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Akikazi Takenaka

Chambre 19

Garder la tête froide !

C’est impressionnant avec quelle rapidité une certaine routine peut s’installer. Cela ne fait même pas une semaine depuis notre premier baiser, mais il est déjà établi que nous nous retrouvons chaque nuit dans la chambre de l’un ou de l’autre, pour continuer d’améliorer notre partition à vingt doigts, deux bouches, deux langues, et quelques autres instruments… Il y a là une certaine forme d’harmonie qui n’est pas sans me rappeler que je devrais me concentrer un peu plus sur l’ikigaï (troisième pilier : harmonie et durabilité) si je veux trouver un nouveau sens à cette vie qui ne me convient plus depuis un bout de temps déjà…

Quoique, ce nouveau sens, il est peut-être là, à l’Auberge, dans cette rencontre avec Ann-Kathrin ! Il est sûr que quand je suis en sa compagnie, je sais être ici et maintenant (cinquième pilier !), mais dès qu’elle s’éloigne, c’est peine perdue : je pense à elle. Et vu qu’on essaie quand même de ne pas (trop) étaler notre relation auprès des clients de l’Auberge, il y a régulièrement des moments où nous ne sommes pas ensemble. Mais j’ai le sentiment que c’est raté : je croise de plus en plus de regards amusés de la part des autres habitants de l’Auberge, comme le veilleur de nuit ou la voisine de chambre d’Ann-Kathrin par exemple ; j’ai l’impression que ceux-ci ont découvert le pot aux roses. Malgré tout cela, je n’arrive pas à savoir où j’en suis… suis-je en train de tomber amoureux ? est-ce juste charnel et sensuel ? Il vaut probablement mieux que j’arrête de me poser ces questions, et que je profite de l’instant. Je n’ai toutefois pas vraiment envie que cela s’arrête déjà ce week-end avec mon départ de l’Auberge.

Comme le disait mon père, grand marcheur, rien de mieux qu’une bonne marche pour se vider la tête ! Je suis donc sorti me promener dans les pâturages du côté de la ferme des Adrets. C’est fou comme une même couleur peut être déclinée en une infinité de légères variations dans la nature. Entre la teinte plus sombre des conifères, celle avec une pointe de jaune des graminées, ou celle plus vive de l’herbe rasée court par les vaches de la ferme (teinte qui s’approche furieusement du vert des iris d’Ann-Kathrin).

J’ai étonnamment trouvé quelques trèfles violet et coquelicots encore en fleur dans ces pâturages. Ce doit être l’altitude qui fait qu’ils soient si tardifs.

Coquelicot des prés (Ce rouge qui est tellement proche de la pédicure si soignée d’Ann-Kathrin…)

C’est là que j’ai commencé à me rendre compte que c’était peine perdue pour me vider la tête via la marche. Vraiment tout me faisait penser à Ann-Kathrin ! Demi-tour en direction du lac, où j’ai trouvé un point de vue à l’abri des regards (c’est là que j’ai posé mon bras sur les épaules d’Ann-Kathrin la première fois), je me suis mis en tenue d’Adam et ai plongé la tête la première dans les eaux froides du lac. J’ai passé un long moment à faire la planche dans ces eaux indigo, et à perdre mon regard dans le bleu du ciel. Le froid et l’immensité au-dessus de moi ont petit à petit réussi à calmer le cycle incessant de mes pensées.

Je suis ressorti, un peu grelottant, du lac et me suis encore allongé au soleil dans l’herbe, pour profiter de cette belle journée. Je crois même m’être assoupi un moment, tellement je me sentais bien. Une fois bien sec, je suis retourné à l’Auberge, ai pris un livre au hasard dans la bibliothèque, et me suis installé avec un jus d’orange sur le patio… Incapable de me souvenir de ce que j’ai lu par contre : très rapidement je me suis mis à me réjouir du moment ce soir où, profitant du noir de la nuit, Ann-Kathrin viendra me rejoindre dans ma chambre !

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