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Joseph Midaloff

Chambre 12

Non, rien de rien

J’ai reçu un mail de Thierry ce matin. Il croit m’écrire pendant que je suis au bout du monde le pauvre. Je n’avais pas osé lui dire que j’étais revenu à Pollox et que cette histoire de voyage autour du monde était bidon parce que j’avais un peu l’impression d’être un déserteur à les laisser lui et le chef typo seuls face aux cols blancs à la con.

Ça n’aurait rien changé finalement. Les dernières nouvelles c’est que quelqu’un d’un peu moins con que les autres dans le “comité de coconstruction” a réussi à convaincre les autres que l’histoire d’imprimer et distribuer le 8-pages au format papier ça fonctionnerait pas : pas les compétences, pas le bon matos, pas le temps, pas les ressources[1]. Ils ont repoussé le début à la Toussaint (jour des morts, je dis ça je dis rien) et ont décidé de transformer le journal en document numérique à envoyer par mail ou à télécharger sur le site du Premier Sinistre, du ministère de l’Inférieur ou de l’Édutraction nationale.

Alors hop ni une ni deux, nos amis les gendarmes et le personnel de l’imprimerie ont été priés de « recentrer le goal » sur la fab numérique. Et que ça saute. Et toute la boîte tant qu’on y est. Faut moderniser qu’on te dit. Bien sûr, même chez les bons petits soldats ça a grogné un peu. Paraît même que mes élèves ont gueulé le plus fort parce que ça leur plaisait bien de jouer avec la grosse machine de quelques tonnes là. Mais les mecs ils ont réponse à tout, d’ailleurs ils sont formés pour ça, avoir une réponse dans n’importe quel sens à n’importe quelle question. Il paraît que ça fait partie de leurs études.

Trois coups de fil plus tard, me raconte Thierry, débarque la bouche en cœur le duo de l’Amour du risque, le côté glamour en moins : un cabinet d’accompagnement au changement. Eh oui parce que le problème c’est la peur du changement chez les pauvres gens qu’ont pas fait les études qu’il faut pour être souples du cerveau. Ils ont embarqué tout le monde pour trois jours dans une salle du matin au soir pour coller des post-it sur des tableaux blancs (c’est leur truc, ça, les post-its et les tableaux blancs, c’est même à ça qu’on les reconnaît[2]).

Donc là, mon pauvre Thierry a fini sa première journée hier et je ne sais pas qui il va passer par la fenêtre en premier : lui ou l’un des deux clowns. Avant de partir pour la rando je vais tout de suite lui répondre que je suis dans le coin et on ira bouffer avec lui un midi comme ça l’arrange, parole de Jojoff, même si c’est un jour où on avait prévu autre chose avec Julie. Laisser tomber un projet à la con, ça va, mais laisser un camarade dans la mouise, ça non quand même.

Notes

[1] Ressources, chez eux, ça veut dire humains.

[2] Moi aussi j’adore ce film.

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