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Calliste Saunier

Chambre 13

Mais quelle est cette diablerie ?

Je ne glousse pas, bordel.

Je n’ai pas gloussé depuis mes 17 ans, je ne vois pas pourquoi je me mettrais à glousser maintenant.

J’ai fait des présentations interminables devant des vieux barbons du CAC 40 sans frémir d’un cil, ça n’est pas pour me mettre à tortiller mes boucles au bout de mon index au premier godelureau venu.

Déjà, j’ai plein de choses à faire. Appeler mon avocat pour préparer les entretiens et les négociations qui vont avec. Et puis réfléchir. Je n’ai pas quitté ce job pour reprendre le même, avec une autre couleur de logo, dans la tour d’à côté. Alors je fais quoi de ma vie, qui me passionne, qui soit utile, qui ait du sens ? Pas. La. Moindre. Idée.

Et puis je ne crois pas aux princes charmant. Aucune utilité dans la vie, ça ne sauve jamais personne de rien. J’ai fait hurler de rire mon abruti de psy il y a quelques mois en lui disant que l’amour, c’est une invention du patriarcat pour museler les femmes.

Mais en quoi je crois, moi, maintenant ?

Je ne crois plus que bosser 70 heures par semaine pendant 15 ans apporte reconnaissance, bien-être, ou puisse exploser le plafond de verre.

Je crois à l’amitié. Même si je vois bien qu’à force de vouloir planquer Calliste au bord de la crise de nerfs aux miens, d’amis, à force de ne jamais être dispo pour rien, j’en ai perdu une partie.

Je crois au sexe sans trop d’attachements contraignants, éventuellement.

Je crois à la mer et à sa beauté.

Je crois à l’intelligence collective. Enfin j’y ai cru, quand j’étais jeune et idéaliste.

Je crois que la lutte des classes prend des masques variés mais qu’elle est toujours là.

JE NE CROIS PAS AUX GLOUSSEMENTS.

Et pourtant à chaque fois que je vois Artus, je glousse. Franchement il a bien du mérite s’il ne me prend pas pour une dinde.

Ça fait bien longtemps que je n’avais pas rencontré un homme avec qui ça ne soit pas une lutte de pouvoir immédiate. Peut-être parce que je n’ai pas mes oripeaux professionnels. Peut-être parce que je me suis détachée de cette vie avant même d’arriver.

Et le fait est. On passe des moments parfaits. Nos mondes sont à l’opposé l’un de l’autre mais on se comprend. On se complète. On se fait rire.

Mais quand je pense à l’expression choc des cultures, je le vois sur le parvis de la Défense. Improbable image.

Je suis debout sur les freins mais je glousse. Je ne vois pas quelle place lui donner mais je lui apporte des pique-niques. Je n’ai pas eu d’enfants mais je glousse pour un type qui a une fille, composante importante de ses équations personnelles.

Ce qui me trouble, surtout, c’est ce qui se passe derrière ma cage thoracique quand il sourit. Une sensation de chaleur, de battements d’ailes de papillons, que le monde s’est mis à sa juste place.

Mais bordel j’ai pas fait toutes ces études et ces années de boulot acharné dans un tailleur bien coupé pour GLOUSSER COMME UNE GRELUCHE, HO.

C’est donc pour toutes ces bonnes raisons qu’après nous être promenés, avoir ri, erré, refait le monde et rêvassé, mercredi, que je me suis hissée vers lui et l’ai embrassé.

Et puis j’ai gloussé.

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