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Alexeï Dolgoroukov

Chambre 14

Comme à la fête de l'Huma

C’est presque étonnant, finalement, qu’il nous ait fallu au moins trois jours pour fâcher quelqu’un.

Après son esclandre au restaurant samedi soir, la riposte ne s’est pas fait attendre.

Un gars avec une tête à la Reggiani qui essaie de se rendre impressionnant comme un Ventura nous écoutait attentivement samedi soir. Ça n’a pas loupé, hier soir il a débarqué, s’est installé avec l’Huma grand ouvert et par dessous, un t-shirt de la CGT, plus rouge tu meurs.

Il a passé son repas à nous faire le top 50 des chants révolutionnaires, on se serait cru à la Fête de l’Huma, avec juste un peu moins de gadoue.

La tête de Monsieur le Comte était impayable. Surtout quand le gars s’est levé pour le saluer en l’appelant camarade.

De mon côté : message bien reçu, voici un type avec qui je boirais bien un verre en me marrant à la santé de mon patron, un de ces jours.

Côté Comte aussi, le message a été reçu.

Au moment où le type remontait il s’est dressé et a commencé à beugler :

– Coeurrrrr trrrragiquement trrrrrahi, aussi violente trrrahison que quand Rrrrrusssie impérrrriale a accusé ami de mon pèrrrre, Mikhaïl Andrrrréevitch Babitsine, d’avoirrr rrrrrejoint rrrrrouges.

– Monsieur le Comte tout le monde vous regarde…

– Ahhhhh !!! Cooooeur mien….

– Oh le con.

Il s’écroula de tout son long. Comme environ 4 fois par an quand quelqu’un lui rive son clou.

Après avoir tressauté, gémi, soulevé une paupière et constaté l’intérêt, voire l’inquiétude de son public, il me tendit une main hésitante, dont il avait à peine besoin pour se relever, tout frétillant d’avoir reconquis la première place dans les potins du lendemain. J’ai cru qu’il allait saluer comme à la fin de l’acte V, le vieux crétin inconscient.

Et qui s’est ENCORE excusé platement un million de fois ? Alexeï Fedorovitch soi-même.

Une fois remontés dans notre chambre et sirotant notre thé du soir, il a levé vers moi un œil pétillant de malice.

– Avons bien rrri, ce soirrr, Alexeï, vous d’accorrrrd ?

– Ri ? Mais enfin vous avez scandalisé tout le monde hier, inquiété inutilement tout le monde ce soir, ce type vous a tourné en ridicule, non, on a pas ri, Monsieur le Comte ! On va se faire virer de l’auberge, oui !

– Moi bien rrri et vu vous rrrrirrrre sous cape aussi, Alexeï. Avons bien prrrrofité.

– Ah, ça ne vous a pas exaspéré, d’être provoqué comme ça, peut-être ?

‑ Vous savez Alexeï Fedorovitch, âme slave, comme disait Borrrris Vian, est au-delà conflits politiques. Âme slave c’est rrracines communes, aussi exil, souvent. C’est forrrme frrrraterrnité, c’est défier vie et trrrromperrr morrrt, c’est chanter à table, c’est rrrrrirrre comme si mourrrirrrr demain et pleurrrrrerrr toute son âme. C’est étés à Colline Russe au Lavandou et toutes âmes crrréatives. C’est jouer existence comme théâtrrrre. Ce soirrrrr ai trrrrouvé bon adverrrrsairrrre de joute verrrrbale. Peut-êtrrrrre boirrrons nous vodka ensemble bientôt.

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