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Jeanne Lalochère

l’aubergiste

Y'a jamais person qui y répond

« Mon tableau Excel était devenu fou. » Ce sont les propos de Denis que m’a rapporté Mme Cantin, la cliente de la chambre 10, en partant hier soir. J’étais tellement surprise et si contente de l’info que j’en ai oublié de lui dire que c’est Denis qui avait enregistré sa réservation et qu’il lui avait donné l’une de nos deux meilleures chambres avec la 20. Ça lui aurait sûrement fait plaisir que son ami ait cherché à bien la recevoir.

Il faudra que je le dise à Gaston quand il reviendra. Je ne sais pas où il en est depuis qu’il avait mis tous les fichiers sur sa clé USB il y a deux semaines. Je ne sais même pas s’il les a ouverts. Je ne sais pas non plus quand il reviendra. La dernière fois que je l’ai vu, c’était mercredi matin, quand il est venu livrer les croissants. Ensuite il s’est évaporé dans la nature pour dieu sait où. D’après Léo il est parti ce matin-là juste après lui avoir laissé un mot pour qu’elle le remplace au pied levé.

Je ne comprends pas. Il aurait pu me le dire à ce moment-là qu’il s’absenterait quelques jours. Correction : il aurait pu me le demander en fait. Dans quel monde professionnel a-t-il vécu jusque là pour se dire qu’il peut s’absenter sans demander, sans prévenir son employeur, même en se faisant remplacer ? Est-ce que ce type de comportement est un avatar du manque de frontière pro/perso ? Est-ce que sans liens d’amitié il se le serait permis sans crainte de se faire virer ? Est-ce que j’aurais accepté cet état de fait sans le virer sur le champ ou au moins lui coller un avertissement ? Je pense avoir la réponse à la première question : oui. Il n’a pas besoin de ce job sur le plan financier, je le vois bien. L’auberge est une distraction. Les travaux qu’il envisage pour sa maison dont m’a parlé Léo avec promesse de ne pas en parler ni à Marco ni à Henri vont avoir un coût énorme, bien loin des revenus d’un chauffeur-livreur. Quant à la deuxième… il est parti sans son téléphone ni dire où il allait, je ne risque pas de pouvoir lui souffler dans les bronches tant qu’il ne sera pas de retour. Il ne relève pas ses mails ou en tout cas n’a pas répondu au mien.

Et je fais quoi pour notre séjour à Paris mercredi et jeudi ? J’annule au cas où il ne serait pas rentré d’ici là ? Je demande aux filles de se transformer en Shiva et d’assurer mon boulot en plus des livraisons ?

Il faut que je décide d’ici son retour de ce que je vais faire à ce sujet. L’auberge n’est pas mon hobby, je compte dessus pour nous faire vivre Adèle et moi et d’une certaine façon Gabriel aussi. Il se passerait quoi si Henri ou Lucien ou n’importe quel autre salarié ou tous à la fois tiens pourquoi pas, enhardis par ce précédent, décidaient eux aussi de se faire une escapade dieu sait où du jour au lendemain ? Je mets la clé sous la porte ? Merde Gaston, je t’en veux, tu m’as mise dans une situation intenable : loyale à mon affaire ou loyale à mes amis ? Tout ce que je cherchais à éviter à tout prix avec mon « règlement intérieur » qui fait ricaner autour de moi.

Je n’en ai pas parlé à Marco. Je ne vais pas le mettre lui aussi en situation de conflit de loyauté. Je vais aller à Saint-Claude déjeuner avec lui tout à l’heure, tiens. Il n’y a pas d’entrée ou sortie avant la fin d’après-midi, ça me changera les idées et Adèle mange avec Janette en cuisine avant d’aller à je ne sais quelles festivités au bord du lac avec Henri et Natou.

Je fais peut-être une montagne d’une taupinière après tout. Relax Jeanne. Rrrroule.

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