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Brigitte Audiber

Chambre 10

Obsessions

Je sais bien que Gérard a raison et j’essaye de suivre ses conseils.

Donc là, c’est du jet pour essayer de mettre mes émotions sur le papier. Histoire de faire le tri.

Après je jetterai. Ne pas me censurer, juste mettre par écrit au fur et à mesure que ça me passe par la tête pour comprendre pourquoi je suis comme ça, un paquet de complexe à n’en plus finir. L’autre jour encore un coup ça a frisé la dispute parce qu’il m’a dit d’arrêter de zieuter l’assiette des autres comme ça au lieu de me concentrer sur la mienne. 

J’étais fas-ci-née par notre voisine de table qui s’en donnait à coeur joie, les menus sont magnifiques et la cuisine délicieuse, hyper fraîche et variée, et colorée, vraiment très classe. La quantité de nourriture que cette jeune personne s’enfilait me fascinait, et me faisait plaisir pour elle, j’avais envie de l’inviter à notre table et l’encourager à tout goûter avec nous. Je sais bien que c’est un truc échaudé et que Gérard n’est plus dupe depuis l’temps, donc je n’ai pas osé bien sûr. 

Pas plus que j’ose commenter tout haut désormais sur le bel appétit de mon homme, on fait en moyenne près de nos dix bornes chaque jour en rando, et l’autre jour il m’a même prise sur son dos pour une bonne partie de la descente parce que j’avais plus de pattes, et la seule chose qui me vient à l’esprit c’est que je lui ai fait brûler trop de calories et qu’il faudra que je le pousse à manger mes rations, c’est quand même pas normal d’avoir ce genre de pensées cré vin diou.

Bon, ça y est, c’est reparti, je suis de nouveau à obséder sur ces bon sang d’rations et je m’emballe, et j’ai le coeur qui bat la chamade, et ça tourne en boucle, et faut qu’ça cesse parce que c’est vraiment pas possible en diable.

 

Bon, là, je profite qu’il est parti voir ses potes à la Cave à Orgelet pour la fête des pères, et que le reste de l’auberge est calme, parce qu’ils ont décidé d’inviter les gens à une promenade nocturne, il pleut et il caille, je suis bien, respire, Bri, respire, essaye de chasser les obsessions qui tournent en rond, repense à l’autre nuit, mardi, et pis jeudi aussi, mardi, c’était avant que l’alarme se déclenche, on a bien pouffé quand même, en plein qu’on f’sait l’amour et qu’on s’est dit que ça s’rait une belle apothéose d’avoir une fin de notre histoire pareille, “les amants calcinés” qu’ils auraient titré dans Le Progrès, parce qu’on n’a pas bougé du lit, encastrés qu’on était à se marrer comme des tordus et à essayer de déterminer si le feu était à l’étage ou pas.

Jeudi, c’est moi qui ai dit qu’il fallait qu’on fasse gaffe pour qu’on n’inonde pas l’étage, parce qu’on était dans la douche ensemble pendant une heure. On a une super chambre, au fond du couloir, je suis sûre que personne nous entend, une grande chambre double. Alors pourquoi j’obsède comme ça sur les trucs où j’ai du mal, nom de diousse, c’est une auberge fantastique, avec que des gens très gentils et pas embêtants du tout, pour l’instant, je parle à trop personne, j’y arrive pas, et c’est Gérard qui est toujours enthousiaste et souriant de toute façon qui fait les politesses quand on croise d’autres convives et faut dire que même avec les yeux dans leurs assiettes, je les vois bien les autres qui le matent, mon homme, qu’il est de loin le plus beau de tous et en pleine forme. Et qu’il est aux petits soins avec moi.

 

J’ai hâte qu’il rentre du coup. J’ai besoin d’un gros câlin. Le dîner ce soir a été vraiment dur. C’est pas encore gagné. C’est loin d’être gagné. J’ai beau écrire, écrire, écrire, là, j’arrive vraiment pas à mettre la main sur l’émotion qu’il faut que je trouve et qui me bloque comme ça. Je vais jeter le papier dans le feu qui crépite pite pit pit…

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