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Margaux Hoareau

Chambre 8

Les P'tits Papiers

Les filles,

Pardon, pardon, pardon, mille fois pardon ! Je n’aurais jamais du vous laisser vous ronger les sangs aussi longtemps, je suis tellement désolée !

J’ai eu un moment de… de vide, je pense ? Le temps a passé sans que je m’en rende compte et ce n’est qu’hier, après une remise au point avec Jérôme, que j’ai compris à quel point.

I’m a mess les filles, et je ne sais même pas pourquoi ni jusqu’où ça va. J’ai envoyé un mail à ma psy pour qu’elle me prenne en urgence dès son retour de vacances (un peu après le mien, normalement) et en attendant Jérôme a décidé qu’il me couverait en permanence. Il se creuse la tête pour nous concocter des activités toute la journée, histoire de me “raccrocher au reste du monde”, comme il dit.

Cette après-midi l’activité “raccrochage” c’était du dessin. Il m’a posée dans le salon avec du papier, des crayons/stylos et il m’a dit de dessiner ce que je voyais.

“Mais je ne sais pas dessiner ! - Tu penses que je sais, moi ?” qu’il m’a répondu. Et il s’est installé à côté de moi pour faire des bonhommes bâtons ressemblant vaguement aux gens qui passaient.

Il ne sait pas dessiner, c’est évident. Moi non plus, mais à force de gribouiller n’importe comment j’ai fini par choper… Peut-être pas “le” truc mais quelque chose. A avoir l’impression de réussir à rendre quelque chose dans mes dessins. J’ai pris confiance, j’ai essayé de dessiner de mémoire et c’est le chat qui m’est venu à l’esprit. Vous savez, le chat bizarre qui donnait l’impression d’être une personne ? Je l’ai dessiné encore et encore, j’avais l’impression de passer à côté de quelque chose. Et j’ai réalisé que je n’arrivais pas à rendre son regard parce que je n’avais pas les bonnes couleurs.

J’ai balayé le salon du regard, repéré la gamine de la patronne qui passait par là et je lui ai demandé si elle pouvait me prêter des feutres, des crayons de couleurs ou quelque chose de ce genre. Elle m’a fait me rassoir, a filé vers la réception et est revenue avec une boite de chaque. Elle m’a dit que l’auberge en avait à prêter, qu’il suffirait de demander à la réception la prochaine fois. C’est une chouette môme, mais je vous l’avais déjà dit je crois.

J’ai continué à dessiner le chat, avec de la couleur cette fois. Ses yeux étaient verts, mais d’un vert !

Jérôme m’a interrompu dans mon dessin pour me faire manger. Pas au restaurant de l’auberge, on a pris la voiture et on est allés dans une pizzéria, je ne sais pas où. J’ai dormi à l’aller et au retour. Mais c’était bon. Je n’avais pas mangé de pizza depuis le début des vacances. Et je n’avais pas mangé depuis… depuis… je ne sais plus.

Je ne sais même plus comment je suis arrivée jusqu’à notre chambre. Je me suis réveillée dans mon lit, toute habillée, plus en forme que depuis bien longtemps. Il faisait nuit, Jérôme dormait. J’ai pris une douche, je me suis mise en pyjama et je me suis souvenue que je devais vous donner des nouvelles.

Je vais retourner me coucher. Je crois que j’en ai besoin.

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