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Akikazi Takenaka

Chambre 19

Et la suite, on en fait quoi ?

Bon, honnêtement, un des gros problèmes lorsqu’on prolonge ses vacances, c’est que les vêtements de rechange prévus peuvent venir à manquer… Je me suis vu contraint de piocher dans des fringues que je n’avais pas vraiment imaginé devoir porter à l’Auberge, mais uniquement dans le cas où j’aurais renversé de la sauce sur la moitié de ma valise… J’ai donc eu le droit à une belle réaction d’Ann-Kathrin ce matin après que je me sois habillé :

— Hahahaha… c’est quoi cette chemise avec un col pelle à tarte ? C’est le retour des années soixante-dix ?

Je l’avoue, je m’attendais un peu à cette réplique badine, et l’ai prise de bon cœur en me joignant à son rire. Mais voilà, je n’ai vraiment plus rien d’autre de plus à la mode dans mes bagages.


Hier soir, nous avons eu une longue discussion sur des questions de liberté, de confiance, d’honnêteté, de loyauté, et de fidélité. Je me rends compte que la liberté que j’accorde à mes compagnes peut être déstabilisante pour certaines, surtout si elles ne se sentent pas aptes à me rendre la pareille. C’est le cas avec Ann-Kathrin. Elle a été tellement blessée par les infidélités d’Armin, en plus exposées aux yeux de tout le monde par la presse à scandale, qu’elle ne peut pas m’imaginer avec une autre femme tant que nous serons ensemble.

J’ai bien essayé de la consoler et rassurer comme je pouvais, mais je ne peux pas être autre chose qu’honnête et franc envers elle, et je ne peux donc pas lui promettre la chose qui la rassurerait : la fidélité. Et cela même s’il m’est actuellement impossible de m’imaginer partager la couche d’une autre femme un jour ! Car errare humanum est, et il peut m’arriver de fauter un jour. Et je suis intimement persuadé que c’est moins douloureux (mais douloureux quand même) de pouvoir en parler en toute franchise et confiance, que de s’être juré fidélité et d’apprendre que la promesse n’a pas été tenue, et donc que la confiance est rompue.


La fin prochaine du séjour à l’Auberge nous met tous les deux sur les nerfs… Aucun de nous deux ne semble être prêt à se projeter dans ce que peut devenir notre relation après notre retour à la vie « normale. » Nous avons tous les deux peur de perdre cette bulle si belle et pleine de tendresse et de compréhension qui nous entoure depuis notre rencontre ici.

Pour essayer de faire le point dans ma tête, je suis parti tôt ce matin marcher dans la forêt, prenant à chaque fois le sentier le plus escarpé que je trouvais afin d’essayer de me dépenser physiquement… Humeur musicale dans les écouteurs : le grand Jimi, et particulièrement son Purple Haze

Une brume pourpre, envahit mon cerveau
Ces derniers temps, les choses ne semblent plus être les mêmes
J’agis bizarrement, mais je ne sais pas pourquoi
Excusez-moi pendant que j’embrasse le ciel !

Mais le ciel peut-il avoir meilleur goût que les lèvres d’Ann-Kathrin ?

Après dix-sept répétitions de ce morceau, je suis arrivé en nage au sommet du mont dominant le village de Pollox. Sentant le besoin de me réhydrater, je suis redescendu par le village avant de retourner à l’Auberge. Installé sur la terrasse du Café des Sapins, un jus d’orange à la main, et une grande carafe d’eau sur la table, j’observais la postière vider la boîte aux lettres se trouvant juste à côté. J’aperçus une enveloppe avec l’écriture d’Ann-Kathrin dessus. Très certainement sa dernière lettre à son amie Marie-Ange. Je me demande bien comment elle a pu lui décrire notre rencontre, et à quel point elle a osé décrire certains détails ou non.

Je suis resté assis un long moment sur cette terrasse, à regarder simplement les gens passer : un homme avec un Panama promenant son chien, une vieille dame poussant péniblement son tintébin partant faire son marché, une jeune fille en robe rouge fort décolletée et dos nu semblant se rendre d’un pas vif à un rendez-vous gallant, un jeune garçon faisant rouler un cerceau (tiens, ça existe donc encore ce jeu ?), un couple lesbien poussant une poussette avec un bébé à croquer à l’intérieur, … et un raton laveur !


De retour à l’Auberge, après une bonne douche, je retrouve Ann-Kathrin et nous partons nous allonger dans l’herbe près du lac. Après un bon moment passé à chercher des formes dans les nuages, Ann-Kathrin ose me dire :

— J’ai beaucoup aimé la manière que tu as de parler des spectacles de danse qui t’ont touché. Ca me donne très envie de découvrir un de ces spectacles en ta compagnie. La IXè Symphonie que tu m’as décrite semble particulièrement grandiose, est-ce qu’il y a une représentation prévue bientôt ?

Surpris par cette approche, je me suis levé sur un coude et tourné vers elle :

— Il y a des représentations prévues cet automne au Japon, mais je n’aurai pas la possibilité d’y aller. Et sinon, plus proche de nous, il y a également des représentations à Lausanne, mais c’est par contre dans presque une année, au mois de juin.

Mon cerveau travaillait à toute vitesse… le sourire en coin d’Ann-Kathrin me laissait supposer qu’elle avait fait ses devoirs avant d’aborder le sujet et savait déjà très bien tout cela. Je plongeais la tête la première :

— Est-ce que tu souhaiterais venir me rejoindre à Lausanne pour aller voir ce spectacle ?

— Oui.

Que j’aime ces petits Oui laconiques, quasi susurrés… à chaque fois qu’elle les prononce, je sens bien qu’ils sont le fruit d’une intense réflexion préalable. Je tentais ma chance plus avant :

— Mais c’est très loin le mois de juin, il faut absolument qu’on se revoie avant… Que dirais-tu d’un week-end prolongé où je te ferais découvrir Lausanne. On pourrait se donner rendez-vous dans deux semaines par exemple ?

— Malheureusement, ça ne va pas être possible dans deux semaines : le 13 et 14 août, j’ai des affaires à régler à Vienne en lien avec le divorce. Mais je te rejoins très volontiers la semaine d’après.

YES !

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