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Caroline Etienne

Chambre 7

Mission to Pollox

Jeudi 3 septembre

Déjà trois jours que je suis arrivée et je n’ai pas beaucoup avancé. Début août, Jack, mon meilleur ami (et pas que, mais ce n’est pas le sujet) me dit que la fille qu’il fréquente en ce moment aurait peut-être un boulot pour moi. Etant donné que les rares fois où je l’ai croisée, elle avait toujours un sac à 1000 euros au bras et jamais le même, je me dis que ça sent bon (peut-être que moi aussi, je pourrais me payer un Birkin un jour).

Assez vite, je rencontre la tante de la donzelle : Angèle de la Cruz, une aristo un peu snob mais suffisamment désespérée par la disparition de son fils pour faire appel à moi. Bien entendu, elle n’a jamais eu besoin de recourir à un détective privé au cours de son existence feutrée et confortable. Mais son petit a disparu (enfin, petit, il a tout de même 33 ans). Il est parti en vacances en Normandie, a envoyé un mail pour dire qu’il était bien arrivé et pfuit, envolé, plus de nouvelles et l’homme à tout faire de la famille n’a trouvé aucune trace de réservation à son nom au Palace, l’hôtel où il était censé résider. Madame de la Cruz a bien tenté de contacter la police, mais on lui a répondu que rien n’indiquait un accident et que quel que soit la force du lien qui existait entre eux, son fils était majeur et avait tout à fait le droit de prendre le large. Il ne lui restait alors plus qu’à faire appel à moi.

Après avoir rondement négocié mes honoraires, j’interroge l’entourage. Claude est séparé depuis peu, ses amis font tous le portrait d’un garçon extrêmement discret. Je fais le guet de longues heures devant son appartement, rien. J’ai bien réussi à remonter sa trace jusqu’à un bar qui ne correspond pas du tout à l’image que je me fais de lui : le Fer à Cheval, un troquet parisien plutôt baroque, mais je n’en tire rien, je piétine.

Je passe alors au plan B, je contacte Aïcha, ma copine hackeuse de génie, qui me donne une adresse dans le Jura, depuis laquelle le mail aurait été posté. Un coup de fil demandant à la réceptionniste si elle peut laisser un message à Claude de La Cruz m’a suffi pour déterminer qu’il était bien dans cette auberge. Le temps de régler deux-trois affaires à Paris et de donner des nouvelles à la mère aux abois, je boucle mes valises et me voici à Pollox. En revanche, depuis mon arrivée, rien de rien. J’ai repéré trois hommes qui pourraient correspondre au niveau de l’âge, mais aucun ne semble être celui que je recherche. Le premier, que j’ai rencontré lundi soir, est père de famille et j’ai contrôlé, ce n’est pas une couverture ; le deuxième, dont j’ai réussi à déterminer qu’il était peintre, est connu sous son nom d’artiste depuis bien plus longtemps que Claude n’a disparu ; il reste le troisième, un certain Karl, un homme très discret que je vois tous les matins au petit déjeuner, mais il doit bien faire 15 centimètres de plus que celui que je recherche, difficile de tricher dans ce domaine.

Il y a bien un type mystérieux à l’auberge, un certain Côme, mais sincèrement, même avec les meilleurs maquilleurs d’Hollywood, je ne vois pas comment le racé Claude de la Cruz, 33 ans au compteur, pourrait être Côme. Je ne vais pas farfouiller de ce côté, il a l’air d’avoir suffisamment de trucs à régler.

Claude était là, j’en suis pratiquement sûre, mais il est sûrement parti. A-t-il laissé des indices sur sa prochaine destination ? La patronne ne lâchera rien, on la sent bien trop professionnelle. La petite serveuse est plus nature, mais elle veut tellement bien faire qu’il va falloir que je sois très très fine si je veux essayer d’avoir une information. Hier soir, j’ai tenté ma chance avec le veilleur de nuit aussi, mais il a grogné devant ma tentative de conversation. Grogné aimablement certes, mais j’ai bien compris qu’il n’allait pas me lâcher des infos comme ça. On peut reconnaître à la propriétaire des lieux qu’elle est douée pour le recrutement, j’ai rarement vu une équipe aussi soudée. Il me reste encore quelques membres du personnel à sonder. Espérons que j’aie plus de chance.

Sinon, je dois avouer que je me plais bien dans cette auberge. Il y règne une ambiance étonnante, les gens se parlent, se sourient. J’ai prévu d’aller au bar samedi (premier principe de mon hygiène de vie : ne jamais passer plus d’une semaine loin d’un bar), un loto y est organisé, j’avoue que j’ai presqu’hâte d’avoir à nouveau l’occasion de frayer avec les autres résidents.

Pour le moment, je vais me promener au bord du lac, rien de tel que la marche pour ordonner mes idées, il y a forcément une piste que je n’ai pas encore explorée.

Rapport de mission – 3 septembre
Contact visuel avec tous les résidents de l’auberge au cours des trois derniers jours – ma cible n’a pas été identifiée
Premiers échanges avec le personnel. Malheureusement la femme de chambre ne travaille plus ici, c’est généralement la meilleure source d’information – voir si je peux la contacter.
Prendre également contact avec la gouvernante (qui est un homme !)

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