs sur les oreilles…

Le corps perdu dans les glaces
Du vieux monde qui s’efface
Tout seul je nage
Dans une mer de glace dressée
Où les montagnes voyagent
Tout l’été
Je m’en vais, je m’en vais, je m’en vais
Je m’en vais, le cœur nu… [1]

Note

[1] Julien Clerc - Le coeur nu - 1978

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