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Brigitte Audiber

Chambre 10

Prise de conscience

Mes cheveux ont recommencé à pousser. 

Ils sont tous blancs maintenant, on dirait un duvet de poussin, au toucher c’est tellement agréable ! 

Gérard me dit d’arrêter de porter mes “bonnets” comme il les appelle, quel ignare ! Ce sont des turbans, voyons, et j’y ai pris goût, je n’ai pas l’intention de m’en défaire de sitôt. Je me demande si ça le gênerait qu’on me regarde à cause de ma tête, je n’ai pas remarqué pour ma part. Franchement, ce que les gens pensent de moi, ou ce qu’ils croient que je suis, je m’en moque vraiment. 

Mais d’un autre côté, je comprends que ça puisse lui rappeler de mauvais souvenirs, à cause de plusieurs de ses soeurs. C’est fou qu’il ne me parle jamais de cette période, et qu’on n’arrive pas tous les deux à parler de ces années. Je ne suis pas la seule à avoir des orties et des ronces et des mauvaises herbes, où étais-je donc à l’époque pour ne pas être plus là pour lui ? Pourquoi est-ce aujourd’hui que tout cela remonte à ma mémoire et semble faire sens ? C’est comme si chacun des cheveux de ma tête, en repoussant, transportait une information capitale qui était déjà là avant que je tombe malade, et que j’étais aveugle, et en tombant alors pour faire place à une nouvelle racine, le cheveu me réveillait la conscience et dévoilait un mystère qui n’en est plus un. 

Comme c’est étrange. 

J’ai quand même pris la tondeuse de Gérard ce matin, et j’ai tout ratiboisé à nouveau. Puisqu’ils repoussent, autant prolonger le plaisir. 

Cette semaine l’été s’est vraiment installé après les orages terribles de la semaine dernière. Du coup, nous sommes beaucoup plus longtemps dans la montagne en journée, j’ai repris des couleurs, et je constate que j’ai nettement moins d’obsession corporelle, quel soulagement. Nos expéditions sont nettement plus joyeuses. 

Mon carnet de notes pour l’herbier est tout griffonné. C’est bien plus difficile que j’imaginais et je vois bien que je n’ai pas fait assez d’études mais j’ai bien décidé de ne pas me décourager pour autant. La lettre du père Guillernoz m’a fait un bien fou, c’est le processus qui compte, tout n’a pas besoin d’être parfait du jour au lendemain. 

D’ailleurs c’est le mot d’ordre de Gérard comme quoi la perfection n’est pas de ce monde-ci, et que c’est le progrès qui est le plus important. Je fais des progrès tous les jours et je trouve que notre séjour tient toutes ses promesses. 

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