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P. Vergnes

Chambre 18

Dans une auberge, il y a... des résidents

Chère Amie,

Déjà samedi. Que le temps passe vite.

J’avais oublié ce que séjourner en hôtel/auberge impliquait. Certes, en déplacement je descends à l’hôtel, mais je n’y suis pas longtemps, ni pour travailler. Donc, dans une auberge, il y a des clients. Celle-ci comporte vingt chambres et affiche complet. C’est un lieu de villégiature où se rencontre une faune (humaine mais pas que) bigarrée. Que j’observe avant tout, vous me connaissez…

La propriétaire est d’un dynamisme joyeux et contagieux. Elle n’est guère plus grande que vous, pourtant ce petit bout de femme mène son équipe avec efficacité. Non pas qu’il y ait de lien entre la taille et l’efficacité. Assez rapidement, j’ai repéré le factotum, Henri, un air un brin nonchalant. Ce qu’il ne semble pas être tant que ça, au vu de la lèvre tuméfiée qu’il arborait jeudi. Un esprit bagarreur ? Il y a aussi Lucien, le veilleur de nuit (mais pourquoi l’emploi du prénom pour le personnel, alors que la patronne c’est Madame Lalochère ?). Près de la retraite, il affiche toujours un air bourru, excepté lorsqu’il est plongé dans son livre. J’ai essayé d’en voir le titre discrètement, mais il ne fut pas dupe. Il vous plairait beaucoup, je pense. Encore plus en le voyant lire “La fortune des Rougons”, de ce Zola que vous semblez préférer à Dickens.

A l’auberge, se sont surtout des longs séjours. La plupart des personnes sont venues seules, certaines paraissent soit tristes soit fatiguées, voire les deux.
Il y a un couple, très amoureux, aussi dissemblable que l’on puisse être. Autant il est musclé et halé, autant elle est menue et pâle. Éthérée est le premier adjectif auquel j’ai pensé en la voyant. Je les croise au restaurant, parfois au loin, dans les environs, se promenant. Ce sont ceux de mon étage que j’ai le plus croisés, qui sont surtout des résidentes d’ailleurs. Telle cette jeune trentenaire le cheveux court rose vif portant une genouillère, ou bien ma voisine de chambre, la moitié de mon âge qui s’installe aussi au salon pour lire, notamment une biographie de Mae West, cette actrice des années que vous appréciez tant.
Mardi soir, vers 23 heures, l’alarme incendie s’est déclenchée. Lucien a réagi promptement à la fois pour faire sortir les clients, et pour en chercher la cause. Étant parmi les premiers dehors, j’étais au salon, j’ai vu ma voisine, Jude ai-je cru entendre, arriver en pleine crise de panique, soutenue par un grand brun très calme, qui lui parlait doucement afin de la rassurer.

J’ai réussi à travailler plus que ce que j’escomptais. Toutefois pas dans les créneaux prévus. J’avais imaginé travailler le matin après le petit-déjeuner que je prends tôt. C’était sans penser à l’homme de ménage. Je vois d’ici votre petit air satisfait, tout en commentant : ” C’est cela l’égalité des genres pour moi !” Ce qui ne manquerait pas de crisper Manuella. Léandre (c’est son prénom) passe dans la matinée, me coupant dans ma concentration. Je lui laisse la chambre ne souhaitant pas le déranger dans son travail. J’en profite pour aller marcher un peu ou pour lire assis sur le balcon.
Parce que oui j’ai un balcon, exposé plein est, et une fenêtre au sud. J’ai d’ailleurs installé le petit bureau en dessous, beaucoup plus agréable comme vue que le mur. C’est la commode qui a pris sa place. J’ai également perché la cafetière, dont je n’ai pas l’usage, sur la petite armoire typique de la région. J’ai pris mes marques en somme.
En parlant de Léandre, il faudra que je lui demande si nous pouvons convenir d’un horaire pour faire ma chambre…

Je n’ai pas tenu ce journal autant que prévu. Je ne me connecte que trois fois par semaine. Pas envie de voir tous ces mails chaque jour. J’y consacre une heure et demi à chaque connexion déjà.

Vous voyez, mon séjour est studieux. Je me couche tard, me lève aussi tôt que d’habitude, consacre du temps à de la lecture-loisirs comme vous l’appelez, je marche et je déguste l’excellente cuisine de l’auberge. Cela me fait penser que je dois demander mon panier-repas pour demain midi. C’est avant 21 heures je crois. J’ai prévu une randonnée sur la journée. Aussi je vous laisse pour aller demander à la réception.

Bien à vous chère Amie

P. V

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