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Virginie Le Gléau

Chambre 17

Départ

Je m’offre encore quelques lignes dans ce cahier avant de refermer cette parenthèse jurassienne et de rallumer mon portable. Je viens de grimper dans le TGV de justesse après un trajet plein de suspense: arriverait-on à temps?
C’est Gaston qui m’a emmenée. Je ne lui trouvais pas très bonne mine ces jours-ci: il a les cernes de l’insomniaque que j’ai longtemps été moi-même, et son visage porte les traces d’une bagarre. Comme moi il y a quelques jours, comme beaucoup de pensionnaires de l’auberge il semble avoir quelque chose à régler avec lui-même. J’espère que tout cela s’apaisera.

Il est arrivé un peu en retard et les obstacles se sont accumulés sur la route: tracteurs, pépés accrochés au volant de leur 4L (ça existe encore dans le Jura, il semblerait), camping-cars roulant au milieu de la route et ne maîtrisant pas le concept de la route sinueuse. Nous avons bien cru ne pas arriver à l’heure et j’entendais Gaston jurer à mi-voix et insulter les nombreux glandus qui encombraient notre chemin. J’étais moins inquiète: des trains, il y en a d’autres, et je ne suis jamais pressée de rentrer de vacances: quand on en a si peu on en profite jusqu’au bout. J’ai dit à Gaston que ça maintiendrait le suspense jusqu’au bout, ça l’a fait rire. Je n’ai quand même pas traîné à la gare, j’ai empoigné mon sac et jailli de la voiture en remerciant Gaston par dessus mon épaule. Je crois qu’il est allé se garer, peut-être pour s’assurer que je ne reviendrais pas après avoir raté mon train. Je l’ai eu.


***

En feuilletant le cahier, je viens de trouver entre deux pages une carte postale du musée Dali. Je n’ai pas la moindre idée de la façon dont elle est arrivée là.

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