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Jeanne Lalochère

l’aubergiste

Châteaubriant est dans le Gers, Stains aussi

Elle serait parfaitement assortie à mon combi.

C’est la première pensée qui m’est venue en accueillant Mme Walander le jour de son arrivée il y a trois semaines. Malia, c’est son prénom, semblait avoir traversé le temps en provenance directe de Woodstock (l’idée que je me fais de Woodstock), avec ses jupons superposés, ses tuniques, ses colliers de fleurs (et de carottes !?) et ses longs cheveux teints au henné. Sauf les mains et les cernes. Des mains de travailleuse à la dure, un air fatigué qui vient de loin.

Elle m’a tutoyée d’emblée, m’indiquant qu’elle venait là sur les conseils de Louison. Ce nom ne me disait rien mais j’ai meilleure mémoire des visages que des noms, alors j’ai pensé qu’elle était amie avec une ancienne collègue qui aurait su que je m’étais installée ici. Puis j’ai un peu oublié cette apparente connaissance commune. Je l’avais recroisée de temps en temps, parfois avec sa perruche en liberté, qui a eu le mauvais goût de mourir dans le jardin l’autre jour, au grand désespoir d’Adèle, qui ne savait que faire pour consoler ce qu’elle estimait, sûrement à raison, être une grande source de chagrin pour Malia.

Hier j’avais accordé à Adèle de passer ensemble la soirée au salon du rez-de-chaussée pour satisfaire sa curiosité envers toutes ces personnes fort intrigantes qui séjournent ici. J’avais pris La Légende des siècles dans la bibliothèque et l’avais lu à voix basse à Adèle qui avait fini par s’endormir la tête sur mes genoux, bien avant le « Tiens dit-elle en ouvrant les rideaux, les voilà », que nous adorons toutes les deux déclamer avec emphase, presque autant que nous aimons mimer « Diable, diable, dit-il en se grattant la tête, nous avions cinq enfants, cela va faire sept. »

Malia s’était alors rapprochée me demandant si je savais que sa mère Simone et mon Papi avaient un passé commun. Ça alors ! Papi parlait souvent de sa mère, toujours avec beaucoup de tendresse et d’admiration et je savais porter son prénom en son honneur. Je savais aussi qu’elle avait fougueusement participé au Front populaire – où elle avait rencontré le papa de mon papi – et à la Résistance, mais j’ignorais totalement qu’il était né en prison ou plus exactement en camp d’internement ! D’après Malia, il y est né quasi en même temps que Simone, dont la mère était elle aussi internée à Châteaubriant.

Il faut que j’envoie tout de suite un mail à Gabriel pour lui raconter tout ce que Malia m’a dit et lui scanner la photo de notre aïeule qu’elle avait apportée avec elle dans le but de me la donner. Nous avons tant été bercés par les récits de la vie de Jeanne sans que jamais Papi ait fait mention de cet épisode. Et comment diable s’était-il retrouvé militant à Stains avec la mère de Malia alors que nous imaginions qu’il n’avait jamais quitté son Gers natal… qui finalement n’est pas son lieu de naissance ?

Je vais demander à Gabriel s’il sait auprès de qui nous pourrions nous renseigner. Peut-être que Violette en sait plus ? Oh la la, ça me remue, j’y ai pensé toute la journée et je n’arrive pas à trouver le sommeil à force de me demander par où commencer pour mener l’enquête. Le prof d’histoire, M. Vergnes, aura peut-être une idée ? Ou le client de Stains, M. Midaloff ? (Je réfléchis comme une bécassine, Stains n’est pas un petit village où tout le monde se connaît sur cinq générations, andouille !)

Calmons-nous. D’abord, écrire à Gabriel.

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