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Éric Javot

Chambre 16

Sans chemise, sans pantalon

Normalement, on aime à mettre dans les films des situations qui n’arrivent jamais dans la vraie vie !

Je venais de dire à June « attends, je vais te chercher ça »

Le temps de sauter dans un boxer et de filer à ma chambre !

Notez que d’habitude je prends la peine de mettre ma robe de chambre et mes chaussons !

Là ? Non…

 

Et me voilà dans le couloir, devant la porte N°16, nu comme un ver qui aurait juste enfilé un pagne !

 

Las ! Elle est fermée, et les clefs dans la poche de mon pantalon jeté en vrac au pied du lit de ma belle !

 

Demi-tour vers la chambre 17, qui entre-temps a eu la mauvaise idée de se refermer.

 

Vie ma vie dans la peau de Pierre Richard !

 

Bien évidemment, sinon tout cela manquerait de piquant, c’est à ce moment précis que la petite vieille du 15 a décidé de sortir de chez elle !

L’expression première de son visage quand elle a vu mon corps d’athlète à la retraite depuis trop longtemps, avec juste un boxer pour cacher ce qui doit l’être, valait son pesant de cacahuètes !

Elle lâcha un fluet « Oh mon Dieu ! » Auquel je répondis par un « Appelez-moi Éric tout simplement » qui la rendit muette.

Cette manie chez les réalisateurs de faire des phrases…

Et puis, comme si cela ne suffisait pas, la porte du 19 s’ouvrit sur une charmante jeune fille, qui quoique interloquée avait l’air amusé par la situation.

 

N’en jetez plus, la salle est pleine, le spectacle peut commencer.

 

 

XX. Int. Jour/ Couloir d’hôtel à la Shining :

 

Richard, juste vêtu d’un petit boxer fait face à une vieille dame sortant de sa chambre qui le regarde, stupéfaite, la bouche ouverte comme une carpe. Il la salue d’une révérence, puis se tourne vers la porte 19 qui vient de s’ouvrir à son tour et fait de même envers une jeune fille qui lui sourit.

 

Richard (se tournant vers l’une, puis vers l’autre)

 

Ne vous méprenez pas  mesdames, il ne s’agit nullement de ce que vous pensez, je suis juste en train de donner un cours de comédie à une jeune actrice, et la situation du jour est : « un homme nu frappe à votre porte ». Vous remarquerez néanmoins que par décence, et ce malgré un manque de réalisme certain, j’ai gardé un sous-vêtement !

 

Joignant le geste à la parole, Richard toque à la porte de la chambre 17. Lauren, qui a précipitamment passé une chemise de Richard dissimulant mal quelques rondeurs appétissantes, lui ouvre.

 

Richard

 

Miss Lauren Baccal I presume ? Un télégramme pour vous !

 

Lauren éclate de rire, Richard, sérieux la reprend.

 

Richard

COUPER !

Non Lauren, ce n’est pas comme cela qu’il vous faut jouer ! Pénétrez-vous du personnage, sentez-le, que dis-je, humez-le ! Vous devez avoir l’air étonné de la jeune truite encore vierge qui voit son premier ver sans savoir qu’il dissimule un hameçon.

On la refait !

 

Puis ce tournant vers son public.

 

Richard

Voyez-vous, nous, les artistes, aimons les situations incongrues, sinon les gens ne viendraient pas nous admirer. Cette jeune actrice que vous découvrez est pleine de talent, mais doit encore faire quelques masters classes pour que celui-ci éclate enfin au grand jour  !

 

La vieille dame pousse un soupir outré, fait demi-tour et part d’un pas qui se veut digne vers la porte de l’ascenseur ! La jeune femme explose de rire et poursuit sa route.

 

Couper

 

——————

 

Une fois dans la chambre, nous pouffons comme des gosses. Redevenant plus ou moins sérieuse, June prend l’air de celle qui est vexée : « Que voulais-tu insinuer avec ton histoire de Master Classe ? Tu crois que je ne suis pas à la hauteur ? ». Et là, elle me joue Rita Hayworth dans Gilda.

 

Je la regarde dans les yeux, avec un petit air content de moi « hmm tu n’étais pas très crédible dans ta scène de jalousie avec Ann-Katherin !».

Elle fit la moue, puis nous fîmes l’amour…

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