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Henri Bonaventure

factotum

Le hamac

Le hamac d'Henri, sept. 2020
Le hamac d'Henri, accroché entre deux arbres, dans le petit bois derrière le lac

Il est très pratique ce hamac, que je traine avec moi depuis des années ; quasiment inusable en faisant attention à ne pas le laisser dehors à la mauvaise saison. Il est de dimensions suffisamment confortables pour accueillir une, deux voire trois personnes pourvu qu’elles ne pèsent le quintal chacune, comme moi.

Je l’ai accroché le premier jour, au moment où je savais que j’officierai pendant quelques mois comme factotum. Je le décrocherai bientôt, la semaine prochaine je pense, peu avant de fermer boutique à la fin de la saison.


On a eu une discussion avec la p’tite patronne, la semaine dernière. Puis mercredi dernier on en a parlé tous ensemble, après le service du soir. Les projets à venir, savoir qui serait partant pour une nouvelle … non pas vraiment une saison, disons plutôt une nouvelle aventure, si on avait un peu de quoi investir.

Ça m’a bien plu ce qu’elle nous a dit et je voudrais pouvoir jeter un œil sur ce qui va se passer avant la prochaine ouverture, vérifier que les travaux envisagés se dérouleraient comme il faudrait. Ça me plairait aussi bien d’aller passer quelques semaines sur le caillou, comme j’en ai envie depuis quelques mois.


J’en ai causé avec le gars Gaston, savoir ce qu’il en pensait et puis aussi, il faut que je l’admette, ça me fait un peu … peur d’y aller seul, là-bas, où je ne connais personne. Je ne lui ai pas dit comme ça, bien sûr, mais je crois qu’il a compris quand je lui ai dit :

— Au fait, Gaston, t’aurais pas un peu la bougeotte en ce moment ?
— …
— Parce que je te sens absent, même quand t’es présent, t’as la tête ailleurs et une tête à vouloir l’être.

J’ai bien vu son œil friser un court instant avant de revenir triste.

— J’envisage toujours d’aller faire un tour du côté des ancêtres, sur le caillou.
— …
— Et j’aurai de la place dans ma valise et si jamais ça te disait d’avoir les pieds — et surtout la tête d’ailleurs — à l’envers aux antipodes, ça serait dans l’ordre du possible, si tu me promettais de bien te tenir, évidemment ! Ai-je ajouté.

C’est sur cette proposition que je l’ai laissé en prétextant un coup de pêche prévu, parce je connais le gaillard. Faut le laisser mijoter, comme un bourguignon, lui laisser quelques nuits, quelques envies lui murmurer doucement à l’oreille…


Depuis quelques jours ça me travaille, pour savoir quand partir. Alors pour bien réfléchir, je m’allonge confortablement dans mon hamac réducteur de tête.

C’est compliqué mais je crois avoir une idée, maintenant, de la suite à venir, de la conduite à tenir…


Si vous voulez la vérité vraie[1], tout à l’heure, j’ai sorti ma pièce fétiche de ma poche, celle de dix euros, en argent. Je l’ai lancé en l’air et elle est retombée sur le hamac, entre mes jambes, puis elle a un peu roulé sur le tissu et a glissé par la petite déchirure que je me promets de réparer depuis des années ; celle avec laquelle je joue souvent…

Pile je pars maintenant, face je pars plus tard…

Je me suis relevé et puis je me suis penché pour regarder où elle avait glissé et il me semble bien avoir vu filer à toute vitesse vers la forêt une petite boule de fourrure feu et blanche. Ma main à couper que c’était un des petits garnements de Lucien qui me jouait ce mauvais tour lorsque j’ai vu briller, entre ses dents, un petit éclat argenté.

Pile je pars plus tard, face je pars maintenant…

Note

[1] J’adore aussi ce film !

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