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Jeanne Lalochère

l’aubergiste

Cas de conscience pour Natou

Natou était la dernière de l’équipe à laquelle je devais parler avant la réunion de mercredi soir. Je m’en suis occupée tout à l’heure après le service du petit déjeuner. J’ai souri en la voyant arriver dans mon bureau radieuse, les yeux plein d’étoiles de son bonheur tout neuf. L’amour lui va bien et Sébastien m’inspire confiance.

« Avez-vous commencé à réfléchir à votre avenir, Natacha ? Pensez-vous rester dans le Jura après la fin de votre contrat ? »

Je me repris aussitôt. À m’appliquer à ne pas présupposer qu’elle souhaiterait rester j’avais l’air de la mettre dehors. Un léger flottement pointait dans son regard.

« Je voulais dire : j’espère que vous êtes contente d’être ici et que vous avez envie de rester dans les parages. En tout cas moi je suis très contente de vous. »

Je pris le temps de revenir sur les quelques semaines depuis son embauche, à quel point c’était tombé à pic, l’avis élogieux de Vernon et les progrès qu’elle avait faits tant au service que pour apprendre de nouvelles facettes du métier. Je conclus :

« Je vous ferai une excellente lettre de recommandation si vous voulez chercher du travail dans la région ; vous pouvez continuer à loger ici le temps de trouver, si vous le souhaitez. Je n’ai pas d’inquiétude pour vous, plusieurs établissements sont à la recherche de personnel compétent, ils auraient de la chance de vous compter parmi eux.

— Exactement ce que je voulais faire ! Je veux rester pas trop loin du Petit P… de Sébastien et revenir ici quand vous rouvrirez, j’aimerais tellement revenir !

— Ça me plairait beaucoup également et c’est ce dont je voulais vous parler ce matin. »

Je lui expliquai alors que j’espérais pouvoir rouvrir dès l’hiver prochain et rembaucher toute l’équipe en CDI car je comptais développer l’activité sur toute l’année. J’ajoutai que j’aimerais qu’elle fasse définitivement partie de l’équipe, à moins que…

« À moins que vous trouviez mieux ailleurs d’ici là ou que vos projets de vie aient changé, bien entendu. Et justement, je dois vous parler d’une discussion que j’ai eue avec Madeline et Victor, mes amis qui tiennent le Café des Sapins. Victor doit se faire opérer de la hanche à la fin du mois. Ils cherchent quelqu’un pour s’occuper du café et des chambres d’hôte avec Madeline pendant quelques semaines, probablement jusqu’à la fin de l’année, peut-être un peu plus. Je leur ai dit que je vous en parlerai car je pense que vous seriez parfaite pour ce poste.

— Ooooh, vaï j’en perds la voix, même pas besoin de chercher un autre travail, ça tombe tout cuit ! Ils sont tellement gentils tous les deux, je les aime ! Mais on y est allés l’autre jour avé Sébastien et ils ne m’ont rien dit. Ils ont peut-être trouvé quelqu’un déjà ?

— Non non, c’est moi qui leur ai demandé de me laisser vous en parler. L’auberge risque de rouvrir avant que Madeline et Victor n’aient plus besoin d’aide. Et d’ailleurs ils ne rajeunissent pas, il n’est pas impossible qu’ils se décident à prendre quelqu’un en permanence, pas seulement le temps que Victor se remette. Je sais qu’ils y songent depuis quelque temps. Je n’ai pas de doutes que s’ils s’y décidaient ils vous le proposeraient.

— Bonne mère, c’est sûr qu’on pourrait s’arranger ! »

Elle semblait aux anges mais tout à coup son ravissement se transforma en perplexité :

« Mais alors ça voudrait dire… Je ne travaillerais plus ici alors ? Plus jamais ?

— Voilà pourquoi je voulais vous en parler moi-même. C’est une très belle opportunité pour vous et je fais confiance à Madeline et Victor pour être des patrons corrects mais si vous préférez revenir ici, je vous accueillerai avec grand plaisir et je sais qu’il en est de même pour toute l’équipe, vous êtes une collègue très agréable sur laquelle on peut compter. Si vous décidiez de n’aller au Café des Sapins que le temps que Victor retrouve la santé et que l’auberge rouvre entre-temps, je peux tout à fait prendre quelqu’un pour “faire le joint”. Ou, comme je vous le disais, il se présentera peut-être une place plus intéressante pour vous ailleurs si vous cherchez. Bref, la décision vous appartient de choisir entre toutes ces possibilités.

— Oh vaï, oh vaï… ça me met la teste toute en capilotade ! Oh vaï…

— J’ai demandé aux autres de me donner une réponse pour mercredi soir mais je comprends bien que la décision va être particulièrement difficile pour vous et ce serait sûrement bien que vous alliez parler avec Victor et Madeline auparavant. Ne vous inquiétez pas si vous n’avez pas de réponse mercredi, ça n’est pas grave, vous me direz quand vous vous serez fait un avis.

— Oh vaï… Oh vaï… »

Je l’ai quittée avec la désagréable impression que ce trop de bonnes nouvelles en avait fait une mauvaise. J’espère que son Sébastien saura l’aider à y voir plus clair et j’espère aussi que j’ai bien su lui exposer objectivement ses possibilités pour qu’elle puisse prendre une décision raisonnée (tais-toi Marco, je t’entends rire).

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