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Ariane Danchin

femme de chambre

Un goût de trop peu

C’était bien la peine d’avoir disposé d’un si beau carnet pour y écrire si peu. Il fallait bien que j’écrive au moins pour dire au revoir.

J’ai été si heureuse de travailler là, même si, en n’y étant que le week-end, je ne comprenais pas tout. Entre autre à un moment, des gens sans enfants se retrouvaient avec des enfants, des grands, bon c’était peut-être prévu, j’aurais dû demander ; je n’ai jamais trop osé prendre le temps pour en savoir plus. Et puis du matériel aussi, par exemple pour jouer de la musique ou un très bel arc japonais - quelqu’un m’en a dit le nom mais j’ai oublié -. J’ai bien compris que des couples s’étaient formés, ce qui est habituel dès qu’il y a un lot d’êtres humains au même endroit pendant un certain temps, mais peut-être un peu plus qu’ailleurs. C’était amusant de voir des mêmes affaires qui d’un week-end l’autre n’étaient pas forcément dans les mêmes chambres.

J’ai préparé enfin un paquet cadeau avec, pour la jeune Adèle, le livre que j’avais prévu dès le début mais pas osé donner le jour de son anniversaire. Il aura fallu que je me renseigne un peu et que j’apprenne qu’elle était une fameuse lectrice, pour me dire que ça pouvait aller. Alors voilà j’ai fait un petit paquet avec “De grandes espérances” de Charles Dickens dedans et je vais retourner à l’Auberge le porter. La traduction n’est pas terrible mais c’est le genre de livre que l’on relit plus tard, elle goûtera peut-être alors aux charmes de l’anglais original.

J’ai laissé tomber le DVD, c’était un film sur une adolescente à qui il arrivait des trucs marrants mais qui était une râleuse invétérée, jamais contente ce que la jeune Adèle ne me semblait pas être du tout. Oui, j’irai le déposer ces jours-ci, il faut de toutes façons que j’apporte un petit quelque chose pour Henri, lui dire merci.

Dire au revoir aux unes et aux autres aussi : j’étais tellement habituée au rythme des week-ends travaillées et des semaines chez moi avec ce qu’il y a à faire à la maison, que j’avais littéralement oublié qu’on était déjà en septembre. C’est Jeanne Lalochère qui en me donnant avec ma paie mes papiers de fin de contrat m’a fait prendre conscience que le week-end d’après je n’y serai pas. Ça m’a fait un peu vide, d’un coup. C’est la première fois d’une longue vie de travail que je trouve qu’un emploi a un goût de trop peu (mes jambes de bien plus que vingt ans ne sont pas tout à fait d’accord avec cette phrase). Et puis, je me suis jetée dans tout ce que j’avais à faire chez moi et finalement j’étais bien contente d’avoir mon week-end d’après pour continuer sans avoir à me dire Je finirai plus tard.

Il faut dire qu’après la visite de Léon juste avant le 15 août, j’ai eu Lucie qui est venue un moment à partir du 17. De mes enfants seul Lucas ne sera pas venu, mais puisque je dispose de nouveau de tout mon temps à ma guise, c’est peut-être moi qui irai le visiter.



Longtemps que je n’avais pas eu plusieurs jours d’affilée avec ma fille. Elle m’a annoncé qu’elle avait rencontré quelqu’un et comme à l’ordinaire elle est assez secrète sur sa vie sentimentale, et moi respectueuse de sa discrétion, j’ai pensé que pour qu’elle m’en parle c’est que ça devait être enfin une relation un peu soutenue et depuis un moment. Je l’ai beaucoup écouté raconter. Seulement voilà, les jours de cette semaine-là ont filé bien trop vite et le week-end où elle était là je n’ai eu à l’auberge que le temps de passer travailler afin de vite rentrer la retrouver. C’était le week-end où le chauffeur-livreur n’était plus là sans qu’on sache trop pourquoi, alors ça tombait mal. Bon, en même temps, avec mon vélo je ne pouvais pas faire grand-chose pour aider, alors que je ne m’attarde vraiment pas ces jours-là n’aura pas changé grand-chose. N’empêche que j’ai été contente d’apprendre qu’il était revenu. Je l’aimais bien. C’est rare et précieux, une expérience de travail où l’on aime bien tout le monde, tous les collègues en tout cas.

J’ai cru entendre au village que l’Auberge allait sans doute continuer, sans doute différemment, quelqu’un a même prononcé le mot bar, ce qui m’a un peu surprise. Je vais, quand j’irai déposer le livre pour Adèle, tenter d’en savoir plus. Je connais bien Henri mais il n’est du genre à parler que si on lui a dit que c’était officiel et que ça pouvait être dit. Si c’est confirmé, j’aimerais bien renouveler l’expérience de travailler en complément. Après tout, travailler un peu comme ça encore à d’autres périodes traditionnelles de vacances, tant que j’ai la bonne santé, me plaît. J’aime rencontrer des gens. Et puis il faut bien l’avouer, ça ne me manque pas trop l’appel de ma banquière vers le 20 du mois pour me dire que mon compte est à découvert. C’était si agréable un été sans avoir à compter, à reporter des achats, à me refuser le moindre extra. Par exemple avec Lucie, nous sommes allées au restaurant. Une fois. C’était bien d’y aller sans trop se tracasser.

Mais si je retravaille, je ne sais pas si j’essaierai de tenir un carnet. En vieillissant la capacité de tout mener de front s’émousse. En même temps, il reste à celui-ci bien des pages, alors qui sait ?

PS : Je me demande soudain ce qu’est devenu le carnet que j’avais confié à la dame corse qui s’habillait en noir. C’est curieux, j’y pensais sans arrêt quand je l’avais et ça m’est complètement sorti de l’esprit une fois qu’elle s’en est chargée. Il faut dire que la dame n’était plus là lors de mon dernier week-end travaillé. Je demanderai peut-être à Henri s’il en a entendu parler. Ou peut-être pas, car il a des envies de voyages en ce moment, d’aller y voir sur “son” île, et je n’ai pas trop envie d’aller l’embêter avec une petite question sur un truc que même s’il a su, il n’y pense même plus.

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