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Akikazi Takenaka

Chambre 19

Introspection moyennement fructueuse

Voilà que je ne sais même plus dans quel ordre écrire des entrées dans ce cahier… Devrais-je suivre l’ordre chronologique de la journée ? Ou plutôt commencer par ce qui me paraît le plus important ? Allez, chronologique, cela me paraît mieux. Où en étais-je resté hier ? Ah oui, le magnifique petit « Oui » si joliment susurré par Ann-Kathrin…. 😊

Visiblement, même si elle ne semblait pas vraiment se l’autoriser, elle n’attendait que ma demande pour libérer des envies enfouies. Très rapidement, nous avons compris que nous ne saurions en rester à ce simple baiser et nous avons filé nous mettre à l’abri des regards derrière un bosquet. Notre couche était composée d’herbes piquantes et de cailloux pointus, mais jamais couche ne me parut plus douce que celle-ci, car j’avais l’immense honneur de la partager avec une femme, belle, forte, attirante, et qui semblait avoir une revanche à prendre contre un manque de sensualité et de plaisir dans sa vie. Nous nous sommes tous deux complètement abandonnés au plaisir qui nous submergeait.

— Est-ce que quelqu’un parmi mes camarades est capable de me donner la définition du mot « extase » ?
— C’est un truc mystique.
— Une joie extrême, comme sous LSD.
— C’est sexuel, l’extase !
— L’extase, mes chers amis, c’est l’état où un individu est transporté hors de lui-même.

Ce qui est certain, c’est que, cette après-midi, nous avons tous les deux atteints cet état où un individu est transporté hors de lui-même. Tellement hors de nous-même, que nous n’avons plus échangé une seule parole. Le contact de nos regards et de nos peaux nous suffisait. À peine retournés à l’Auberge, nous avons filé chacun de son côté dans sa chambre, comme si on voulait cacher ce plaisir aux yeux du monde entier. (Évidemment, il n’y a pas non plus eu de fondant au chocolat à partager pour se remettre de nos émotions…)


Nouvelle nuit difficile… Déjà parce que j’avais la tête dans tous les sens après cette belle après-midi, mais surtout parce que mon moment de zenitude habituel à observer les petits renardeaux a été perturbé par un vieil olibrius à moitié nu (et c’est malheureusement la moitié la plus intime qui était dénudée, la comparaison avec la si belle nudité d’Ann-Kathrin était dégrisante…) qui hurlait avec un horrible accent russe Rumeurs vraies ! Renards ici ! Fourrures magnifiques et civets délicieux ! Bien entendu, les renardeaux n’ont pas voulu se montrer, trop dérangés par ce bruit incongru…. Mais qu’il ne s’avise pas de toucher à un poil de ces petits animaux ! Surtout qu’Ann-Kathrin n’a pas encore eu l’occasion de les voir ! S’il essaie, je pense que Janette (la cuistot de l’Auberge qui nous mitonne ces si délicieux petits plats) aura l’occasion de cuisiner le civet de russe blanc ! Heureusement, son homme de service a réussi à le rattraper et à le ramener à l’intérieur. J’espère qu’il saura mieux le garder sous contrôle les prochaines nuits, que les spectateurs habituels des renardeaux puissent à nouveau profiter de leur belle manière de s’abandonner au jeu.


Réveil avec la tête en vrac ce matin, évidemment…. Je suis donc parti faire une longue marche dans la forêt et les monts avoisinants, avec la ferme intention d’essayer de comprendre ce qui s’est passé ces derniers jours, et le pourquoi de ce tourbillon d’émotions et de sentiments qui m’anime (est-ce que l’auto-analyse peut être considérée comme tombant sous la coupe du deuxième pilier de l’ikigaï : se libérer soi-même ?)

Cette balade m’a au moins permis de trouver un joli sommet dans ce coin du monde, avec vue sur le village de Pollox au loin : Vue sur le village de Pollox depuis les hauteurs dans la forêt.

C’est là que je me suis installé pour cuisiner mes sentiments et intentions, loin de la foule. Ce qui est sûr, c’est que jamais auparavant je n’ai connu une telle intensité de passion et d’envie… Encore moins pour une femme qu’au premier abord je n’aurais perçue dans mon métier que comme un pigeon à plumer. Qu’est-ce qui m’attire donc tant chez elle ? Sa force, sa fougue, qu’elle essaie de cacher derrière des couches de bonne éducation ? Sa taille, qui me permet enfin de réaliser ce vieux fantasme de déguster le corps d’une femme plus grande que moi ? La fermeté de son corps si magnifiquement sculpté par l’équitation ? Nos parcours de vie à la fois si semblables et si différents ? L’alchimie si surprenante et si réussie de cette première fois ensemble où tout semblait simple, facile, et nous amena à une telle extase ? C’était comme si nous connaissions déjà tous deux tous les points sensibles de l’autre et comment en jouer au mieux… On aurait dit du Mozart ! (Tiens, il faudra que je demande à Ann-Kathrin quels sont ses goûts musicaux… pourvu qu’elle ne me réponde pas le Schlager !) Non, ce dernier point ne peut pas expliquer cette attirance, même si c’est un bonus oh combien appréciable, car l’attirance était déjà présente bien avant ce premier contact charnel.

Bon… Toutes ces réflexions et interrogations ne m’ont pas permis d’y voir plus clair et d’ordonner mes pensées…. La seule certitude qui m’est restée, et qui m’a quand même soulagé un peu l’esprit : j’ai extrêmement envie de revoir Ann-Kathrin et explorer plus avant avec elle cette alchimie sexuelle et charnelle, ainsi que les liens que nous pourrions tisser ensemble.[1]


Pour essayer d’atteindre un état proche de la trance afin de me vider un peu la tête, je continuais mon long tour de marche par le village de Pollox. Mais sentant la fatigue s’approcher, je me suis mis à faire du stop pour retourner à l’auberge. Alors que j’avais le pouce levé, un oiseau se soulagea sur moi… Bien ma veine ! Quel conducteur va accepter de prendre en stop un auto-stoppeur recouvert d’une belle merde de pigeon ? J’ai donc tout fini à pied, et suis monté illico presto dans ma chambre pour essayer de nettoyer mes vêtements… Il faudra que je demande si l’Auberge collabore avec un service de blanchisserie, mais j’en doute.

Note

[1] Et non, je ne pense pas au shibari en écrivant cela… mais si l’envie lui en prenait, je serais partant.

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