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Malia Walander

Chambre 14

Avec délices les pétales des capucines cueillies près du tas de bois

Ah phiotte ! Malia phe phiche phomplètement de nous ! Regarde ph’qui tombe du phiel, Malia, aie pitié de nous, on pha s’enpholer si pha phe trouve ! Pas quesphion de remettre les phattes phous la phigne phierge, ph’est farci d’épheires diadèmes pas phraiment phaphifiques ! Malia ! Phardon phour tout phe qu’on n’a pas fait ! On pheut tapher la clophe, nous, on a la fringale, ph’est l’hyphoglyphémie ! Pas phophible, elle nous ignore phour un bouquin ! Hé ! Malia ! Ouvre-nous ! On pheut notre phouper !

Juste derrière la vitre, allongée à même le parquet, Malia feuillette le livre que Vergnes avait extrait du coin bibliothèque de l’auberge. Un volume recouvert de papier cristal. C’est un peu snob, vous verrez, c’est amusant.



“”Titre : Guide du savoir-vivre Auteur : Nadine de Rothschild Editeur : France Loisirs, dépôt légal mai 1988”“

Une page au hasard : « Pour les hommes, la chemise se porte à même la peau. Il ne convient pas de mettre un maillot de corps en dessous. Tant pis pour les frileux ! ». Une autre : «  Le port des gants pour les femmes est recommandé. Cela est très chic et élégant. C’est d’autant plus beau que c’est rare ! ».

Pas convaincue, Malia roule sur elle-même et ainsi sur le dos, fixe longtemps le lustre à bougies à s’en étourdir.
” Ce genre de livre, on n’en avait pas à la maison. Les bonnes manières, c’était pas l’objectif premier. ”

C’est tout ce qu’elle avait trouvé à répondre en remerciements. De là, Vergnes et Malia avaient échangé quelques banalités à propos de l’auberge, de l’ambiance. De la pluralité des gens qui en étaient pensionnaires. Ils regardaient souvent un peu chacun leurs bouts de pieds, et Malia n’en était pas à se demander si ce monsieur fort réservé portait un tricot de corps sous sa chemise. D’un ton docte, il se mit à évoquer les phalanstères du siècle passé, Fourier et les idéaux de l’époque, quand les cités ouvrières se développaient trop vite et qu’on planifiait des cités jardins aux portes des villes rongées par la pauvreté.
Malia la connaissait que trop, l’histoire, pour avoir grandi dans banlieue nord dans cet univers communautaire qui lui avait donné plusieurs figures parentales, ses parents étant débordés par leur investissement politique. Elle gardait de cette enfance le goût de la collectivité et le désir paradoxal de s’en extraire, pour se construire seule.
Les théories pédagogiques de Vergnes étaient précises, imparables pour qui n’en savait rien. Pour Malia, qui avait passé quinze ans au sein d’un groupe d’adultes suivant des principes végétaliens, pratiquant le naturisme passé la grille de la maison dès avril, tout avait un sens différent.
Mais bon… ce Vergnes est d’une compagnie agréable.
J’aurai plaisir à le revoir.
Malia en était là de ses songes, quand elle réalisa qu’il pleuvait fort et que les phasmes… Se redressant vivement, elle aperçut ses compagnons collés à la vitre, miteux et cocasses.
Quelques minutes plus tard, tous trois suçaient avec délices les pétales des capucines cueillies près du tas de bois.

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