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Jeanne Lalochère

l’aubergiste

Dance Me to the End of Love

C’est fou comme le temps n’avance pas cette semaine. On n’est que mardi, je ne tiendrai jamais jusqu’à demain soir pour savoir qui reste et qui part de l’équipe. Je n’aurais peut-être pas dû leur faire cette proposition comme ça. Après tout ils pourraient aussi souhaiter être juste salariés sans s’encombrer de responsabilités supplémentaires, ce qui serait très légitime aussi, et j’ai fermé cette porte bêtement en liant les deux aspects.

Je tourne en rond, je me fatigue à tourner en rond comme ça. Je suis à cran avec tout le monde, surtout Adèle qui n’est pour rien dans toute cette histoire. Comme on a fait le dernier check-in hier, qu’il n’y a plus de check-outs avant le 16 et que tout le monde a bien compris le principe pour les vélos, plutôt que rester à me ronger les ongles à la réception ce matin, j’ai dit à Vernon que je ferais les chambres du premier étage. Du concret, faire ci, faire ça, mettre le linge là, le coup d’éponge ici, exactement ce qu’il me fallait.

Pour me rattrapper d’avoir été injustement énervée après Adèle au petit déjeuner parce qu’elle voulait des céréales et pas le pain grillé que j’avais préparé, je l’ai accompagnée à vélo à l’école en essayant de ne penser qu’à elle et notre conversation. Elle m’a gentiment donné la réplique, ne semblant pas me tenir rigueur de ma mauvaise humeur au lever. Un peu soulagée par la balade et notre conversation, j’ai complètement oublié les chambres j’avoue et je suis rentrée par le chemin des écoliers (si l’on peut dire) en faisant de grands détours, tant et si bien que je suis revenue bien tard dans la matinée.

J’ai croisé les gendarmes qui repartaient. Ils étaient venus pour un client qui avait disparu et dont la voiture avait été retrouvée calcinée. Ils ont tout pris dans la chambre, tout emballé dans des cartons et sont repartis avec leur butin, m’a expliqué Vernon. On y est montés, tout était sens dessus dessous et il ne restait pas la moindre trace du monsieur. Une diversion bienvenue finalement, j’ai bien passé une heure à tout remettre en ordre après leur passage. Je ne sais pas comment ça va se passer pour sa note, il faut que je contacte mon assurance. On verra bien, ce genre de cas de figure est prévu et bien couvert.

M. et Mme Midaloff étaient dans le hall quand je suis redescendue. Ils sont mignons tous les deux. Ils voulaient me demander si on serait ouverts au printemps car ils envisagent de venir ici avec le groupe de leur club de danse de salon. Ça serait marrant ça ! On ne voit pas tous les mêmes choses dans une pièce : Léo a flashé sur la cheminée et le potentiel d’attrait pour y déplacer le restaurant, les Midaloff étaient en pamoison devant le parquet qui paraît-il serait absolument par-fait pour y danser. J’adore quand des charmes imprévus de mon bébé sont portés à mon attention.

Ça les rend tellement frustrés de ne pas pouvoir tester cette piste idéale qu’ils m’ont demandé s’ils pouvaient utiliser le salon un après-midi pour danser et que bien sûr si d’autres clients veulent se joindre à eux ça serait volontiers. Ça m’a amusée cette idée et j’ai dit oui si au moins trois ou quatre autres clients se manifestent. Comme ça mobiliserait le salon et qu’il va falloir pousser un peu les meubles, je ne peux pas accepter si ça n’est que pour eux.

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