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P. Vergnes

Chambre 18

Des petites abeilles et des souvenirs

Chère Amie,

Cette semaine pas de randonnée dominicale, la ferme attenante organise un brunch dans le patio de l’auberge avec ses produits. J’espère pouvoir parler à la propriétaire, Jeanne Lalochère. J’ai entendu, je ne sais plus quand, que des vieux papiers avaient été retrouvés lors de la rénovation. J’espère qu’elle m’autorisera à les consulter. C’est parfois dans des endroits aussi inattendus qu’on trouve des trésors d’informations. Je suis impatient. Vous savez combien de simples livres de comptes suffisent souvent à mon bonheur de chercheur.

Il y a deux enfants à l’auberge. Adèle est une virevoltante fillette de dix ans, encore en élémentaire. C’est la fille de Jeanne Lalochère. Elle préfère traîner dans l’auberge que d’aller à l’école. Rien de plus normal pour une petite curieuse de tout comme elle. Elle a un répertoire de questions sans fond. L’autre, plus jeune de deux ans, est arrivée de façon un peu impromptue. Je crois que sa mère n’avait pas vraiment prévenu son père. Mathilde est tout aussi vivifiante qu’Adèle qui l’a prise un peu sous son aile, tour à tour autoritaire ou protectrice et prévenante, Elles forment un bien joli duo.

Cela me renvoie à mon enfance, à ma sœur et mon frère. Je ne vous en ai jamais parlé je crois. Comme Adèle j’alternais autorité et prévenance. Je suis l’ainé après tout, c’est mon rôle. A les voir évoluer comme deux petites abeilles dans la nature, je repense à Maxime, lorsqu’il était enfant. Un enfant calme et posé. Nous étions proches alors. Toujours à mes côtés dès que je rentrais. Souvent nous lisions, côte à côte sur le vieux canapé, qui un livre d’aventures palpitantes, qui un ouvrage pour ses recherches.
Puis il a grandi et peu à peu nous nous sommes comme détachés. Il est devenu plus proche de sa mère, qui s’en servait souvent contre moi lors de nos disputes. Lorsqu’elle nous quitta, il s’est renfermé. Moi aussi. Plongée en eaux profondes, au plus profond, ne vivant que pour mes recherches, mes cours, les fonctions administratives que j’empilais. Toujours plus profond, rajoutant encore en m’engageant dans diverses organisations afin de ne plus rien ressentir d’autre que la fatigue.
C’est votre relation avec BK, dont j’ai entendu parler avant que de savoir le lien qui vous unissait, qui m’a fait comprendre la distance entre mon fils et moi. C’est elle, sans le savoir, et vous aussi, en me parlant d’elle, qui m’avaient montré le chemin. Nos liens père-fils se sont renforcés juste avant son départ pour la Suède. La distance les consolide. Il devient un adulte, prêt à construire sa vie, à en affronter tous ses aléas. Et je suis fier de ce qu’il devient.

J’allais oublier de vous annoncer que demain j’allais à la pêche avec le factotum, Henri. Nous serons accompagnés par une autre résidente, Pâquerette Deschamps (ça ne s’invente pas un nom pareil). De notre génération, elle est seule, restant à l’écart, observant le monde autour d’elle. Elle se promène beaucoup, comme la plupart de nous d’ailleurs. Si j’ai bien compris, elle aime la pêche qu’elle pratique beaucoup. Deux professeurs rien que pour moi, je devrais m’en sortir.
Ayez une pensée pour moi demain matin. Je ne suis pas monté sur une barque depuis mes cinq ans, lorsqu’avec un cousin bien plus grand que moi, nous avons chaviré dans ce lac de Sologne. Mes parents m’avaient confié à mon oncle et ma tante qui y avaient une maison de campagne. C’est l’été où Agathe a pointé le bout de son nez. L’été où je suis devenu un grand frère.

J’entends Adèle la grande « sœur » de Mathilde qui pépie dehors, la petite dans son sillage. Je souris. La boucle est bouclée…

Bien à vous chère Amie

P. V

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