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Vincent Mem

Chambre 5

Le bonheur à tout prix

Il m’a fallu quelques minutes pour analyser les conséquences de ce que le médecin vient de m’annoncer. Il ne me reste que six mois à vivre !

J’ai alors pris la décision la plus importante de ma vie, et je lui ai dit : “Tu ne dis RIEN à personne. Tu es tenu au secret professionnel. LE PLUS STRICT. Tu ne dis rien à ma femme, ni à la tienne d’ailleurs, ni à mes enfants, ni au maire. A PERSONNE. Tu scannes la feuille de résultat dans mon dossier et tu détruis l’original. Donnes moi mon ordonnance pour les anti douleurs.”

Je suis rentré chez moi, j’ai embrassé ma femme Sylvie et je lui ai expliqué que le médecin m’avait trouvé fatigué et me conseillait un repos forcé avec des médicaments pour mon mal de ventre.

Puis je me suis réfugié dans mon antre.

Le choc de l’annonce a été terrible. Je fond en larmes.

J’aime plus que tout Sylvie. J’aime mes enfants. J’aime même mes beaux fils et belles filles, c’est dire. J’aime encore plus mes petits enfants.

Je suis un eudémoniste convaincu. Le bonheur est au cœur de mon existence. Mais comment annoncer aux gens qui m’aiment ma mort prochaine ? J’ai décidé cela en quelques secondes, dans le cabinet médical : rien ne viendra perturber le bonheur des personnes que j’aime, au moins pendant les six prochains mois. Ma mort sera brutale, nette et précise. Disons en une semaine. Oui, c’est ça une semaine pour mourir, c’est bien.

Le bonheur de mes proches, à tout prix.

Je sèche mes larmes. Je réserve sur internet un séjour dans une auberge perdue dans la pampa.

J’annonce à Sylvie ma décision de m’isoler trois semaines pour me reposer.

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