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Natacha, dite Natou 13

serveuse

Ah, la ferme !

Aujourd’hui, c’est repos. J’ai croisé Adèle au petit déjeuné dans la cuisine avé Janette. On a causé un peu. Elles parlaient toutes les deux d’un bouquin, « le petit prince ». J’ai dit :

- Bé, je connais pas, c’est bien ?
- Tu connais pas ?
- Bé non, tu sé moi, les livres, c’est pas mon truc !
- Attends !

Adèle a filé, l’est revenu ave le livre. « Tiens » qu’elle m’a dit ! Ça va te plaire, c’est obligé !

- C’est gentil, Adèle, mais tu sé, moi je suis pas bien à l’aise avé la lecture, ça m’endort !
- Attends je vais te lire un passage.

Et voilà qu’elle lit, avé une belle voix bien appliquée.

– Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ?
– Tu n’es pas d’ici, dit le renard, que cherches-tu ?
– Je cherche les hommes, dit le petit prince. Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ?
– Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils et ils chassent. C’est bien gênant ! Ils élèvent aussi des poules. C’est leur seul intérêt. Tu cherches des poules ?
– Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ?
– C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « Créer des liens… »

- C’est beau hein ! Tiens prend le !
- Bé sur, c’est une belle histoire ! Il est comme tout le monde ce petit prince, y cherche des coupains !
Janette elle dit :
- Voilà une chose que Natou sait bien faire « apprivoiser les gens »
- Bé Janette, l’autre boufigue là, l’autre soir, je l’ai pas ben apprivoiser !
Et Adèle de s’exclamer
- Tu vas voir, dans le livre il rencontre plein de gens, des gentils et des « boufigues » comme tu dis. Tu vas le lire hein ? Promis ?
- Promis mademoiselle testarde !

Me voilà avé le livre dans les mains, je le mets dans mon petit sac et je file à la ferme voir ma galinette et dire bonjour à Antoine. J’y suis pas allée depuis les évènements.

J’arrive, je pose la bicyclette contre le muret. Y a Charlie et Léo qui sont là, qui discutent avé Antoine.

- Adieu les filles ! Coume sian ? Hoï Antoine !

Y me font des grands sourire avé des signes de la main. J’approche, on se colle la bise, et patati et patata, on discute le bout de gras vé ! Pi Antoine retourne à ses vaches.

Charlie me dit :

- Alors Natou, parait que tu assures au service !
- Oh ben c’est gentil ! Mais le premier soir, que cagade !
- Oui, j’ai entendu dire que tu t’étais fait malmené par un client. Tu veux qu’on s’en occupe ? On y va et on lui règle son compte !
Léo dit :
- Oui, enfin toi tu ne vas rien faire du tout, tu n’es pas en état !
- Vous êtes drôles ! Mé, vaï, c’est pas grave, c’est moi aussi, j’y ai oublié son pain.
- Oh, si on avait dû se faire engueuler chaque fois qu’on a oublié le pain !
- Peu chère, c’est vrai ! Mé on rigolait bien avé vous, c’est sûr, tellement complices ! Vé, c’est les frangines ça ! Vous avez de la chance ! Moi je suis fille unique !

Et là, té, un silence !

- Quoi ? J’ai dit une cagade ?

Elles me regardent, elles se regardent, et là ! Elles se mangent la figure ! Une soupe de langues, je te dis pas ! Je dois faire ma tête de mérou parce que Charlie dit :

Charlie. – ça te choque ?
Natou – bé sur !
Charlie – Je pensais que tu avais l’esprit plus ouvert !
Natou – Ah non, mais choquée, chez nous, ça veut dire que je suis surprise c’est tout ! Que cougourde encore je suis moi, je me suis pas doutée ! Mais vous êtes ensemble alors ! Des amoureuses quoi ! Vaï qué cougourderie j’ai dit encore moi ! Tais-toi donc Natou !
Léo – Voilà, c’est ça, nous sommes amoureuses ! Et même on va se marier !
Natou – bé, mais c’est magnifique ça ! Pace que maintenant que vous le dites ! Ça se voit. Tout l’amour qui y a entre vous ! Pardon hein Charlie ! Je t’ai fait de la peine ?
Charlie – Casse pas la tête, Natou, j’en ai vu d’autres
Natou – Non pace que moi je vous aime bien toutes les deux, pour de vré ! Bestiasse que je suis ! Je t’ai fait du mal !
Charlie – Mais nous aussi on t’aime bien Natou !
Natou – Vous êtes bien bonnes ! Té ! J’ai envie de vous serrer fort tellement je suis contente d’apprendre la belle nouvelle!

Elles m’ont agantée toutes les deux, on a fait le sandwitch, je faisais le jambon, elles faisaient le pain, on a bien rigolé !

Elles sont chouettes les amoureuses. Bé dans le bar de l’oncle, j’en ai entendu des méchancetés sur les gens comme elles, mais moi, j’ai toujours pensé « on choisit pas qui on aime, l’amour ça vous tombe dessus, c’est comme ça, y a pas à juger ! »

Elles sont reparties main dans la main. Ça m’a donné la nostalgie. Je suis toute seule moi maintenant…

Je suis allée voir ma gallinette et pi je me suis assise sur le petit banc ou on s’était mis avé Virginie l’autre fois. J’ai sorti le livre et j’ai commencé à lire.



J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. Et comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort. J’avais à peine de l’eau à boire pour huit jours. Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée. J’étais bien plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’Océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé. Elle disait :

- S’il vous plaît dessine-moi un mouton !

Je lève les yeux et le petit prince se tient là, devant moi ! Enfin petit, non ! Mais blond comme les blés, ça oui !

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