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Calliste Saunier

Chambre 13

7 heures 15

Je me réveille en sursaut au tambourinement à ma porte. Quel troll des montagnes, quel géant du Jura peut bien frapper comme une brute pareille à 7h15 du matin ? Le cerveau embrumé je cherche à comprendre. Nouvelle alerte incendie ? Erreur de chambre ? Mec bourré qui cherche son lit ?

Re tambourinement.

“Un instant, j’arrive”

Je m’enroule dans la couette et vais ouvrir. Mon regard descend de 30 cm pour tomber sur… Mathilde. Mathilde ? C’est Mathilde qui tape comme ça sur cette pauvre porte ?

— Bonjour Calliste ! En fait je suis venue parce que je n’arrive pas à réveiller mon Papa ! En fait il m’a réveillée parce qu’il ronfle trop fort, c’est comme ça que je sais qu’il n’est pas mort, mais en fait il dort trop lourd, alors je suis venue parce que mon sommeil est fini.

Ah ça, je ne doute pas qu’il en écrase, son père, ça fait à peine une heure qu’il est redescendu de ma chambre pour se faufiler dans la leur. Il a bricolé un truc avec une tablette et son téléphone pour entendre Mathilde si elle se réveillait (et fort gracieusement de sa part, elle ne l’a pas fait, en tout cas jusqu’à ce matin). J’ai la tête dans le… la confusion la plus totale. Chacun de mes muscles est fourbu et j’ai dormi quelques dizaines de minutes. Mais bon. Impossible de laisser cette jolie mominette livrée à elle même.

— Entre Mathilde. Laisse moi juste me réveiller et prendre une douche, on va laisser un mot à ton papa et on va aller au bord du lac en attendant le brunch. Tu veux te coucher dans mon lit et essayer de te rendormir ?

(Qui ne tente rien…)

— Non merci ! Je préfère te parler ! En fait est-ce que tu connais Miraculous LadyBug ? En fait c’est une fille qui est aussi une super héroïne et elle sauve les gens qui se font akumatiser et…

— Aku quoi ? Pardon Mahtilde, il faut vraiment que je prenne une douche et après tu me racontes si tu veux.

J’ouvre à tâtons la salle de bains. M’effondre sur la cuvette des toilettes. Remercie mentalement la personne qui a prévu un distributeur de PQ mural qui me permet de poser ma tête dessus, je ferme les yeux et… j’entends sa voix, étouffée derrière la porte

— Et en fait, Chat Noir, c’est Adrien, et elle est amoureuse de lui dans la vraie vie mais elle ne sait pas que….

UN MODE D’EMPLOI ! Que quelqu’un m’envoie un mode d’emploi, ou est-ce qu’on met ces engins sur pause ? Comment on peut parler autant? Elle est charmante mais elle n’arrête JAMAIS de parler.

Douche. Maintenant. Tout de suite.

— Attends un peu Mathilde, je ne t’entends pas sous la douche.

Je suis figée sous le jet d’eau tiède. J’hésite à passer au froid mais, je veux dire, la nuit a été bonne, la violence d’une douche glacée ne me paraît pas la conclusion idéale après ces heures délici…

— Et en fait Papillon c’est le méchant ! Et en fait c’est le père d’Adrien mais personne ne le sait. Il est devenu méchant parce que sa femme est morte.

J’entends sa voix beaucoup plus fort, là. Je passe une tête derrière le rideau de douche. Elle est plantée là, assise sur un tabouret, au milieu de la salle de bains, à me raconter son dessin animé.

— Mais, euh, Mathilde. Je ne peux pas prendre une douche si tu es là !

— Ben si, tu vois bien, tu es en train de prendre ta douche. En fait ça te fait comme la radio mais en plus intéressant !

— Non mais je ne peux pas SORTIR de la douche, je suis toute nue.

— En fait à la maison, Papa ça ne le dérange pas que je le vois tout nu, il se ballade toujours à poil en sortant de la douche.

— Oui mais Mathilde c’est ton Papa ! Nous on se connaît moins bien, on est pas de la même famille, c’est différent.

— En fait j’ai bien vu que tu étais la nouvelle amoureuse de Papa. Moi ça me va, je te trouve gentille et puis comme ça Papa il est de bonne humeur. Mais en fait c’est bizarre parce qu’avant il passait son temps à peindre des montagnes, et là j’ai vu ses dessins et en fait c’est que des dessins de toi. C’est même comme ça que j’ai su que tu étais son amoureuse.

A défaut d’avoir embarqué une serviette sous la douche, je me drape de toute ma dignité, envoie une petite prière païenne aux dieux des services sociaux et sors, impériale, de la douche. J’attrape un peignoir au dessus de sa tête et m’emmitoufle.

Il me faut un café. Environ un litre de café.

C’est normal ce truc ? Tous les enfants font ça, vous parler, tout le temps ? Aux toilettes, sous la douche ? Le matin ? Qui se réveille et se met à parler immédiatement ?

Je finis par émerger suffisamment pour trouver comment m’habiller par reptations, sous le peignoir. Elle est morte de rire.

— Mais tu sais je te trouve très belle Calliste.

Mon coeur fond. Je viens de comprendre pourquoi les parents supportaient tout ça. Je la regarde, une énorme bouffée de tendresse émerge de tout ce sommeil en retard.

— Oh mais regarde, y a Adèle dehors ! Je vais jouer avec elle ! A tout à l’heure !

Victoire par KO de Mathilde sur Calliste.

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