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Jeanne Lalochère

l’aubergiste

Happy birthday to you, Adèle

« Maman, c’est le plus magnifique anniversaire de ma vie !

— Hum, tu ne dis pas ça tous les ans ?

— Si, mais c’est parce que chaque année c’est encore plus génial ! »


Épuisée mais heureuse, ma gamine était trop excitée pour s’endormir tout à l’heure, puis elle s’est effondrée d’un coup, tout habillée sur le canapé, entourée de ses cadeaux et… des écorces des graines de tournesol offertes par le Comte (!). Une histoire entre eux paraît-il, qui a provoqué un franc sourire lorsqu’elle a découvert le paquet.

Je craignais qu’en l’absence d’enfants de son âge, hormis sa grande copine Margot, l’après-midi avec des adultes pour seuls invités soit un peu décevant pour elle mais c’était une très belle fête, réellement. Je pense moi aussi que c’était le plus magnifique anniversaire de sa vie, mais ce jugement tient beaucoup au fait que je pense que nous avons toutes deux trouvé « notre terre » ici, comme si cet endroit et ces gens qui l’habitent nous attendaient les bras ouverts.

Aucun des cadeaux qu’elle a reçus ne ressemble à un achat contraint de dernière minute - qu’ils le soient ou non en réalité. Presque tous reflètent aussi bien l’esprit du donateur ou de la donatrice que leur fine perception des goûts et de la personnalité d’Adèle.

Certains ressemblent à des promesses de beaux moments ensemble.

Henri était si impatient de voir sa réaction et de s’assurer qu’il avait bien visé qu’il l’avait détournée de ses tâches de cuisinière au cours de la matinée pour lui remettre un magnifique kit de pêche, alors qu’il passait « par hasard » près du camping-car où elle préparait les agapes avec Janette. Il ne s’était pas trompé dans son choix, la canne est là, couchée près d’elle comme un doudou.

Au vu de l’enveloppe de Natacha, j’étais bien curieuse du contenu. Il s’agissait d’un « bon pour une virée à Bourg, à toi de fixer le programme », qui a rendu ma gamine toute sautillante de joie anticipée. Séparément elles ne sont jamais à court d’idées, ensemble je crains le pire.

Le cadeau de Gaston l’intronisait Jurassienne estampillée : une pile de bouquins et surtout une boussole et un couteau suisse qu’il commenta en affirmant que maintenant qu’elle était authentiquement du coin, il fallait impérativement qu’elle apprenne à connaître et explorer la forêt et qu’il se chargerait de cette indispensable éducation. La forêt bien, très bien, mais pas les trous noirs, hein Gaston ? ai-je songé malgré moi mais en vérité je sais bien qu’il se ferait passer sur le corps plutôt. D’ailleurs il arborait un air joyeux et frais comme un gardon, comme s’il ne s’était rien passé mardi.

Charlie et Léo ont choisi un cadeau qui leur ressemble : le choix d’être qui elle veut. Le paquet enveloppé de plusieurs couches de papier cadeau allant du plus classe au plus kitsch contenait un lot de t-shirts aux inscriptions provocantes (I see dumb people, Nevermind the bollocks, No future et autres du même acabit) accompagnés d’une délicate et ravissante petite chainette en or blanc. À bas les petites cases.

Lucien n’est pas venu au camping-car, mais il a eu une idée de cadeau qui lui ressemble tant, qui leur correspond tellement bien à elle, à lui, que j’avais la gorge nouée d’émotion quand il m’en a demandé l’autorisation : la faire dormir un soir dans le salon et la réveiller pour lui présenter sa famille de renards. Elle ne sera pas la seule à l’avoir vu avec eux, Gaston, Henri, Anna ont déjà eu ce privilège. Mais elle sera la seule ou en tout cas la première qu’il aura invitée. Lucien, tendre poète.

D’autres cadeaux parlent de transmission.

Mlle Loup lui avait remis le gilet d’exploratrice et la boussole qu’elle avait enfant, si spécial aux yeux de sa donatrice qu’elle le lui avait donné le matin dans sa chambre, sans attendre le « tir groupé » de l’après-midi. Je m’interroge un peu qu’une cliente offre un cadeau d’une telle valeur symbolique, j’ai même failli lui demander de les reprendre. Une intégrale qui avait fait le ravissement de son enfance accompagnait ces présents. J’aurais préféré qu’elle s’en tienne là. Cette petite gêne ne m’a pas empêchée de m’amuser de la coïncidence des deux boussoles en cadeau, l’une par Mlle Loup, l’autre par Gaston. Adèle l’a bien sûr relevé à sa façon : « Vous avez peur que je me perde ou c’est vous qui êtes perdus ? » demanda-t-elle à Gaston, qui lui envoya une bourrade en représailles.

Comme Mlle Loup, le méchant mais peut-être pas tant M. Caterie avait pour sa part choisi l’un des livres qui avait enchanté son enfance, avec un petit mot l’accompagnant. Il ne souhaitait (osait ?) pas venir au goûter mais m’a demandé de le glisser avec les autres cadeaux. Encore une histoire qui va ravir mon aventurière en herbe, bien vu monsieur Caterie !

Mlle East-Hell avait trouvé un superbe ouvrage sur l’histoire du féminisme au prisme du graphisme. Sait-elle qu’à sa façon elle incarne une si belle image de femme libre ? Le petit mot sur la page de garde mentionnait : « En hommage à tes questions pertinentes à la partie de pétanque. » Cryptique pour moi mais qui a provoqué un clin d’œil malicieux d’Adèle en direction de la jeune actrice, qui répondit en prenant la pause de Josie la Riveteuse avec un grand rire. Le livre est sur la table basse, ouvert sur un magnifique autoportrait de Claude Cahun.

Mlle Desfontaine, à la longue chevelure noire et aux yeux profonds dans lesquels une femme imprudente pourrait facilement se perdre, avait délicatement enveloppé un attrape-rêve dont elle expliqua la signification et l’usage à la môme bouche bée d’admiration (pour la jeune fille ? pour l’histoire ? pour l’objet ? Qui saurait le dire ?)

D’autres… d’autres ne chercheraient-ils pas à s’attirer les bonnes grâces de Janette par hasard ? Vernon portait fièrement entre ses mains un recueil de recettes cajun entouré de papier brillant de mille feux.

Et puis il y a ceux qui retournent la douceur apportée par leur séjour.

M. et Mme Biraben portaient en offrande les mitaines roses tricotées à l’Auberge par Mme Biraben, qui a bien meilleure mine qu’à son arrivée, et Mlle Hoareau lui donna une boîte de chocolats haut de gamme, qui lui valut un signe de tête approbateur de Janette ; des douceurs assorties à son excellente cuisine que la jeune femme semble beaucoup apprécier.

D’autres petits cadeaux de clients sont venus s’ajouter au cours de l’après-midi. Plusieurs cartes de vœux l’attendaient en rentrant, à cause - ou grâce à - d’Henri, qui avait posé un calicot et une affichette dès l’aube pour être sûr que personne à l’auberge n’ignorerait l’événement du jour.

Son amie Margot quant à elle avait soigneusement emballé un double CD de k-pop, la suite sans doute de leurs longues conversations téléphoniques et de la légendaire discrétion d’Adèle… « Pour écouter dans la voiture ! », avait-elle précisé, ravie de sa brillante idée (pitié…).


Tout ce petit monde est resté plus ou moins longtemps mais aucun n’a oublié de goûter les plats et desserts mitonnés par nos deux cheffes du jour. Je n’étais pas au restaurant ce soir mais je ne serais pas étonnée d’apprendre qu’il y a eu plus de commandes de salades qu’à l’ordinaire.

Mlle East-Hell était en extase devant le miyeokguk. Elle en humait le parfum avec délices, concentrée, les yeux fermés et en a pris deux assiettes pour le plus grand bonheur de Janette.

Je n’ai pas compté pour Marco mais je note sur mes petites fiches mentales qu’une portion-Marco n’a pas le même format que pour l’humain moyen.

Il avait *réellement* offert un rétroviseur… de vélo à une Adèle enchantée. Comme je n’étais pas requise pour l’organisation et que je n’étais pas l’hôtesse des lieux, je m’étais installée à un bout de table avec une part de clafoutis. Il s’assit à côté de moi avec sa nième portion de miyeokguk et me piqua un morceau du gâteau dans mon assiette.

« Mmm, délicieux ton clafoutis, bien meilleur que celui que tu avais fait l’autre jour !

— C’est pas moi qui l’ai fait celui-là, c’est Janette », corrigeai-je avec un peu de dépit.

Il pouffa, tout content de lui.

« Je sais, elle vient de me le dire. Je m’en serais voulu de rater cette occasion de te mettre en boîte. » Il reprit, plus sérieusement : « Bon, j’ai parlé avec les filles, Gaston a fini par rentrer mardi soir, imbibé au-delà du raisonnable, même selon son échelle de picole, mais on peut lever l’alerte rouge et passer en vigilance orange. Charlie et Henri s’appellent ou se voient régulièrement et moi je ne suis jamais bien loin. Tu sais, ça peut paraître étrange pour quelqu’un qui ne le connaît que depuis peu, mais je crois que dans l’ensemble il gère plutôt bien, même si ça reste fragile. Tu ne l’as pas vu quand il est revenu, il est méconnaissable, je t’assure.

— D’accord, je te crois. C’est surtout la réaction d’Henri qui m’a inquiétée. »

D’un geste de la tête, il me montra Gaston en train de chahuter avec Adèle et Charlie :

« Regarde-le. Tu vois, il fait peut-être en partie semblant, mais même si c’est le cas, ça prouve qu’il n’est pas noyé au point de ne pouvoir le faire.

— Vrai !

— Donc, on se détend et on prend nos agendas… C’est pas tout ça mais on a un combi à monter sur le pont. Je préférerais que tu l’apportes à Saint-Claude où j’aurai tout ce qu’il faut pour le tester. Je te ramènerai à l’auberge avec Scarlett. »

À partir de là c’est un peu flou mais je crois que j’ai rendez-vous pour le déposer mardi après-midi et le récupérer mercredi soir, où je serai fixée sur ce qu’il a dans le ventre (je parle du combi). Ou le contraire. On a dû évoquer un dîner au restaurant pour qu’il puisse goûter les plats de Janette aussi. Mais je suis crevée, j’ai du mal à me concentrer. Au lit.

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