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Malia Walander

Chambre 14

Le tronc creux du vieil arbre dans le champ en pente

C’est Adèle qui avait trouvé l’oiseau mort, non loin du buisson de myrtes écarlates. Plus bas que le grand if et les tilleuls. L’enfant avait murmuré : Olga !… Elle courait déjà vers l’auberge, agitée, les joues en feu. Sa mère l’avait cueillie au pied de l’escalier. En pleurs, l’enfant bredouilla la nouvelle effarante : la perruche de Malia était morte. Gaston grommela : Y’aura du poulet à midi mais cela n’amusa aucunement la fillette. Jeanne s’efforça de la consoler et lui apporta des éléments rationnels qui lui permirent d’assécher ses larmes.

Malia Walander revenait du potager, une brassée de fleurs des champs sur les bras, comme à son habitude. Elle était encore loin quand Jeanne et sa fille l’aperçurent. Adèle se détacha de sa mère et avança vers la femme, qui passait maintenant le portail bleu. Elle sourit aussitôt qu’elle vit l’enfant venir au devant d’elle.

Adèle prit le bras de Malia et le caressa doucement, et elles obliquèrent vers le banc où elles avaient coutume de papoter de tout et de rien, de temps en temps.

- Malia…

- Oui ?

- …

- Tu as l’air grave. Qu’y a-t-il ?

- Tu aimes la poésie ?

- Oui. Beaucoup.

- Tu connais Le Dormeur du val ?

- Oui, je l’ai appris autrefois. C’est un poème beau mais triste. Beau mais triste comme ton visage en cet instant. Qu’y a-t-il ?

- C’est un trou de verdure où chante une rivière,

Accrochant follement aux herbes des haillons

D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons. (L’enfant s’arrête, tremble).

- Mais continue, Adèle, continue…

- A un moment, le poète dit : il est étendu dans l’herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut

- …

- Eh ben, c’est comme Olga…

Les yeux de Malia s’écarquillèrent, puis elle étreignit Adèle. Animée de cette seule pensée : Sois plus forte que ta peine, protège cette enfant, Sois plus forte que ta peine, protège cette enfant, Sois plus forte que ta peine, protège cette enfant, Sois plus forte que ta peine, protège cette enfant, Sois plus forte que ta peine, protège cette enfant…

Elles choisirent le tronc creux du vieil arbre dans le champ en pente, d’où l’on domine la vallée. Elles le tapissèrent de mousse et des fleurs des champs. Olga, petit oiseau amidonné, fut posé délicatement par les mains d’Adèle. Les ombelles des carottes occultaient assez l’alcôve de la perruche omnicolore pour la protéger des charognards.

Adèle et Malia revinrent lentement vers l’auberge, le cœur lourd.

- Elle avait quel âge, Olga ?

- Attends que je compte… Douze de plus que toi , ma toute belle.

- C’est vieux pour un oiseau !

- … oui. C’est vrai. Et elle a été heureuse ici.

- Oh ! Malia, regarde ! Un arc-en-ciel… C’est elle !

- C’est elle.

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