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Akikazi Takenaka

Chambre 5

Balade au bord du lac

La nuit d’avant, j’ai passé une très mauvaise nuit… Il y a eu au milieu de la nuit une grosse scène de ménage entre Natou (la jeune Marseillaise qui se laisse enchanter par tout ce qu’elle voit) et son compagnon Toni, qui logent dans la chambre juste à côté de la mienne. J’ai même eu peur à un moment que cela dégénère en coups ! Heureusement, Toni s’est finalement calmé lorsqu’il s’est retrouvé devant des témoins. Et il me semble bien avoir entendu Ann-Kathrin venir réconforter Natou dans sa chambre ensuite… J’en suis content pour elles. Oui, elles, pluriel… Je pense qu’elles peuvent s’apporter toutes deux beaucoup l’une à l’autre. Un peu de la fraîcheur et du laisser faire de Natou siéraient à merveille à Ann-Kathrin, et un peu de la précaution d’Ann-Kathrin ferait certainement du bien à Natou pour éviter de se retrouver dans des situations compliquées.

Mais avec tout ce raffut, j’ai raté le rendez-vous nocturne des renards. Et c’est surtout pour cela que la nuit fut mauvaise !


Ann-Kathrin… aahhhhh Ann-Kathrin….. Je ne sais quoi en penser précisément. Il semble que beaucoup de choses (et pas seulement nos histoires de vie fort semblables) nous attirent l’un vers l’autre, mais qu’en même temps aucun de nous deux n’est prêt à se l’avouer à lui-même. L’autre soir, après notre repas ensemble, au moment de se séparer sur le palier de notre étage, j’ai eu le sentiment qu’elle s’est dépêchée de couper court à notre discussion et de retourner dans sa chambre pour éviter d’avoir à se confronter à certaines tensions qui se déploient en elle. Du coup, elle n’a pas encore eu l’occasion de voir les petits renardeaux qu’elle dit pourtant avoir tant de désir d’observer !

Ce matin, après le petit-déjeuner, je l’ai croisée dans les couloirs de l’Auberge. Après avoir pris de ses nouvelles, et demandé comment elle avait récupéré après l’altercation entre Natou et Toni, je lui ai proposé d’aller boire un coup ensemble à Pollox, ou une balade autour du lac plus tard dans la journée. Chouette, elle a choisi la balade autour du lac !

Nous voilà partis en début d’après-midi pour le tour du lac. Au début de la promenade, nous devisions paisiblement de choses et d’autres, sans porter grande attention à ce qui nous entourait. Quand soudain est apparu un point de vue particulièrement magnifique sur le lac. Nous nous sommes alors arrêtés, et installés côte à côte pour profiter de ces jeux de lumière sur l’eau que nous apprécions tout les deux tellement.

Je lui demandais alors :

— Mis à part observer les autres membres de la noblesse autrichienne et faire votre langue de vipère à leur propos, avez-vous des hobbies ?

— J’ai toujours adoré l’équitation. Il y a quelque chose d’incroyablement jouissif à sentir la chaleur et la force d’un pur-sang entre ses cuisses. Cela donne un sentiment de puissance délectable. C’est un ravissement, une extase ! Et vous, cher Akikazi, mis à part profiter de pauvres femmes en détresse pour leur vendre des assurances, vous avez des passions ?

— Mmmhh… Votre description d’un étalon me donne envie d’essayer et me laisse rêveur. En ce qui me concerne, j’aime beaucoup aller au théâtre, et j’adore particulièrement aller voir de la danse.

— Comme Casse-Noisettes ou Le lac des cygnes ?

— Non, plutôt des créateurs plus contemporains, comme Pina Bausch, ou Akhram Khan, ou encore Sidi Larbi Cherkaoui. Et j’oubliais l’incroyable Philippe Découflé !

— J’ai eu la chance de voir une représentation de Vollmond à Vienne, j’en garde un souvenir émerveillé !

Plus tard dans la conversation, je suis revenu sur l’altercation entre Toni et Natou :

— Avez-vous pris des nouvelles de Natou depuis l’autre nuit ?

— Non, je n’ai pas eu l’occasion de la revoir, j’espère qu’elle va bien, et saura se protéger de ce Toni.

— En tout cas, elle semble avoir trouvé plein d’alliés au sein de l’Auberge, vous la première.

— Elle me rappelle certaines erreurs que j’ai faites par le passé, et que je ne lui souhaite vraiment pas de reproduire…

Elle se tut alors, son visage se referma… Je me suis permis de lui passer un bras sur l’épaule. Elle eut un premier réflexe de crispation, puis se laissa assez rapidement aller et vint se blottir contre moi. On resta ainsi quelques minutes, à regarder le lac, sans rien dire…

Puis elle se dégagea, se releva en disant :

— Je commence à avoir envie d’un quatre heures, on retourne à l’Auberge ? J’ai très envie d’un fondant au chocolat…

Le reste du chemin se fit en parlant à nouveau de choses et d’autres (il semble qu’il nous soit plus facile d’aborder des sujets intimes en étant assis qu’en marchant).

À l’approche de l’Auberge, je me suis arrêté brusquement. Ann-Kathrin s’est également arrêtée, et m’a regardé, intriguée. Je lui ai dit :

— Ann-Kathrin, je n’en peux plus… J’ai très envie de vous embrasser ! M’y autorisez-vous ?

Elle, dans un souffle :

— Oui.

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