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Mela Brinderbe

Chambre 15

L'éveil

(Auberge chambre 15 - 5h00 du matin)

Je suis bien. En forme. Prêt à dévorer la vie. Je n’ai pas sommeil. La vie est belle. J’ai le coeur rempli d’amour et de vigueur. Ah ! Que c’est bon de respirer !

Je pense à ce qui s’est passé hier. Hugo-Loup a été formidable, Julia extraordinaire ! La vie est belle ! Je respire profondément.

Il faudra que je rende visite à Hugo. Que je la remercie.

Je vois le toucan face à moi. Je sais qui il est. Je sais qu’il est un peu moi.

Je m’appelle Raphaël et nous sommes en 2007.

Je comprends maintenant ses moindres claquements de bec. Que c’est beau ! C’est musical, ça ressemble un peu à ces langues africaines si jolies, et ça me rappelle même un film où il était question d’une bouteille de Coca-Cola tombée du ciel…

- Ça va Raphaël ? Comment te sens-tu maintenant ? J’observe qu’un des ses yeux est orné d’une cicatrice fine, un peu boursouflée. Elle dessine une sorte de zig zag mais très grossièrement… C’est de l’ordre du conceptuel… Tiens ! Là encore ça me rappelle un film… mais je ne sais plus trop lequel… peut-être un film d’art et d’essais… un peu confidentiel…

- J’ai une de ces patates ! Toucan ! Je langerai un ours si je pouvais ! J’aime Julia. Si fort. Elle m’a sauvé. [1]

- Attends… attends… Il faut que je te parle… J’ai beaucoup à t’apprendre… Tu es prêt à entendre ce qui va te paraître inimaginable ?


(Auberge - Balcon de la chambre 15 - 8h53)

Je regarde la forêt. Le jour s’est levé. J’entends les bruits de la nature et j’hume l’air frais. J’en ai besoin.

Toucan m’a tout raconté. Et ce n’est pas simple… il faut s’accrocher ! Je me suis accroché.

Tout d’abord, cet éclair et ce grondement gigantesque d’il y a si longtemps… et ma disparition complète de ce monde terrestre.

Où étais-je ? Il n’en sait rien. Sans doute que le temps de la mémoire s’est arrêté pour moi, le temps cette dimension toute relative, la maudite sorcière était si puissante qu’elle m’a fait disparaître… pour elle… A JAMAIS. Elle m’a fait disparaître aux yeux du monde et de ma famille.

Julia a essayé de me chercher, elle était totalement anéantie, désespérée. C’est alors que Toucan a eu l’idée (assez saugrenue mais il devait agir) de servir de lien. Il a fait en sorte de communiquer avec elle en mon nom (c’était souvent maladroit, ce n’est qu’un oiseau quand même !). Dans le même temps, il a contacté la druidesse et tous les deux ont commencé leur quête pour me faire renaître. Pas simple du tout.

Toucan a toujours observé le plus discrètement possible Julia et Maéla. Il ne pouvait pas se résoudre à les abandonner.

Le temps a passé. Julia et Maéla ont du s’habituer à mon absence. Je frémis à l’idée qu’elles aient pu me prendre pour un salaud de les avoir abandonnées toutes les deux. Comme ça…

Ah cruelle Morrigan ! Son plan était démoniaque !

Tout à l’heure, Toucan a continué son récit : Julia est maintenant Matriarche… tu sais ce que ça veut dire, Raphaël ?… c’est beaucoup de responsabilités pour sa tribu… C’est beaucoup de responsabilités… Elle a vécu des drames… la mort de sa mère… et Maéla n’est plus le jeune bébé que tu as connu… c’est une belle adolescente… 15 ans se sont passés pour elles !

- 15 ans ? Mais nous sommes en quelle année ?

- 2020 !

J’ai un haut le coeur… Je manque trébucher… Mes jambes tremblent…

- 2020 ??

- Ton arrivée, là maintenant après toutes ces années d’absence, tu te rends compte, Raphaël… tu te rends compte ? Et ce personnage de Mela que nous avons réincarné avec la druidesse… ce personnage ensorcelé que notre druidesse a pu refaire vivre avec quelques souvenirs en tête… il nous a un peu échappé aussi… mais il a matérialisé ton corps et à l’approche de Julia, a permis ton éveil.

Il continue :

- Ce Mela et ses habitudes un peu bizarres ! Ces tongs qu’il portait sans cesse ! Il m’a un peu échappé …

- Des tongs ici ? Dans le Jura ?

- Oui des tongs ! Fourrées et en peaux de bête !

- Tu veux dire des mocassins ?

- Ah oui peut-être… c’est ce mot là qu’il faut utiliser ? (il griffonne dans sa tête ce nouveau mot humain qu’il vient d’apprendre) et ça manie de se peindre le visage… Sacré meli-mela !

(Du coup, je me regarde dans le miroir, je me dévisage et je vois avec stupeur (qui passait par là) que mon visage est entièrement maculé de peinture bleue… (j’ai là aussi le pressentiment que ça pourrait faire un bon film… un type bleu dans une forêt… mais ce ne serait pas du sapin, vous suivez ? )


(Auberge - chambre 15)

J’ai invité à diner ma tendre Julia. Je n’ai pas totalement compris toutes les subtilités des révélations du volatile coloré mais j’accepte maintenant cette réalité. Dans ma tête, le temps s’est arrêté mais ce n’est pas du tout, du tout le cas pour elle.

C’est vrai aussi que j’ai désormais le souvenir très précis des deux éclairs monstrueux. Celui du début et celui de la fin. Et du cri.

Je sais maintenant.

Je vais l’écouter et je lui parlerai… Je l’aime tant. Je l’aime comme aux premiers jours. C’est ainsi. Ce qui est le plus important pour moi maintenant, c’est elle et c’est ma fille. Et qu’importe ! Si je devais maintenant m’effacer, et disparaître cette fois ci à jamais, je le ferais… par amour. Ce serait un acte volontaire.


(Restaurant - Diner)

Julia est en face de moi. Les années ont passé. Mais elle est toujours aussi belle. Elle est fatiguée. Tant d’efforts. Et sans doute un maelström dans sa tête ! Elle me parle d’une voix douce.

Je l’écoute.

J’ai envie de lui prendre la main mais je ne le ferais pas. Je dois l’écouter avec délicatesse, émotion…

Elle me parle…

Note

[1] euh… qu’est-ce qui m’a pris de faire dire à Raphaël qu’il pouvait langer un ours… mais ça va pas ? (auteur de ce texte)

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