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Erwan Robergeot

Chambre 16

Fend la bise

Je me suis tenu à l’écart ces derniers jours, intentionnellement. Ce n’est pas que je n’aime pas parler, ou rencontrer de nouvelles personnes, mais je n’avais pas la tête à cela, tout simplement. Alors j’ai évité de croiser les autres pensionnaires, j’ai fait le strict minimum pour ne pas passer pour un ours ou un malotru (enfin j’espère!) et je me suis ressourcé dans la nature, sur mon fidèle destrier. Pédaler encore et encore me fait un bien fou, comme toujours, cela m’aide à libérer mon esprit des noires pensées, à prendre du recul et affronter sereinement la vie. Il faut dire que le décès récent de mon père m’a mis un sacré coup au moral, et bien sur la fête des pères de dimanche dernier m’a fait l’effet d’un uppercut en plein cœur.
Plutôt que de sombrer, j’ai préféré repenser aux bons moments et de fil en aiguille je suis remonté à l’époque où je me suis pris de passion pour le cyclisme. J’étais jeunot et ma cousine Christelle m’avait donné son vélo devenu trop petit pour elle. Il était rouge pétant, quelques cabosses par-ci par là et papa m’avait installé une sonnette flambant neuve. J’étais fier comme un paon et que ce soit un vélo de « fille » à la base, je m’en moquais royalement ! A moi la liberté, ma fidèle Rossinante me conduisait partout et je rêvais d’aventures, de quêtes chevaleresques ou de voyages lointains et merveilleux. « Fend la bise », c’est comme cela que mes amis me surnommaient, parce que personne ne pouvaient me rattraper une fois que j’étais lancé. Ce sentiment de bonheur sur la route ne m’a plus jamais quitté et j’en ai fait mon crédo. Aller toujours plus loin, attiré irrésistiblement par les kilomètres déployés sur le bitume. J’allais, je vais, de ville en ville et quand un coin me plait particulièrement, je cherche un restaurant, une auberge, un hôtel, n’importe quel endroit qui a besoin d’un cuisinier. Je bosse quelques temps, je découvre, je m’imprègne de tout ce que les habitants veulent bien me transmettre, les histoires du passé, les sourires, les recettes à partager. Et puis l’envie revient à nouveau, me titille, jusqu’à ce que je reprenne mes pérégrinations. Je me demande si ma famille a vraiment compris ce qui me poussait à partir toujours plus loin, je pressens être devenu un excentrique pour eux. Je raconte mes aventures aux repas de famille, les enfants ont les yeux qui brillent, les plus anciens me disent parfois « pierre qui roule n’amasse pas mousse ». Tous aiment me recevoir et m’écouter et cela me fait bien plaisir de leurs parler de ce que j’ai vécu ailleurs. Je ne me suis jamais senti solitaire, même si bien sûr je me pose régulièrement des questions sur cette vie que j’ai choisi.

Même si j’ai pris soin de rester à l’écart des autres à l’auberge, j’ai religieusement pris mes repas sur place pour goûter la cuisine locale. La chef cuisto, Janette, est un fin cordon bleu et j’ai sympathisé avec elle en allant la féliciter à la fin de son service. C’est amusant car elle m’a expliqué être une globetrotteuse comme moi, le hasard fait bien les choses. On a discuté, je l’ai fait rire en lui relatant mes péripéties olfactives à mon arrivée. Heureusement que Léandre, l’homme de chambre, a rapidement réglé le problème en débusquant un reste de fromage qu’Adèle, la fille de la patronne, avait oublié dans ma chambre. Affaire résolu ! Janette m’a expliqué qu’Adèle venait souvent la voir en cuisine à son retour de l’école pour déguster un petit quatre heure et la regarder préparer le service du soir. Du coup, je passe les voir tous les jours à ce moment là. Ça a l’air de lui plaire à Janette ces moments passés avec Adèle et moi. Je leur ai parlé de mes célèbres « profiteroles à la Robergeot » et leur ai proposé de leur en cuisiner avant mon départ. J’en salive d’avance !

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