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Natacha, dite Natou 13

Chambre 4

Demande

Bé, vais pas vous raconter des cracs, j’ai pas bien dormi cette nuit.

Hier soir, j’ai diné avé Jojoff, l’est venu me chercher dans ma chambre. Pov, y s’inquiète. J’avais mis ma belle robe, la rouge, refait le maquillage, le chignon bien haut sur la teste et mes pilotis ; ça m’aide à me tenir drete. J’ai croisé Anne Katherine, qui part aujourd’hui, elle m’a dit des trucs, mais j’avoue je suis un peu en mode aux tomates pas concentrée, c’est pas rentré dans ma boite à souvenirs. Par contre, je sens bien encore ses bras autour de moi. Ça m’a surprise, venant d’une si grande dame !

J’ai vu June et son Javot. June m’a fait ses bisouilles de coupines et son Javot m’a pris les épaules, y m’a dit :

- Tu es magnifique !
- Vaï les amoureux, profitez de votre soirée, faites pas les nounous, y a jojoff qui s’en charge !

J’ai senti les yeux sur moi pendant le repas, mais tout le monde a été gentils, un sourire par ci, un sourire par-là, y a même une mamet qu’est là depuis quelques jours qui m’a regardé avé les yeux de la bonne mère. Même les serveuses ! Elles me regardaient en douce, Charlie et Léo qu’elles s’appellent, c’est drôle, des noms de gars. Mais des regards tu vois, comme si elles avaient envie de me dire : « t’en fé pas, on est là ».

Bé sur, vu comme j’ai gueulé, tout le monde a entendu et tout le monde sait que le Toni m’a plaqué ! Tant mieux ! Comme ça j’ai pas besoin de raconter. Parce que vé ! J’ai pas envie d’en parler ! C’est pas croyable hein ! Mais si j’en parle, je sens que je m’effondre, ça fait comme une avalanche de cailloux sur mon cœur. Et ça, je veux pas !

C’est bizarre toute cette gentillesse, ça fait du bien et ça fait du mal aussi.

Jojoff, la veillé sur moi comme un papou, té je crois bien que c’est toi qui l’a mis sur ma route celui-là. Je suis contente qui revienne bientôt, y me stabilise. Sinon, j’ai l’impression d’être sur le Titanic, tu sé quand les musiciens y continuent de jouer la musique alors que le bateau coule. Hoï Papou, ça s’arrête tu crois un jour la souffrance ?

Ce matin je me suis levée tôt. J’ai passé des heures sous l’eau de la douche, j’ai pleuré en même temps, ça se voit pas sous la douche, ça compte pas. Après je me suis faite belle pour descendre prendre le petit déjeuné.

Je m’applique Papou, tu vois ? Je tiens bon.

J’avise Damejeanne en bas, à la réception.

- Bonjour Mademoiselle Alestra. Quelque chose vous ferait plaisir ce matin pour votre petit déjeuné ?
- Bé madame Jeanne, j’ai pas très faim. Mais c’est gentil. Vous avez vu Toni avant qui parte ?
- Oui, en effet, Monsieur Manilla a réglé la chambre jusqu’à la fin du séjour.
- Vé, on va pas faire comme si vous saviez pas ce qui se passe hein ! y m’a plaqué. Je préfère que ce soir clair. Ça vous va ?
- Oui, ça me va. Vous savez, ça arrive souvent des choses comme ça dans mon métier.
- Ah ?
- Oui.
- J’aurai pas cru. Des bonhommes qui partent comme ça, sans rien dire à leur dame ?
- Et oui, certains laissent des mots, mais d’autres rien du tout.
- Bé, les pov ! Bonne mère, je comprends pas comment c’est possible !
- Enfin, je vous dis ça parce que, je ne sais pas, c’est ma façon de vous dire que ce n’est pas de votre faute.
- Bé vous savez, ce qui est de ma faute, c’est que j’ai pas cru tout le monde quand y me disait méfi ! Je suis trop …
- Vous avez un grand cœur, tout ouvert, c’est une très grande qualité.
- Vous avez raison, je vais pas laisser ce saloupiot me fermer le cœur ! Pardon pour le langage vé ! Mais y mérite !
- Voilà ! Vous avez décidé ce que vous alliez faire maintenant ? Vous avez de la famille qui peut vous soutenir ?
- Bé, ma famille, on est un peu fâché. C’est encore ici que je me sens le mieux. Vé votre auberge, c’est comme une grande maison de famille.
- Ça me touche que vous la voyiez comme ça. Vous pouvez rester jusqu’à la fin de la saison, votre chambre est payée de toute façon.
- Madame Jeanne, je voulais vous demander quelque chose. Ça m’embête de profiter de l’argent de Toni. Voyez. Je voudrais, j’ai pensé que peut être vous avez besoin d’une serveuse de plus. Je connais bien le métier j’ai fait ça depuis l’enfance dans le bar de mon oncle. Je pourrai même quitter la chambre et loger à l’étage des employés, je crois que ça m’aiderait à mieux dormir. Je connais un peu les gens, ça les choquerai pas je pense et pi tout le monde sait pour Toni ! Attention, je dis ça, faut pas vous sentir obligé de me faire la charité hein ! Vous avez besoin ou vous avez pas besoin, c’est vous qui voyez.
- Oh, mais c’est une idée intéressante. Bien écoutez, besoin, il y a, c’est plus une histoire de comptabilité.
- Bé, le gîte et le couvert ça me suffit.
- Ah non, ça ce n’est pas possible, tout travail mérite salaire et ce ne serait pas légal de toute façon. J’y réfléchie sérieusement et je vous donne ma réponse demain matin, ça vous va ?
- Bé, sur que ça me va ! Vous êtes comme votre auberge ! Une bénédiction !
- Allez prendre votre petit déjeuné, prenez des forces.
- Oui, madame Jeanne.

Voilà, y a plus qu’à attendre demain.

L’enveloppe avé les sous est toujours posé là, à côté de l’ordi. Faudra que je demande s’il y a des bonnes œuvres à qui les donner.

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