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Joseph Midaloff

Chambre 12

Mini-bal à l'auberge

Nous sommes arrivés en avance mais Élisa et Javot Éric étaient déjà là, à nous attendre. Le salon n’est pas très meublé alors c’est allé vite pour tout pousser sur les côtés, sauf le gros canapé face à la cheminée.

J’ai proposé qu’on s’y mette à quatre car il avait l’air lourd. « Pas toi, c’est trop lourd. Laisse-nous faire mon amour », a dit Éric à Élisa. Alors là j’ai regardé Julie en attendant la soufflante qui n’allait pas manquer et aussi Élisa qui s’était un peu foutue de moi le jour de la pétanque, mais rien, ni l’une ni l’autre. Mieux, Julie s’est fendue d’un sourire d’une oreille à l’autre en faisant un clin d’œil à Élisa ! Si je comprends bien il y en a qui ont le droit d’être machos et pas d’autres. Je note. (Le canapé en fait il avait les pieds un peu collés au sol mais il était pas si lourd, on l’a déplacé facilement.)

À l’heure dite tout était prêt. Hugo est arrivée à 15 heures tapantes, en même temps que Calliste et Artus (mais qui sont les parents de ces gens pour leur donner des prénoms pareils ?)

— Votre lascar va nous rejoindre ? j’ai demandé à Hugo.

Pendant une seconde elle a eu l’air de se demander de qui je parlais et puis elle a fait un sourire en coin :

— Ah non il ne vient pas, il est parti à la chasse à l’ours.

— Ah ben ça alors ! Je suis sur le cul. J’aurais pas dit qu’il était chasseur.

— Mais non il n’est pas chasseur (elle rit). En vrai il est parti acheter un ours en peluche à Saint-Claude. Il a un copain qui vient d’avoir un bébé.

— Ha ha, vu comme ça…

On a parlé un peu pour faire connaissance. D’abord vélo, parce que Calliste et Artus sont comme nous ils en font beaucoup. J’avais le souvenir de deux citoyens pas très rigolards, surtout elle, mais faut croire qu’ils ont su se trouver parce qu’ils étaient joyeux comme tout. Je leur ai dit que j’avais repéré leurs allées et venues dans les couloirs en juillet, ça les a fait rire. « C’est vrai qu’il n’y avait pas de raisons de se cacher, mais c’était grisant aussi de s’imaginer qu’on devait se rejoindre sans se faire prendre ! » Je leur ai raconté quelques tours qu’on avait joué à l’internat, mais pas d’histoires de filles, enfin quasiment pas. Très peu quoi.

À un moment Julie et Élisa sont encore parties sur Simone Signoret et Casque d’Or — rapport qu’il y a beaucoup de scènes de musette — et comme quoi on dit qu’elle était belle à cause de ce film mais qu’elle était aussi belle dans La Vie devant soi et que Montand c’était un sale type, et oh la scène de la cave dans Le Chat, et comment c’était une belle personne, etcétéri etcétéra. Éric et moi on attendait que ça se tasse et on y était presque mais Hugo elle les connaît pas alors elle a demandé pour avoir des conseils de quels films aller voir qui seraient moins connus et qu’elle devrait pas rater et alors là je lui en veux pas mais elle aurait pas dû parce que c’est reparti pour un tour sur la filmographie complète. Misère…

Caroline nous a sauvés quand elle est entrée dans la pièce, Julie a fait les présentations.

— Elle est immense cette bibliothèque, a remarqué Caroline après avoir serré la main de tout le monde. C’est rare dans les hôtels.

— Jeanne m’a dit qu’elle était déjà là quand elle a acheté le bâtiment et qu’elle n’a acheté que quelques livres de plus, lui a répondu Élisa.

— Les clients aussi en ont mis, a dit Julie. Il y en a une qui a laissé un herbier et un client a rangé son journal sur une étagère.

— Oh, où ça, lequel ?

Caroline avait l’air très intéressée. Julie lui a montré. Elle l’a feuilleté aussitôt mais elle a eu l’air un peu déçu. Elle a commencé à examiner chaque étagère, pour voir s’il y en avait d’autres. J’ai vu le moment où on allait y passer l’après-midi, mais heureusement Paul et son barbu sont arrivés.

Je l’aime bien Paulo, on avait déjà bu un coup ensemble avec Lucien une nuit. Son gars je le connaissais pas mais quand il l’a présenté — Siegfried — j’ai tout de suite compris, pas besoin de me faire un dessin ou une affiche à l’entrée de Pollox.

J’ai donné le signal qu’on était venus pour danser quand même, faudrait pas oublier.

— On se tutoie tous, non ? Pas de chichis pour le cha-cha-cha, ha ha ! Alors on est cinq gars et cinq filles. On la joue classique en séparant les amoureux ou on fait comme on sent ?

— On les sépare pas, ils sont tout neufs, a rigolé Julie en montrant Paul et Siegfried.

Ça les a détendus, j’ai l’impression qu’ils se sentaient un peu comme des cadratins dans un casseau de virgules les tourteraux nouveaux.

— C’est comme vous voulez, on peut se séparer cinq minutes quand même !

— Vous en pensez quoi Caroline et Hugo ?

— Moi rien, a répondu Caroline. Que je marche sur les pieds d’une fille ou d’un garçon ça m’est égal !

— Je sais suivre ou mener et je suis plutôt plus à l’aise à mener. Alors si ça va à Caroline, ça m’ira très bien à moi aussi.

Julie a hoché la tête.

— On fait comme ça alors, j’ai préparé une playlist. On danse comme on veut, on n’est pas là pour une leçon, mais si vous voulez qu’on vous montre un pas, vous nous dites. N’hésitez pas, ça nous fait croire qu’on est très forts alors qu’on n’est pas du tout les meilleurs du club.

Elle est allée lancer la musique. J’étais fier de ma Julie qui avait bien su dire les choses et mettre tout le monde à l’aise parce que pendant le reste du temps j’ai bien vu qu’ils s’amusaient tous vraiment et s’en fichaient de bien ou mal danser.

On leur a montré quelques pas de danse, c’était une belle tranche de rigolade. Ce qui était marrant c’est que Caroline et Hugo ont sauvé l’honneur pour apprendre le mambo, ça se tenait bien pour des débutantes, mais alors l’instant rumba rien que d’y repenser je regrette de pas avoir filmé pour mes soirées de déprime ! Paul et Siegfried franchement ils ont du potentiel, ils ont vite trouvé à s’accorder même si c’était pas très dans les clous. Calliste et Artus c’est un autre genre, c’est pas qu’ils étaient particulièrement maladroits, enfin si mais avec beaucoup d’enthousiasme, mais c’est qu’à chaque fois qu’ils se plantaient ça les faisait partir à bidonner sans réussir à s’arrêter. C’est bon signe ça, de savoir se moquer de soi et de l’autre sans qu’il se vexe, ça devrait bien marcher leur affaire.

J’ai rien à dire sur Éric et Élisa parce qu’ils se marchaient sur les pieds tous les trois pas, ils se bousculaient au moindre changement de sens, même le pas de valse ça voulait pas rentrer, mais ils n’arrêtaient pas de se féliciter « whalala t’as vu comme on est bien assortis ? »

Qu’est-ce que tu veux dire à ça ? Tu dis oui bien sûr !

Natou est passée à la fin de son service. Elle nous avait apporté un plateau avec de l’orangeade et des verres. Elle a failli rester avec nous, la musique lui donnait envie et elle est très copine avec Élisa et Paul. Mais finalement elle était pressée de retrouver son Sébastien, elle n’est pas restée longtemps et c’était trognon de voir comment elle se dépêchait de partir.

Une fois ou deux on a changé de partenaire. J’ai dansé avec Siegfried, c’était la première fois que je dansais avec un homme. Les filles qui dansent avec les filles c’est courant. Dans le club et c’est comme ça partout, il y a toujours plus de femmes que d’hommes. Du coup j’avais jamais fait. Je dirais pas qu’on a mis le feu à la piste mais je trouve qu’on s’est bien débrouillés tous les deux.

Quand la playlist a été finie Élisa a regardé l’heure et a proposé qu’on remette tout en place ensemble. Elle avait l’air crevée, alors on leur a dit qu’on n’avait pas besoin d’eux pour remettre trois fauteuils en place et on les a poussés dehors. On s’est mis Ginette qui était pas dans la playlist parce que tout le monde connaissait pas et on a fermé notre petit bal comme ça.

Après avoir tout rangé on a bavardé encore un peu et Paul nous a proposé à Julie et moi qu’on se retrouve tout à l’heure pour l’apéro, mais pas ici vu qu’il n’y a pas de bar. Pas encore mais ça va venir : Natou m’a dit que c’était prévu dans les travaux qu’ils vont faire cet automne, bonne idée ! On ira au Café des Sapins, Paul nous emmenera dans sa BM de pompiers. Julie a fini sa douche, c’est mon tour. Cha cha cha !

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