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Côme de la Caterie

Chambre 9

“Il n'y a pas de joie sans vin”

©Ph. Geluck - Le Chat, sept. 2020
©Ph. Geluck - Le Chat

Je me suis fait avoir…
Par les clients de l’auberge.
Par Henri. Oui maintenant je l’appelle Henri…
Par le vin aussi…
En remontant dans ma chambre, d’un pas peu assuré je pensais à Hemingway : Quand on a quelque chose de difficile à faire dire à un personnage, surtout le faire boire.… Parce que même pompette, je pontifie…
Ils m’ont fait boire mais je crains que je ne me sois pas beaucoup débattu…

Un peu comme chez Zola, dans la saga des Rougon-Macquart, il y a Une Page d’Amour, un livre comme une parenthèse légère, positive, lumineuse et insouciante au milieu de pages grises ou noires, sombres, âpres, rudes, un peu comme chez Zola donc, j’ai passé une journée lumineuse au milieu de mes tourments réels ou imaginaires…
Un 5 septembre genre Eté indien alors que, depuis quelques jours, quelques semaines même, je me débats dans une sorte d’automne intérieur, triste, humide et froid.
Il n’y a pas de joie sans vin. [1] C’est peut-être vrai…

Je n’avais pas prévu de participer au barbecue. Je n’étais pas formellement invité.
C’est dingue de constater que je suis aussi formaliste dans ces cas là, alors que j’envoie valser les convenances avec tellement d’aisance et d’insouciance quand il s’agit de remettre quelqu’un à sa place.
Un jour j’analyserai d’un peu plus prés le caractère des Balances. Est-ce normal classique d’être à ce point cyclothymique ?

C’est Joseph Midaloff qui m’a dit de venir…
Allez Côme, vous n’allez pas rester là comme un gland ! Croyez moi, vous n’allez pas prendre racine si vous n’arrosez pas un peu l’arbre ! m’a-t-il lâché avec un éclat de rire franc.

J’ai passé un très bon moment. Sans chichis comme dirait Natacha, enfin… Natou.
Elle n’avait d’yeux que pour son Sébastien. Franchement je la comprends. Quelle belle bête ! Le genre beau comme un enfant, fort comme un homme… [2] Ah si j’avais quelques plein d’années de moins. Si j’étais une fille. Ou s’il était bi !
Mais bon. Ils sont beaux, ils ont l’air heureux , les yeux dans les yeux… Saint Exupery et son histoire de regarder dans la même direction n’a pas tout compris à l’amour : l’amour c’est regarder l’autre dans les yeux, longtemps, sans rien dire…
Et du coup… on n’a quasiment pas entendu Natou !

Sans arrière-pensées je crois, certains clients m’ont fait part de leur surprise de me voir parmi eux. J’ai bafouillé piteusement au début et puis le naturel a repris le dessus. J’ai toujours des phrases toutes faites à placer, et là, j’ai joué à Luchini au déjeuner sur l’herbe.
J’ai justifié ma présence en citant la Boétie : J’aime ce qui me nourrit : le boire, le manger, les livres.

Et puis je les ai aperçus…
- Bonjour Monsieur Javot ! Bonjour mademoiselle… Je ne sais pas comment vous le dire mais… merci ! Ce livre… Audiard par Audiard… Vous avez fait coup double : me moucher certes (bon sang QUI emploie encore ce genre de tournure ?) mais me faire aussi un immmmmmense plaisir ! Je me régale et qui d’autre qu’Audiard pour résumer ce que je pense : Il vaut mieux s’en aller la tête basse que les pieds devant. C’est tellement vrai… Je préfère avoir la tête basse et vous présenter des excuses pour…
- Allez Côme ! on passe à autre chose !
- Mademoiselle…
- Élisa s’il vous plait !
- D’accord… Élisa… Je peux enfin vous répondre : OK pour on efface tout et on recommence, vous vous souvenez ? Je suis tellement navré de vous avoir mal parlé !
Elle m’a souri. A tapoté mon épaule, fait un clin d’œil et s’est échappée en gardant un sourire indéfinissable aux lèvres.

J’ai échangé quelques mots avec Joseph et Julie (on se tutoie ?), quelques sourires et gazoullis niais à Baby-Côme…
Au fur et à mesure que mon verre se vidait j’ai soudain imaginé un Pompeux et Pompette sont dans un bateau, Pompeux tombe à l’eau…
Ça m’a fait rire tout seul. Je n’allais quand même pas raconter ça à voix haute, question d’image…
Ben si… Je l’ai dit à voix haute. Et ça a fait rire tout le monde.
Il était donc temps de plier bagage et de vider mon verre, car quand je commence à me citer moi-même, c’est pas bon !
C’est même pas bon du tout !

Au moment où j’essayais de rassembler mes abattis avec ma dignité et que je tentais de retrouver une station debout aléatoire certes mais viable pour une courte marche, j’ai vu Hugo et GumorskiGuskovksi… et… Gaston arriver au bras l’un de l’autre. Je… Ah bon…
Heureusement mon esprit un peu embrumé m’a interdit de formuler une phrase plus complexe que Bonjour !


Comme de toute chose, il y a un secret du vin ; mais c’est un secret qu’il ne garde pas. On peut le lui faire dire : il suffit de l’aimer, de le boire, de le placer à l’intérieur de soi-même. Alors il parle. En toute confiance, il parle. [3]

Affalé sur mon lit j’ai écouté le vin me parler… Sans bafouiller, le vin me disait que c’était plus facile d’être heureux. D’être bien. De ne pas trop penser. De ne pas projeter sur les autres mes propres angoisses ou mes propres fêlures.
Il m’a aussi dit que Maman ne serait pas fière de me voir dans cet état-là…
J’aurais dû manger un peu, un morceau de pain, des chips, une tomate… Je ne sais pas quoi mais manger un peu…
Si on me demandait, je ne saurais plus affirmer avec certitude qui j’ai vu, qui j’ai croisé, avec qui j’ai parlé…
En revanche je me souviens fort bien de ce qu’Henri a dit quand je suis arrivé : tiens voilà Côme l’ancien ! Pas totalement sûr qu’il y avait dans sa bouche une allusion historique à Côme-de Médicis-dit-Côme-l’Ancien…
Alors je sais bien qu’il y a Baby-Côme mais est-ce VRAIMENT utile, quand on me voit, de préciser Côme l’ANCIEN ?!
Ancien… Je t’en foutrais des anciens…

Drôle de journée… Je crois que j’ai fini par tutoyer tout le monde. A parler de choses futiles avec tout le monde.
Pour peu qu’il lâche son smartphone et s’aperçoive donc que j’étais à côté de lui, je crois même que j’aurais été capable de tenter un check avec Nicolas. C’est dire !

Trop ou trop peu de vin interdit la vérité.[4]
Je crois que j’ai eu la dose idoine. Je veux dire, je suis chargé pile-poil.
Juste ce qu’il faut pour baisser la garde. Juste ce qu’il faut pour rester conscient des limites…
Enfin je crois. J’espère…
Pardonne moi Maman parce que j’ai bu !

En moi, il y a du bon aussi
Ne m’fais pas plus noir que j’suis
J’suis bourré bourré bourré de bonnes intentions
J’ai trouvé du boulot ho ! Marie Christine
C’est sérieux, j’ai balancé mon dictionnaire de rimes
Je n’écris plus de chansons, non, j’travaille pour de bon [5]

Notes

[1] in Le Talmud

[2] Il venait d’avoir 18 ans - Dalida - 1973

[3] Francis Ponge

[4] Blaise Pascal

[5] Je suis sous - Nougaro - 1964

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