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Natacha, dite Natou 13

serveuse

La vie quoi ...

Il n’y eut rien qu’un éclair jaune près de sa cheville. Il demeura un instant immobile. Il ne cria pas. Il tomba doucement comme tombe un arbre. Ça ne fit même pas de bruit, à cause du sable.

Hier soir, j’ai fini de lire « le petit prince ». Fatche ! J’ai pleuré comme une fontaine qui pisse ! Vé, je sé même pas pourquoi ! Madre de dios ! Je l’ai aimé ce livre, sur ! Mé ça me questionne l’effet qui m’a fait ! Hier, dans mon lit, j’étais comme une nine avé un gros chagrin, avé des gros sanglots, la teste dans mon oreiller, pour pas faire de bruit, j’ai pleuré, pleuré jusqu’à m’endormir. Et pourtant, vré ! j’ai déjà envie de le relire ! Comment c’est possible ça ? Y a de l’envoutement la dedans, sur ! Je demanderais à Sébastien, quand j’irai à la ferme à mon prochain congé, peut-être y sait lui, puisqu’il le connait par cœur tellement il l’a lu. Ce matin j’ai les yeux tout bouffigues.

Mardi midi, y a Mossieur Come qu’est revenu au restaurant. J’y ai donné son pain en premier ! Qui m’emboucane pas avé ça encore ! Mé quand il est parti, il a laissé un petit bouquet de fleurs avé un mot :

Pour Natou, avec toutes mes excuses. Je n’aurais pas dû me comporter comme un “cacou”.

C’est vré ! Il aurait pas dû ! Mé c’est mignon quand même ! Bé, je savais bien que c’était pas un vré méchant. Doit avoir du malheur, ce Mossieur … Le malheur ça peut rendre con ! Té !

Bé, le service se passe bien, j’aime bien ça. Je cause un peu, on plaisante ! Y me connaissent tous, les clients, et bé moi, je commence à bien les connaitre aussi, leurs petites préférences.
Y z’ont des manies, tous, s’en rendent pas compte. Vé ! June par exemple, quand elle écoute son Javot, elle se mordille les ongles, elle les ronge pas, non, elle a de belles mains soignées, mais elle les mordille. Javot, lui, la dévore des yeux quand elle regarde ailleurs, mais quand elle le regarde, y prend son regard de bonhomme, avé le petit sourire, on dirait une publicité !

Mademoiselle Hugo elle mange une chose après l’autre, elle mélange pas. Je crois qu’elle garde ce qu’elle préfère pour la fin.

Mademoiselle Margaux, elle fait des petites billes avec sa mie de pain.

Mme Agostini, elle picore, tout juste si elle ne renifle pas chaque bouchée avant de l’avaler, elle est drôle cte femme. La tête baissée, elle jette des petits coups d’œil, furtifs.

Il y a Émile aussi, avé qui j’avais joué à la pétanque, bé il est plus tout seul, y a une nine, enfin, une ado, une chinoise ou quelque chose comme ça. Elle est toute sage, toute mignonne. J’ai remarqué qu’elle faisait des jolies pliages avé sa serviette :

- Oh Fatche ! Dîtes voir, c’est bien beau ce que vous faites !
- Merci.
- Vous pouvez me montrer comment vous pliez là, comme ça je pourrai le faire pour la présentation du service, ça ferait bien je pense té !

Elle m’a dit que c’était des… origamis… Et elle m’a bien montrer comment faire. Hier, y a sa femme à Émile qu’est arrivée, bé tous les trois, ça fait une drôle de famille !

Oh, je vous ai pas dit, DameJeanne a dit d’accord pour la table de convitalité truc, je sé plus comment elle appelle ça. Mais du coup, le midi, on a arrangé les tables comme ça, Vernon m’a aidé. Mais j’y ai dit

- Ah non, celle-là tu y touches pas, c’est celle de monsieur Come ! Faut pas lui changer ses habitudes !

C’est chouette comme ça, té ! On va voir si ça marche !

Hier, c’était l’anniversaire de la nine aussi, Adèle ! Comme cadeau, j’ai dit que je l’emmènerai à bourg, mardi et qu’on fera toutes les activités qu’elle veut. Je prendrai une avance dans l’enveloppe de Toni mais j’y remettrai les sous quand j’aurai ma paye ! Et après hop, je donne tout à la bienfaisance, c’est June qui m’a donnée cette bonne idée ! Monsieur Gaston nous emmène cette fois. C’est le frère de Charlie, ça se voit té ! Pas tant qui se ressemblent, mé y a un truc, je saurais pas dire quoi. Monsieur Gaston y m’intimide un peu, y sourit de la bouche mais pas des yeux. Il était là quand Adèle a ouvert l’enveloppe où j’avais mis

bon pour une virée à Bourg, à toi de fixer le programme

Il a dit :

- Oh oh, les minottes, vous allez avoir besoin d’un chauffeur !

Adèle a fait le petit pois sauteur.

- Gaston avec nous à bourg ! Génial !

Et moi j’ai dit :

- Bé, c’est bien gentil à vous. Ça vous dérange pas, sur ?
- Sinon, je ne l’aurai pas proposé jeune fille !
- Bé merci bien, si DameJeanne est d’accord on pourrait y aller mardi ! C’est mon jour de congé
- Pour moi c’est ok

Adèle a filé demander à sa mère, et puis elle avait tellement de cadeaux à ouvrir, elle s’est perdue en route. J’ai pas eu la réponse encore, mais c’est pas grave, on a le temps ! Vé !

Quelle belle fête c’était ! Tout le monde qui était là ! C’est fou quand même ce qu’elles ont réussi à faire DameJeanne, et Adèle et Janette aussi. Que ce soient nous, au service, ou les clients, tous, on a fait un petit cadeau pour la nine, si c’est pas le signe qu’on les aime ça ! Mais elles le méritent ! té ! C’est des femmes bien ! Et Adèle, sur qu’elle va le devenir aussi.

Salette ! J’ai de la chance de travailler ici maintenant. Quand je regarde DameJeanne faire, comment elle parle, comment elle prend le temps, comment elle écoute, comment elle regarde et comment elle travaille ! J’apprends ! Bé, je serais jamais comme elle, pas le même caractère ! C’est sûr ! Mais quand même, j’apprends ! Et d’abord j’apprends qu’aimer les gens, c’est bon. Et ça ! Ça me fait du bien ! Fan de chichounette ! Pace que ma mère c’était toujours méfi ceci, méfi cela ! Mais ici, c’est bien d’aimer les gens ! C’est « une qualité » ! Bé vé ! Je le savais ! Té, un jour je dirai à ma mère de venir me voir ici, peut-être qu’elle apprendra à aimer les gens… Bé, j’aimerai bien…

Bon, c’est pas tout ça, mais faut que je me bouge le popotin, moi ! Le service va pas se faire tout seul ! Allez vaï Natou, une nouvelle journée qui commence !

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