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June East

Chambre 17

Jogging against a T-X

Réveillée une fois de plus aux aurores par les trompettes nasales de Javot. Le bougre dort d’un sommeil de plomb, et moi, je tourne en rond dans le lit. Lassée de me remuer les méninges à faire l’inventaire des moutons, j’enfile mes baskets et mon survet.

Je ne suis pas la seule à être matinale. Elle s’étire de toute sa longueur dans le patio. Les bras en l’air à bâbord. Inspiration. Expiration. Les bras en l’air à tribord. Inspiration. Expiration. Repeat AdLib. J’esquisse un sourire en renouant mes Reebok. T’en fais des tonnes, ma jolie ! En même temps, elle a raison, à son âge, faut ménager son squelette. Je suis mauvaise, elle doit juste avoir une dizaine d’années de plus que moi, à vue de nez.

Je la laisse à sa préparation olympique et pars en petite foulée vers les sapins. Tranquille. Une minute à peine et elle me dépasse en trombe. « Amusez-vous bien ! », qu’elle me sort. Je l’entends pouffer six mètres devant moi. Ah ouais ! Tu veux jouer ? Je passe le régime supérieur. En un battement de paupières, je reprends la tête. Mais pas le temps de me réjouir que Speedy Gonzales repasse devant. Oh, toi, ma belle, je vais te fumer ! Mode turbo. Penser à bien respirer. Yeees ! Mange ma poussière ! Ah non, je remange la sienne. Et voilà qu’elle quitte le sentier en un bond par-dessus un bosquet. Et quel bond ! Okay, la meuf, en vrai, est une Terminator ! Du modèle T-X ! J’enquille son hors-piste tant bien que mal. Elle me fait des sauts de haies à la Super Jaimie. Regarde où tu mets les pieds, Élisa, et tiens le rythme, tu l’auras à l’usure ! Tu parles, elle est inoxydable, rien n’y fait, elle mène haut la main. Et en plus elle me nargue en jetant un œil par-dessus son épaule pour vérifier que je suis bien à la traine. Ralentirait-elle son allure pour être assurée que je ne la perde pas de vue ? Je vais la feinter en rognant par la droite, si elle veut regagner l’auberge, je serai sur le sentier avant elle et de là, à moi, le trophée ! Truander n’est pas jouer ? Rien à battre. La guerre n’a pas de règle. Le sentier. Prête-moi tes jambes, bébé, à nous deux, on en a quatre, deux de plus qu’elle ! Elle me double. Elle me salue de la main. J’entends son rire. Je bombe. Je vais pas finir vivante. Trop donné, j’en peux plus. Ne pas abandonner. Arriver à l’auberge. Essayer. 

Elle avait disparu à l’intérieur quand je suis enfin arrivée sur la ligne finale. Je m’allonge sur le sol du patio pour reprendre mon souffle. Je suis exténuée.

La porte s’ouvre. Elle me tend sa main pour m’aider à me relever.

— Delatour, Pétronille Delatour !
— Élisa (souffle) Hell (souffle)
— Vous êtes la petite jeune de la 17 ? Nous sommes voisines.
— Une petite jeune (souffle) que vous venez d’aplatir (souffle) en beauté (souffle).
— Votre foulée est bonne, votre respiration, hélas, elle, laisse gravement à désirer. 
— Vous êtes entraîneure sportif de profession ? (souffle) S’il vous plait, dites-moi que vous êtes une athlète de haut niveau ! (souffle). Je vous en prie (souffle).
— Ah ah ah ! Une pointe de fierté et d’humour ! Vous me plaisez, mademoiselle.
— À boire ! Il me faut à boire ! (souffle).
— Un grand litre d’eau et un jus d’orange vous iraient ? La salle du petit-déjeuner doit être ouverte maintenant. On y va ?
— Vous faites les massages aussi ? Je ne sens plus mes jambes.
— Allez, en route, Soldat ! Un peu de nerf, vous êtes une femme ou un sous-fifre ?

Le soleil se levait quand je fus aidée par Miss Pétronille Delatour à rejoindre le restaurant. Son bras autour de ma taille, le mien sur ses épaules.

— Terminateuse 1 – Élisa 0
— Ah, ah, ah ! 
— Et sinon, pour le massage ? J’étais sérieuse, hein !
— Vous êtes amusante, vous !

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