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P. Vergnes

Chambre 18

Mise en abyme

Chère Amie,

Mon séjour se termine, c’est mon dernier week-end ici.
La semaine est passée à une vitesse vertigineuse. J’ai beaucoup marché, visitant les environs, remontant le cours d’eau qui alimente le lac, poussant jusqu’aux villages, à deux et trois kilomètres ou encore vers l’Ereintant à six kilomètres, circuit de randonné qui porte bien son nom.
J’ai beaucoup lu, pour le plaisir et un peu pour mes travaux. J’ai réussi à me mettre à jour dans mes mails. J’avoue n’avoir, ces trois dernières semaines, répondu qu’aux mails nécessitant une réponse urgente. J’ai préparé mes réunions pour les deux semaines qui viennent. Elles concernent essentiellement l’organisation de la rentrée, ainsi que la maquette des cours du nouveau plan quinquennal. J’ai fini les rapports suite aux entretiens de vendredi et mardi derniers.
J’ai été bien plus actif que prévu. Je pensais me reposer essentiellement, avant d’attaquer les deux semaines à venir très chargées. Quoi de mieux lors d’insomnie que de travailler ? Je vous le demande, à vous, insomniaque depuis de nombreuses années.

Ce séjour fut aussi intéressant à bien des égards. J’avais oublié combien ces endroits de villégiatures pouvaient être un microcosme. Il y a bien longtemps que je n’ai pas séjourné dans un tel endroit. Je me rappelle les quelques étés dans de petits hôtels, au bord de l’Atlantique seul avec ma femme, puis en famille en Bretagne lorsque Maxime était petit. Un jour, nous avons cessé ce genre de vacances. Nous n’allions plus qu’au chalet, tous ensemble avec la fratrie et leurs propres enfants. Je ne regrette pas. J’ai toujours beaucoup aimé ces grandes réunions familiales. Enfin, avant. Avant les disputes avec ma femme, avant qu’Agathe se mêle de tout et surtout de ce qui ne la regarde pas, avant la mort de Maman et que je me retrouve seul à élever un adolescent avec qui le lien s’était distendu.
Pourtant, j’y retourne chaque année, et cette année encore. Cette année où je crois avoir fait la paix avec une partie de mon passé, où Maxime et moi avons établi un nouveau lien, plus riche, plus profond, entre adultes. C’est au chalet que je vais le revoir après ces longs mois de séparation. Il semble que ce stage de fin d’études en Suède lui est particulièrement bénéfique. Où est-ce plus la colocation là-bas avec BK ? Allez savoir…

Microcosme disais-je à propos de l’auberge. Certes, mais aussi le sentiment d’assister à une pièce de théâtre, ou plutôt à une série de pièces dans une plus grande. Vous voyez ?
Même si beaucoup de résidents, pour ne pas dire tous, sont venus pour se reposer, il n’en reste pas moins que la journée, l’auberge est quasi vide. Les journées ont été belles, dans l’ensemble, et les températures plutôt clémentes. Beaucoup ont randonné ou simplement marché dans les environs, quelques-uns se baignaient ou profitaient de la plage. Des vacances normales dans ce genre d’endroit un peu isolé en plein cœur d’un parc naturel.

Il y a des petits drames et des grandes joies, des retrouvailles, des rencontres et des transformations aussi. Bien sûr il y a le quotidien, rythmé par les heures des repas, par les autres aussi, qui s’égrènent tout doucement dans une sorte de torpeur, ou défilent rapidement dans un élan dynamique. Quatre semaines pour moi, trois pour d’autres. Trois semaines pour trouver ou retrouver l’amour. Trois semaines pour se découvrir ou se redécouvrir. Trois semaines pour perdre un espoir et en retrouver un, différent. Trois semaines pour partager un moment, une histoire, un souvenir avec autrui. Trois semaines et de nouveaux arrivants.
A leur tour ils vont faire partie de cette belle distribution, devant jouer leur rôle dans leur petite pièce dédiée. Ils pourront s’inventer, se retrancher, ou bien partager au gré des rencontres, au hasard d’une table au restaurant ou dans la véranda, d’un balcon à un autre, au détour d’une promenade…

Et moi dans tout ça, spectateur et acteur dans de belles rencontres, j’ai travaillé et marché. Marcher pour me vider la tête et mieux réfléchir aux travaux pour lesquels je suis venu ici, pour finalement surtout réfléchir à ma vie…

Bien à vous

P. V

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