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Clémence Ribeyrou

Chambre 2

Le premier amour (est toujours le dernier)

C’est pas compliqué : j’ai passé mes trois premiers jour à l’auberge à dormir, manger, éliminer, dormir. Retour aux sources, mode de vie : bébé.

Mes rêves étaient agités, tournoyants, insaisissables tout d’abord puis de plus en plus clairs.

Je me suis réveillée trois fois de suite avec cette phrase en tête : Le premier amour est toujours le dernier.

Quel pouvait bien être ce premier amour ? Quand même pas Antoine, mon premier béguin au CE1 ?

Après trois jours, je me suis sentie capable de sortir me promener. Seule. Les membres du personnel de l’auberge et les autres clients avaient pour la plupart l’air sympathique, mais j’avais besoin d’espace pour dialoguer avec moi-même.

Le piano-bar minable : FINI, plus moyen que je supporte ça.

Enseigner le piano ? C’est la seule pensée qui me broute encore plus que d’en jouer pour des gens qui s’en foutent.

“Le premier amour est toujours le dernier.”

Mais qu’est-ce que je sais faire à part ça ?

“Le premier amour est toujours le dernier.”

Inconscient cryptique, je te hais autant que je t’adore.

Marcher. Souffler.

Une soudaine fulgurance : quand j’étais petite, mon père m’emmenait à la maison de quartier où il y avait des animations. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai chopé le virus du piano. Je voulais faire le même métier que les gens qui travaillaient là-bas, mais mon père m’en a dissuadée, il disait que ce n’était pas assez bien pour moi.

Je suis rentrée dans ma chambre en quatrième vitesse, j’ai démarré mon PC en apnée, j’ai ouvert un navigateur, moteur de recherche, frénésie, mais qu’est-ce que c’était que ce métier ?

Apparemment, “animateurice socioculturel·le”.

Re-moteur de recherche, formations, formations, j’ai un pécule qui devrait me permettre de tenir deux ans en formation, est-ce que c’est jouable ? Oui, semblerait-il. Et les inscriptions sont encore ouvertes à Grenoble, mais plus pour très longtemps.

J’inspire.

J’expire.

Je m’inscris.

Dans la foulée, je téléphone à Guillaume-le-tyran pour l’informer de mon départ deux semaines après mes congés.

Sans surprise, il entre dans une colère noire.

Avec surprise, je lui tiens tête.

Mais la loi est en partie avec lui : j’ai oublié le foutu préavis.

On négocie sévère.

On finit par tomber d’accord : il accepte mon départ pour début septembre, mais seulement si je renonce à la fin de mes congés.

Je raccroche.

Je pleure.

Je vais voir la propriétaire, je lui explique mon problème, elle est adorable, elle me dit que mon départ tombe très bien : elle avait une demande de réservation qu’elle ne pouvait pas honorer, elle va rappeler la personne en question et je ne payerai que la première partie du séjour. Elle me dit que je peux prendre avec moi le carnet à peine commencé, qu’il me permettra de continuer à chroniquer mon virage.

Je re-pleure.

Je fais mes bagages (facile, ce n’est pas comme si j’avais eu le temps de déballer grand-chose).

Retour au quotidien naze pour quelques semaines, puis bonjour l’aventure.

Et merci à l’auberge qui m’a permis d’accoucher de moi-même.

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