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Henri Bonaventure

factotum

Dénoyer le Gaston

Les journées ont été rudement chargées depuis le début de la semaine !

D’abord lundi où il a fallu penser à préparer ce qu’il fallait pour l’anniversaire d’Adèle, un calicot et une affiche pour prévenir le jour J, emballer le cadeau que j’escomptais lui offrir, et planquer le tout dans la remise en espérant qu’elle ne vienne pas y fourrer son nez d’ici hier !

Ensuite mardi essayer de remettre de l’ordre devant l’auberge, virer ces saloperies d’écorces de sapin que le ou la malotrue avait pensé judicieux de disposer ça et là pour réparer l’irréparable ! Repasser un coup sur les graviers zen parce qu’en plus il ou elle d’ailleurs, je n’ai bien compris à qui appartenait le tank en question ; surtout refaire les cercles dans le bon sens, horaire, parce qu’il ou elle les avait fait à l’envers… Bref un travail de sagouin sans compter les fleurs bonnes à replanter pour la saison suivante ; là c’était Beyrouth pendant la guerre ou quasi !

Autant dire que ça m’a mis d’une humeur … Fallait pas m’adresser la parole.

Mercredi tenter de dénoyer le gars Gaston qui s’était mis minable dedans et dehors, surtout dedans d’ailleurs ; heureusement que Charlie et Léo veillaient au grain et m’avaient prévenu ; c’est assez incroyable comment il peut, en l’espace d’une nuit, passer de l’euphorie la plus totale avec ses touches galantes à la noirceur la plus profonde, comme s’il s’enfonçait dans la vase du fond du lac en chaussettes de béton !

Ce n’était pas la première fois et probablement pas la dernière qu’il allait falloir l’avoir à l’œil, discrètement, parce que ce sauvage était bien capable d’affirmer que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes et que je n’avait aucune raison de m’inquiéter. Comme la fois précédente, et comme les fois d’avant…

Il me fait penser à mon sandre ; à connaître sur le bout des doigts son territoire dans lequel il surnage et ne pas savoir ou ne pas être capable de faire un pas de côté quand la faucheuse lui tend son hameçon à idées noires — quoique mon sandre a l’air d’être plus dégourdi pour y échapper…

Et bien entendu, pas moyen de lui tirer les vers du nez ! Encore une fois…


Heureusement jeudi est arrivé, le grand jour, et après avoir installé le calicot, dès potron-minet le matin, sans oublier l’affiche vers le comptoir où personne ne pouvait l’ignorer, je me suis mis en chasse de la récipiendaire d’une décennie toute neuve pour lui offrir ce petit kit de pêche que j’avais mis de côté. Après avoir fait le tour de l’auberge, on m’avait indiqué — Vernon de mémoire, mais c’était peut-être quelqu’un d’autre ; de toute façon tout le monde la connait ici, personnel ou client — qu’elle était avec Janette en train de préparer de quoi garnir le buffet de cet après-midi.

Direction le camping-car, de l’autre côté du lac, avec la plate et le cadeau bien emballé posé dans le fond. Arrivé sur place je les ai découvertes, toutes les deux en train de confectionner une tarte. En m’apercevant Janette m’a demandé :

— Tiens, Henri, tu tombes bien, un p’tit coup de main si tu as un peu de temps et si ça tu le sens de nous faire un peu d’épluchage ?
— Pourquoi pas ? Au contraire, les tâches ménagères ne sont pas sans noblesse[1]. Mais là j’ai besoin d’Adèle pour un p’tit moment, si ça ne te dérange pas.
— …
— Pourquoi faire ? A demandé la petite soudain beaucoup plus attentive.
— Tu verras, viens, ensuite tu pourras revenir ici si ça te chante, on en a pas pour longtemps !

On est redescendu vers le bord du lac où j’avais échoué la plate et j’en ai sorti le long paquet. Un gros smack sur la joue et je lui ai tendu l’objet en lui souhaitant un bon anniversaire à deux chiffres.

— Pas besoin de le déballer tout de suite, si tu préfères, mais tu vas pouvoir mettre en pratique les deux ou trois trucs que Natou t’a appris la dernière fois et peut-être sortir mon sandre, lui ai-je dit en clignant de l’œil.
— Henri, c’est trop sublime, il va buguer ton sandre, tu vas voir, lolilol ! Avec les étoiles qui papillotaient dans les yeux…

Et puis elle a filé en disant qu’il fallait qu’elle aille finir d’aider Janette, sans oublier de serrer fort le paquet qui la dépassait d’au moins deux têtes.

Le reste de la journée s’est déroulé comme un charme et trop vite comme d’habitude dans ces cas-là, Jeanne en hôtesse des réjouissances et la plupart des gens présents avaient l’air heureux d’être là, Gaston compris, c’est dire !


Il y a tout de même eu un moment étrange quand j’ai entendu la p’tite patronne remercier Mlle Desfontaines d’être passé pour Adèle et j’avoue qu’entendre ce nom oublié depuis des années à réveillé quelques souvenirs.

Coïncidence ou pas ?

Note

[1] J’adore ce film

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