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P. Vergnes

Chambre 18

Les archives, joie d'un historien

Chère Amie,

Le retour sur le campus fut un peu difficile après presque trois semaines à l’auberge, d’autant que passer sa journée avec un collègue - enfin une, j’étais avec Manuella - pour les entretiens n’est pas ce que je préfère. Il y a parfois tellement de différences entre ce que l’étudiant nous donne à voir dans sa candidature et ce qu’il est en entretien. Évidemment, je fais abstraction du trac, du stress, voire de la panique de ce genre d’exercice.
Vous avoir parlé au téléphone a été le meilleur moment de la journée. Je n’avais pas pensé à vos horaires de travail, je suis un idiot. Maintenant, j’attends avec impatience mardi soir pour notre dîner.
Je ne vous ai pas parlé des archives de l’auberge, nous avions bien d’autres choses à nous dire. Je vais donc y remédier.

Dimanche dernier, lors du brunch, c’est autour d’une assiette bien garnie que Jeanne Lalochère et moi, avons discuté de ses archives retrouvées. Voulant lui expliquer que parfois on peut y trouver des petites pépites, du moins pour un historien, je me suis un peu emballé. J’ai réalisé, un peu tard, que je lui faisais un cours sur les utopies sociales. Il faut croire que l’amphi me manque plus que je ne l’imaginais. Ou alors est-ce une déformation professionnelle ? Je déteste paraître pontifiant, ce que je ne pense, n’espère pas être. Je crois qu’avec toutes ses explications, elle doit penser que c’est mon sujet d’études.
Elle m’a écouté, même si au début elle paraissait un peu perdue, d’où mes explications plus en détail. J’y ai même vu un certain intérêt.
Cette femme a un véritable don : écouter les gens. Pas entendre, mais écouter vraiment. Elle ne pensait pas à autre chose, et j’imagine qu’elle doit avoir mille choses à penser pour tenir cette auberge avec si peu de personnel - tous très professionnels et efficaces au demeurant. Elle était vraiment avec moi. Cela m’a un peu désarçonné. Sans doute parce que cela m’a rappelé quelqu’une.

Je dois dire qu’après notre échange avec Malia, j’ai un peu focalisé sur les utopies sociales. Une fois le nez dans les papiers, je me suis régalé. Les livres comptables, les registres des clients m’ont donné à voir l’évolution à la fois du type de clientèle, mais également dans le séjour en lui-même. Tout cela sur un peu moins d’une centaine d’années. En effet, il semblerait que fin XIXe - début XXe, l’auberge n’en était pas vraiment une. C’est dans les documents durant cette période que j’ai trouvé ma pépite.
Il s’agit de plusieurs documents concernant un adepte de Victor Considerant ayant séjourné ici. Je ne sais s’il était un “client” ou un invité, toujours est-il qu’il y a laissé des carnets et quelques brouillons de lettres. Il s’agit d’un projet de communauté sur le modèle de phalanstère de Fournier, ici, dans le Jura. Il semblerait que cet adepte, dont je n’ai pas encore trouvé le nom, était en relation avec quelques industriels locaux à qui il demandait de financer son projet. Enfin, il voyait moins grand que Fournier. Ce n’est pas un projet pour 2000 membres mais entre 500 et 800. Ce qui est déjà pas mal.
J’ai commencé à organiser les documents. J’aimerais beaucoup les montrer à Malia. J’espère pouvoir ainsi avoir un œil sans doute plus pragmatique. Quelque chose me dit qu’elle… je ne saurais dire. Toujours est-il qu’elle semblait apprécier notre conversation à ce sujet. C’est une personne avec qui j’aime bien discuter même si je n’arrive pas encore à l’aborder tout de go.

En petit-déjeunant ce matin, j’ai lu Le Progrès, l’édition complémentaire du Jura. Je vous entends maugréer contre cette habitude que j’ai de lire en mangeant et que vous m’avez dit détester. Cette habitude que j’ai prise dès ma première année de prépa je la pratique assidûment depuis que je suis seul. Un article m’a fait penser à vous. Il parlait de la construction d’un village médiévale du XIVe siècle, avec les matériaux et techniques de l’époque. Vous qui envisagiez d’être médiéviste, qui avez vécu près du site de Guédelon, seriez intéressée. La cité médiévale de Montcornelles est située à Aranc. C’est à l’est d’Ambérieu en Bugey, à environ 80 km de chez vous. Cela me ferait plaisir de vous y conduire.

Des nouvelles de la jeune June… Vendredi matin, elle est sortie sur le balcon. J’y étais aussi, de mon côté de la séparation. D’un signe elle m’a dit bonjour. Je n’ai pas réussi à lui parler. Je crois bien que j’ai rougi. Elle a paru troublée, je ne sais pas pourquoi, et est vite rentrée dans sa chambre. Elle semblait de nouveau vive et joyeuse pourtant en sortant. J’ai l’air si terrible que cela ? Non ne me répondez pas, très chère, je sais comment les étudiants me voient, me surnomment, surtout les deuxièmes années.

Ce week-end il y a des mouvements. Le séjour de certains finissent, pour d’autre il commence.
Cette semaine va être tranquille. Je pense pouvoir tout envoyer demain, qui à la revue à comité, qui à mon éditeur. C’est pour cela que j’ai repoussé ma journée de randonnée à mercredi ou jeudi.

J’attends avec impatience mardi soir…

Bien à vous chère Amie

P. V

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