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Côme de la Caterie

Chambre 9

Tout esprit profond a besoin d'un masque (F. Nietzsche)

juil. 2020
Voyageur, sculpture de Bruno Catalano

Journée de m***
Ce trajet interminable depuis Paris, cette correspondance ratée en gare de… c’était quoi cette gare d’ailleurs ? (Bourg-en-Bresse ? pas étonnant que je me sois perdu), ce car prétendument “tout confort” pour relier Bourg à Pollox, ce taxi trouvé à Pollox qui a cherché à m’arnaquer en m’expliquant que les routes étaient mauvaises pour accéder à l’auberge et qu’il risquait d’abimer ses suspensions…
Comment, dès lors, être calme, serein ou détendu en arrivant ?
L’important c’est d’être arrivé, je l’espère en n’ayant pas laissé trop de traces derrière moi… 
Voilà deux jours que j’ai coupé mon téléphone et qu’il n’a donc pas “borné”.
J’ai tout payé en liquide.
Je suis invisible.
Traçabilité zéro.
Tranquillité (potentiellement) maximale…

Je suis arrivé au moment du service du soir.
J’ai bien vu des têtes se tourner vers moi lorsque je me suis présenté à la “réception”.
A droite et à gauche. Dans la salle de restaurant et dans ce qui semble être un salon. Des têtes, donc des yeux qui vous scrutent et qui - lorsqu’on est sur la défensive comme je le suis - sont autant de griffes qui tentent de lacérer les vêtements qu’on croit (ou qu’on voudrait) protecteurs…
Ben quoi ? vous n’avez jamais vu un inconnu avec une valise ?

Je me suis retenu, je n’ai rien dit, j’ai tenté de garder un ton, une allure, une gestuelle neutres. La réceptionniste (?) n’avait pas à encaisser ma mauvaise humeur… Quel drôle… euh… d’uniforme pour tenir la réception… Une jeune femme en salopette et rangers ! Une protégée du centre d’insertion local en formation sans doute. En revanche je l’ai trouvée un peu tatillonne. J’ai même ressenti une gêne en la voyant me regarder droit dans les yeux. Comme si elle devinait que je voulais cacher quelque chose…
Alors qu’elle me souhaitait seulement la bienvenue, qu’elle me demandait si je désirais une collation…

Il faut que je sois plus prudent : lorsque la réceptionniste m’a interpellé parce que je m’apprêtais à monter à ma chambre en ayant laissé les clés sur le comptoir… Je ne me suis pas retourné.
Monsieur de la Caterie! Une fois.
Monsieur de la Caterie !!! Deux fois…
Toute la salle de restaurant s’est retournée. Pas moi !
Je n’ai réagi que lorsqu’elle m’a attrapé par le bras. J’ai prétexté la fatigue, le bruit…
Il va falloir que je m’habitue à ce nom.

In petto j’ai pensé que la “poisse” continuait.
Moi qui déteste le monde, je suis servi, l’auberge a l’air d’afficher complet. J’ai eu du mal à obtenir une réservation : ça fait 15 jours que je vadrouille d’hôtel en location AirB’nB… de AirB’n’B en hôtel… en attendant de pouvoir me poser au calme, seul.
Seul pour cacher que j’ai le coeur gris comme une caserne… Belle formule chantée par Serge Lama…
La solitude, je l’espérais.
Une auberge au fin fond du Jura, ce n’est quand même pas le Martinez en plein festival de Cannes ?
Ils font quoi, ces gens, en venant se perdre ici ?
Ben, comme toi mon gros, ils viennent chercher le calme et le repos ! L’oubli peut-être…

François Mauriac l’a écrit : “Paris est une solitude peuplée. Une ville de province est un désert sans solitude.”

C’est bien ça : j’ai cherché (et trouvé ?) un coin paumé, un désert… mais il va falloir composer avec les gens et créer ma propre solitude…

Je suis monté dans ma chambre. Au 1er étage, dommage. J’espère que les clients au dessus seront discrets et que je ne serai pas importuné par des bruits de pas.
Je suis en bout de couloir. En laissant la porte entr’ouverte, je peux voir les allées et venues de tout l’étage…
Un balcon qui donne sur la forêt mais surtout sur la route de Pollox. Je peux donc voir qui part, mais aussi qui arrive.
On n’est jamais trop prudent…

Je me suis mis à écrire sur ce carnet trouvé dans la chambre. Une vieille habitude, l’écriture. Les mots sont mes plus fidèles compagnons de solitude. Ils permettent d’exprimer, de raconter, d’informer, de garder des souvenirs, d’évacuer tant de non-dits … ou de cacher tant de choses. Les écrits restent innocents tant qu’on ne les a pas offerts aux yeux des autres…

Je vais essayer de trouver le sommeil…
Homère disait “le sommeil est le frère jumeau de la mort“…
Pas question qu’un jumeau maléfique se mêle de mes affaires !

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