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Joseph Midaloff

Chambre 6

Du grabuge chez Natou

Salut ma Douce,

Faut que je te raconte, je tiens à peine debout à cause de ma petite nuit, qui a été coupée au milieu à cause de l’autre taré. Je m’étais pourtant couché tôt hier soir mais j’ai été réveillé par une engueulade à mille décibels au fond du couloir.

En principe je me mêle pas de ce genre de trucs, surtout quand je connais pas les gens, mais là justement j’ai reconnu les voix de Natou et son mec. J’hésitais un peu – après tout nous deux quand on s’engueule on réveillerait le quartier – mais à un moment j’ai senti la peur dans sa voix et elle disait : « Tu veux me battre maintenant ! », alors j’ai enfilé ce que j’avais sous la main et je suis sorti dans le couloir.

Là, je vois un autre gars, en calbute, qui fait genre qu’il s’est trompé de chambre (j’y ai cru aussi mais après il m’a dit que c’était histoire de). Ça a permis de calmer le jeu, surtout qu’à ce moment-là, paf, plus de lumière dans le couloir ni les chambres ! Le caïd des calanques est sorti en trombe pour aller calmer ses nerfs dehors. Rassuré par Natou qui lui disait que de ne pas s’inquiéter, Paul (c’est le nom du voisin) a tourné les talons. La môme reniflait ses larmes quand même, m’est avis que ça n’allait pas trop fort mais elle voulait qu’on lui fiche la paix, ça c’était clair.

La lumière était revenue. On a échangé deux mots avec Paul et on s’est dit que c’était peut-être mieux de prévenir le veilleur de nuit pour les faux contacts électriques. Alors nous voilà partis, lui en calbard et t-shirt, moi dans mon jogging Les cons ça ose tout que vous m’avez offert à Noël et mes savates de la medina, direction le rez-de-chaussée. Il était au courant vu que c’est lui qui avait joué aux clignotants en entendant le bordel au-dessus !

Ce Lucien est un gars qui sait vivre, il nous a proposé un petit verre pour nous en remettre et nous voilà tous les trois dans la cuisine.

Par parenthèse elle est canon la cuisine, si j’osais je demanderais l’autorisation au moins de pouvoir me préparer un petit déj digne de ce nom avant de partir au boulot le matin et pourquoi pas me préparer quelques gamelles pour le midi. On va au resto des fois avec Thierry et Vincent ou je demande un panier repas, mais bon, ça vaut pas du frichti maison. Si seulement ils avaient au moins un barbecue en libre-service ici !

Un drôle de loustic ce Lucien. Je le croise tous les matins en allant au turbin et on se salue poliment mais c’est pas le genre à t’embarquer dans la conversation, il préfère bouquiner et au cas où tu serais long à la comprenette il met son bouquin bien devant ses yeux quand tu passes dans le hall.

Mais il est pas pisse-froid non plus et après un petit coup il est un peu plus causant. Pareil pour le Paul Dindon, qui doit avoir à peu près notre âge, peut-être un poil plus jeune (Lucien lui il serait plutôt un poil plus vieux). J’avoue on se l’est un peu joué vieux de la vielle connaisseurs de la nuit vu que Lucien avait quelques anecdotes pas piquées des hannetons à nous raconter sur les trucs qu’il voit dans son boulot. J’aurais pas imaginé ce que les clients peuvent demander parfois à un veilleur de nuit d’hôtel dis donc, j’ai jamais fait ça (je vais y penser maintenant). Par exemple dans un ancien boulot il y a une petite nenette qui voulait faire une surprise à son mari et qui lui avait demandé de mettre des bougies partout dans la chambre et sur le rebord de la baignoire pendant qu’ils dîneraient et de désativer l’allumage automatique quand on rentre. Lucien a commencé par refuser, il avait moyen envie de perdre sa place si ça avait foutu le feu, mais la cliente a eu l’air si déçue qu’il a dégotté des guirlandes de Noël dans la réserve et les a accrochées sur les murs. Sympa, non ?

Paul a enchaîné en nous racontant qu’il est serveur à Paris dans un bar qui ferme tard. Tu sais quoi ? Je le connais bien en plus ce bar, c’est « le Fer à Cheval », à Bonne-Nouvelle en plein dans le quartier des quotidiens à l’époque où on imprimait intra-muros. Je sais pas combien de nos services de nuit on a fini là dans le temps. C’est marrant.

Le coup de tout à l’heure, il le fait souvent (ou tout comme) quand ça tourne vinaigre entre clients passé une certaine heure ou un certain nombre de verres. Il a une panoplie de machins loufoques qu’il met en branle pour refroidir les mentalités avec diplomatie : faire semblant de manquer se casser la figure, aller demander à la table si c’est à eux le vélo qui est dehors, se tromper dans les commandes, etc. C’est le métier qui veut ça, t’apprends des trucs avec l’expérience. J’ai rigolé que la fille de la buvette au bal devait croire qu’on se disputait alors, vu qu’elle avait tout mélangé nos commandes avec celles des autres clients. « J’ai pas remarqué, je faisais connaissance avec un charmant barbu » il nous sort. Lucien a fait un grand sourire jusqu’aux oreilles en nous resservant un verre pour la peine (première fois que je le vois vraiment sourire) : « T’as raison, faut profiter de la vie ! »

J’ai tilté que Paul est homosexuel. J’ai failli lui dire : « Oh ben ça alors ça ne se voit pas du tout », mais heureusement je me suis retenu à temps en réalisant que ce serait complètement con de dire ça (tu vois je vous écoute les filles et toi).

Avec cette bonne compagnie et le liquide qui va avec, forcément je suis remonté à pas d’heure dans ma piaule et le réveil était rude ce matin. C’est pas aujourd’hui que je vais faire le sportif ! J’ai repéré un hamac près du lac l’autre jour, je file voir s’il est libre !

Bisous tout partout,

Ton Jojoff

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