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Claude de la Cruz

Chambre 7

Étourdi

elles ne sont pas perdues
non
les heures
par d’autres vécues
d’un mot au vol
d’un visage entrevu
témoin fugace
s’est tu

ils ne se sont pas perdus
non
les jours
dont le temps s’est repu
eux sont au sol
elles ont bu tant et plus
même amour passe
sais-tu

recompte les pas perdus
tiens
le temps
si vite a vieilli têtu
guindé ton col
les papiers tous relus
cela tout lasse
c’est su

chaque être dans son jour s’accroche un peu plus nuit
s’enroule autour des cimes et d’un vertige fuit
sommes filles de l’air et d’amour frais et purs
sommes le blanc fil tourné au rouet à main sûre

passe un jour de laine 
et filent nuages coton
fuient les heures à la peine 
et instants en flocons
sommes fils de grand ciel et d’abîme emboutis
sommes fils d’air épais du temps en ses replis

trop petite est la pièce où tu tisses nos vies
et enserres en ta nasse un peuple d’asservis
compte bien les instants à nos cœurs suspendus
miette de jour de nuit n’en soit pour eux perdue

Cette promenade m’a fait le plus grand bien. Était-ce le grand air ou la vue des montagnes je ne sais, mais le souvenir de cet après-midi ensoleillé m’a tenu éveillé jusque tard hier soir. Rien de bien extraordinaire que ce petit tour du lac qui paresseusement offre sa surface étale à nos yeux, juste sous l’hôtel. Je n’étais de toute façon pas bien chaussé pour m’aventurer plus loin. Rien qu’un petit tour, mais ce ciel… Ce miroir d’eau, je m’en suis repu les yeux. Je suis rentré comme un homme soul de vent et de lumière, étourdi par cet air gorgé de soleil. Et à la fenêtre, bien plus tard, calmé et remis dans mon bon sens, humant la noirceur de l’air, je me suis senti… vivant. Quelques vers jetés nuitamment m’attendaient au réveil ce matin. Repris et remaniés après quelques heures de sommeil, ils me laissent insatisfaits, mais qu’importe, je veux garder intactes les traces du temps qui passe et de ce qu’il accomplit en moi.

Une douce routine commence à s’installer ici, dont la monotonie n’est qu’à peine rompue par les nouveaux visages qui apparaissent à l’heure des repas. Le rythme des allées et venues seul nous rappelle qu’ici aussi, le temps s’écoule. Je jurerais que la nature emplit de ses bienfaits tous les occupants de l’auberge. Tel froncement de ride, tendue à l’arrivée de son propriétaire, disparaît après deux jours. Tel œil chagrin, chargé du souvenir de la ville bruyante, se fait rieur voire charmeur après deux nuits calmes. Si tel est le témoignage des traits du visage, quel peut être le travail obscur, lent et nécessaire, qui s’accomplit dans les cœurs … Pour qui sait y prêter attention, naturellement. C’est un remède qu’il faudrait à tous prescrire ! Je dois absolument remercier mon oncle Pierre pour cette riche idée.

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