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Hugo Loup

Chambre 19

Cogito ergo sum

Les derniers mots de vendredi : “Mais écrire dans mon carnet.” Ce n’est évidemment pas ce que j’ai fait depuis. Par contre j’ai beaucoup réfléchi, beaucoup marché et beaucoup joué de l’okedo.

Samedi j’ai pris le petit-déjeuner avec les Craquantes. Mais ça, j’en reparlerai.
Un peu plus tard, en allant jouer dans la forêt (j’ai enfin trouvé un coin pas trop loin où je peux aller à pied, l’instrument à mon épaule), sortant de l’auberge, j’ai aperçu, vers le lac, en sens inverse, le japonais qui est souvent avec la belle grande femme, autrichienne je crois. Lui parle français avec un accent un peu trainant. Pas du tout l’accent des japonais. Du coup je ne tenterai jamais de lui parler en japonais. J’avoue qu’il m’intrigue, d’autant plus avec son prénom. J’ai cru comprendre Akikazi. Il doit s’agir d’Akikaze, vent d’automne. C’est si joli. Un correspondant au collège portait ce prénom. Pas le mien.

Pourquoi avoir repris l’écriture après deux jours à cogiter ? Parce que je vais avoir de la visite demain et qu’il faut que cela soit bien clair dans ma tête pour pouvoir en parler avec mon visiteur.


Je vais sans doute me répéter. Tant pis, il faut que je pose les choses à plat, on a dit. Enfin de moi à moi.

J’aime mon métier, infiniment. Pourtant je n’ai pas rempilé. Pourquoi ? C’est ce que j’ai essayé d’expliquer à la Miss jeudi. La Miss s’appelle Virginie d’ailleurs. Elle est véto. Je comprends mieux son regard éclairé lorsqu’elle parle de la ferme.
Donc, pourquoi ? Depuis quelques mois, sans doute… non, depuis que mon prochain anniversaire se profile, à vrai dire, je me demande comment allier vie professionnelle et vie personnelle. C’est très difficile pour moi. Je n’ai pas de facilité pour les relations personnelles. Comme dirait Hélène (sœur numéro 3), j’ai un handicap émotionnel.

Je n’ai que des sœurs, six avant moi. Nos parents n’ont choisi que des prénoms commençant par H. Comme les leurs. Soit d’origine germanique, comme celui de ma mère, Hilde, soit vieille France comme celui de mon père, Henri.

Donc mon handicap émotionnel… Comment dire ? Je n’ai pas l’impression d’en avoir un. J’ai un peu de mal à lier amitié, et le “plus si affinités” c’est pas gagné. J’ai toujours été solitaire. Ce n’était pourtant pas facile avec neuf personnes à la maison, enfin en dehors des séjours des grands-parents à la maison. Parce qu’avec les deux parents travaillant avec des horaires à rallonge, il fallait bien du renfort pour s’occuper des enfants. Aussi, chaque mois, changement de gardiens. C’est sûr que ma mère aurait bien préférée une vraie Nanny, britannique of course, à demeure. Mais le patriarche, et banquier, a mis un veto ferme et définitif.
Mon univers la lecture. Littérature et histoire. Allemagne et Japon. Alors que mes sœurs ont choisi anglais et espagnol. J’ai aussi préféré prendre grec plutôt que latin. Elles ont toutes fait un bac scientifique, aussi. Comme dans le conte, je me sentais le vilain petit canard.
Alors me lier à d’autres personnes… difficile. Excepté mon professeur de japonais. C’est lui qui m’a fait découvrir le taiko, qui a fait mon initiation au Taikyokuken. Lui également qui m’a entrouvert la porte sur le monde magique des kamis. Mon professeur d’allemand, quant à elle, a su me montrer une autre facette de l’Allemagne. Celle de Thomas Mann, Stefan Zweig, Franz Kafka, Bertolt Brecht et Rainer Maria Rilke bien sûr. Celle du Berlin des années folles et décadentes, de l’Ange bleu, des cabarets, de l’homosexualité affichée (qui le paieront bien cher par la suite).
Des univers si différents qui ont pourtant échangés. C’est en Allemagne que les Japonais sont venus chercher technologie et savoir scientifique (mais pas que).

Alors pour moi l’évidence n’était pas du tout la vie militaire. Une fois ma décision prise, mon engagement de trois ans signé, ma période de formation de base effectuée, j’ai trouvé un endroit me correspondant. C’est là que j’ai rencontré mon meilleur ami. C’est lui qui a accompagné ma formation de sergent instructeur, mon référent en quelque sorte. C’est lui qui vient demain pour la journée. D’ailleurs il faut que j’aille prévenir la réception pour les repas. Je reviens…


Bon alors, si je résume : j’ai un job que j’adore et que je viens pourtant de quitter. Je vis beaucoup dans la philosophie/culture/croyance nipponne(s) tout en dévorant de la littérature allemande, et nippone aussi. J’ai bientôt 24 ans et je pense de plus en plus à une famille, un foyer, à moi.

N’est-ce pas une autre chose derrière ? N’ai-je pas oublié la vraie raison pour laquelle j’ai tout quitté pour l’armée ? N’ai-je pas omis mes tentatives avortées de vie affective, parce que dans ma tête seulement ?

Vais-je savoir expliquer tout cela à la seule personne qui connait mes failles, mes chagrins, mes espoirs et mes doutes ?

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