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Gaston Gumowski

chauffeur-livreur

Les bons conseils de la nuit

Allez, gars.
Tu ne penses pas qu’il serait temps d’arrêter ton cinéma, de jouer cartes sur table ?
Montre donc ton jeu.
Tu as quoi, ce soir, entre les mains ?
Fais voir…

Les cachetons ? Tu n’es pas sérieux, n’est-ce pas ? On sait très bien que la chimie et toi n’êtes pas compatibles. Rappelle-toi cette période où ton toubib t’avait prescrit des somnifères. Rien à y faire. Même avec une dose de cheval, tu restais les yeux ouverts. C’est peine perdue, tu sais. Il faudrait vraiment un sacré coup du sort. Genre t’étouffer dans ton vomi. Tu veux tout parier là-dessus ? Vraiment ? Non, hein… Alors, quoi ? Une corde ? C’est vrai que les poutres du grenier sont larges et solides. Et si tu veux te la jouer ceinture et bretelles, tu peux toujours opter pour le palan dans le hangar. Tu as déjà pu soulever ton Toyota plus d’une fois avec. Sûr, ça ne lâchera pas. Encore faut-il que tu sois certain de la corde. Tu y as bien pensé ? Tu en as une assez solide pour résister au poids de ta carcasse ? Tu sais faire un bon nœud coulant, au moins ? Vaut mieux te demander, parce que tu n’es pas très habile de tes mains. Non, non. Mauvais plan. Que dirais-tu de jouer la sécurité ? Pourquoi n’as-tu pas encore envisagé le fusil de chasse de feu Papigus ? Le genre de truc fiable, qui ne risque pas de s’enrayer. Et avec la chevrotine, si tu gobes bien le canon, même toi, tu devrais parvenir à ne pas te rater. Tu comptes faire ça où ? Ici, dans la maison ? Dans le salon, la cuisine ? Tu vas dégueulasser partout. Pense un peu à ceux qui devront nettoyer les petits morceaux gélatineux de ta misérable cervelle de con. Ça t’est si compliqué que ça, de penser aux autres avant ta pauvre gueule d’emplâtre, dis ? La grange, alors ? Ouaip. Pas mal, la grange. Il reste un tas de paille dans le fond. Avec ton cadavre décapité, ça pourrait faire un bon tas de fumier. C’est bien, ça, le fumier. Et tu te rendrais utile, pour l’occasion. Faut pas cracher dans la soupe, non ? Ou… Mieux. Tu prends ce fusil et tu vas te promener. Tu te trouves un endroit bien isolé, ça, tu sais faire. Et tu te fais sauter le caisson en plein air. Ça fera peur aux animaux, sur le coup. Mais ils ne t’en tiendront pas rigueur bien longtemps. Tu finiras par servir de pitance pour quelques-uns d’entre eux. Le cycle de la vie, gars. Réfléchis un instant. Ça ne serait pas conforme à tes prétendues convictions ? Pas de doute possible, tu es à plaindre. Tout le monde le comprendra. Regarde donc autour de toi. Tu vis dans un décor naturellement splendide, tu ne bosses que pour t’occuper et rendre service, pas pour le pognon. Tu en as bien assez, du pognon. Et pour ce que tu en fais… D’ailleurs, parlant de tes terres et de ton blé, tu lègues ça à qui ? Tu y as pensé un peu, pris tes dispositions ? Même pas. C’est vrai que tu n’es pas très fin, comme garçon. On se demande bien pourquoi ta famille tient tant à toi. Pourquoi il te reste des amis. Regarde donc ce vieil Henri. Tu ne t’en soucies pas trop, tu le négliges souvent et pourtant il est toujours là pour toi en cas de besoin. T’as vraiment pas de veine, dis donc. Et t’as bien raison : Sisyphe est un con. Mais, vois-tu, lui a pris perpét. Toi, tu n’es que de passage. Tu n’es qu’une denrée périssable. Déjà plus très fraîche, d’ailleurs. Alors quoi ? Quelles sont tes explications ? Au fond, tu n’as fait que te dégonfler, te débiner. On devrait en parler un peu plus, tu ne crois pas ? Installe-toi donc. Sers-toi un verre. C’est sur le compte de la maison. Mais un seul, pour une fois. Parce qu’il est temps de parler sérieusement d’elle. Oui, Elle. On joue cartes sur table, ce soir, non ? Tu joues le cœur brisé, tu as choisi le beau rôle encore une fois. Sais-tu ce qu’elle devient ? Sais-tu ce qu’elle a vécu depuis toi ? Sais-tu seulement ce que tu lui as fait ? Finalement, ressers-toi un verre. Toujours offert par la maison.

Et sois enfin un homme.
Écris-lui.
Présente-lui tes excuses et prends de ses nouvelles.
Qu’importe qu’elle te réponde ou non.
Qu’importe qu’elle lise ta fichue lettre ou non.
Fais ce putain de mea culpa.

Allez…
À la tienne, Gaston !

Et lorsque tu auras fini ce verre, tu prendras ce crayon.
Tu verras, c’est comme se jeter d’une falaise.
Sauf que là…
Ça s’appelle affronter la vie.

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