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Jeanne Lalochère

l’aubergiste

Zazie dans la Mustang

Ford Mustang convertible 1966 © Pixabay, août 2020

« Oooh, tu as fini de la réparer ? »

Mon petit pois sauteur se précipite vers la voiture avec laquelle Marco est venu nous chercher. Elle en a oublié qu’elle avait tant râlé en apprenant que ce ne serait pas Gaston ou Henri qui nous attendrait à notre arrivée.

« Presque, je voulais la faire rouler un peu pour voir si tout va bien, mais elle a déjà passé les épreuves sur le pont. Si ces dames veulent bien monter… »

Adèle saute par-dessus la portière pour s’installer d’un bond à l’arrière.

« Voilà, j’ai toujours rêvé de faire ça, comme dans les films. Tu peux remonter la capote maintenant. Ça caille.

— Hum… à vrai dire, comme je le disais, j’ai presque fini de la réparer, j’attends la livraison de la capote neuve, celle-ci est inutilisable. Mais j’ai tout prévu ! »

Il farfouille dans le coffre et brandit fièrement une pile de couvertures. Je me promets intérieurement de trouver une vengeance à la hauteur de la torture que va nous infliger une heure de route dans ces conditions tout en m’enveloppant aussi soigneusement que je peux. Adèle piaille pour la forme, je vois bien qu’elle est ravie. Marco croise mon regard furibond et sourit à pleines dents :

« Vous avez l’air en pleine forme, toutes les deux. Tu es un vrai soleil, Jeanne.

— Si seulement c’était vrai, au moins ça me réchaufferait.

— Rho maman, fais pas ta mauvaise tête ! C’est une Mustang 66 quand même, ça vaut le coup ! »

On rêve. Le bruit du moteur et du vent m’épargne de lui répondre et de lui rappeler qu’elle est censée faire la gueule. On ne peut plus compter sur personne de nos jours. Se laisser acheter pour une vulgaire caisse de métal à quatre roues, franchement je suis déçue. C’est en tout cas ce dont j’ai essayé de me convaincre mais en réalité, c’est vrai que c’est amusant et il ne fait pas aussi froid que je le redoutais sous mon bouclier.

Je ne suis quand même pas mécontente d’arriver au port. Marco s’arrête sur le perron et tourne vers moi un regard interrogateur. Je comprends la question qu’il ne formule pas.

« Gare-toi au parking sinon Henri va râler demain.

— Attends, je descends d’abord », intervient Adèle. « Il faut que je demande un truc à Lulu. Et comme ça vous pourrez vous bécoter pendant que j’aurai le dos tourné. Je veux pas voir ça, c’est dégoûtant. »

Elle cavale vers le hall. Marco se tourne vers moi.

« Elle a bien dit “bécoter” ?

— Elle lit Zazie en ce moment.

— Mmmm, je sens que je ne vais pas pouvoir faire l’impasse sur ce bouquin si je veux rester dans vos parages… Ça tombe bien, je l’ai commandé à la librairie.

— Très bonne initiative. Allons au parking qu’on puisse vite aller se faire un grog pour se réchauffer. À moins que tu aies une meilleure idée ? »

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