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Akikazi Takenaka

Chambre 19

Elle a dit oui !

Ca y est, j’ai à nouveau pris du retard dans la rédaction de ce carnet… Cette fois-ci, cela s’impose sans hésitation, ce sera l’ordre chronologique des événements importants (bon, pas forcément les plus importants ou marquants, car sinon je vais encore noircir des pages et des pages racontant à quel point je me sens bien avec Ann-Kathrin et toute la tendresse que nous partageons…)

Jeudi soir, Ann-Kathrin semblait un peu empruntée, mais en même temps amusée, en me montrant un magazine people affichant en couverture sa dégustation d’un fondant avec un autre résident de l’Auberge, Éric Javot, un réalisateur de cinéma dont je ne connais pas le travail. Je l’ai taquinée un peu sur le sujet, mais l’ai rapidement rassurée en lui rappelant ce que je lui avais dit lors d’une de nos premières rencontres : je n’ai aucune exigence d’exclusivité sur mes compagnes, et si l’envie lui prenait d’avoir une aventure avec lui, qu’elle se fasse plaisir. Le jaune cocu ne me sied pas au teint. Nous avons ensuite bien ri en imaginant la tête de son ex-mari, Armin, s’il venait à voir ces photos… Il serait probablement rouge de colère !

Elle m’a longuement parlé de toutes les fois où Armin a fait la une de la presse à scandale autrichienne en s’affichant au bras d’une quelconque poupée Barbie, et de la souffrance qu’elle a pu en ressentir. C’est pourquoi elle tenait absolument à ce que j’apprenne l’existence de cette couverture de sa propre bouche. Je l’ai écoutée attentivement, lui apportant le réconfort que je pouvais lorsque je sentais qu’elle en avait besoin. Je lui suis infiniment reconnaissant qu’elle ait voulu être la première à me prévenir, c’est pour moi un indicateur fort du respect et (peut-être ?) de l’amour qu’elle me porte.

Et c’est fou à quel point les moments passés dans ses bras ou en sa compagnie sont doux, même lors de ces moments de fragilité de l’un ou l’autre de nous deux… Ce soir-là, nous sommes restés sur son balcon à regarder silencieusement le soleil couchant teindre le ciel et les quelques nuages de magnifiques tons orangés, avant de se retirer dans son lit pour continuer nos explorations du corps de l’autre. Tout chez elle est si délicieux…


Le réveil du vendredi matin fut plus mouvementé que les jours précédents. Dès 8h, quelqu’importun tambourinait sur la porte de la chambre d’Ann-Kathrin. Elle se leva pour aller voir ce qui se passait et rembarrer ce malotru, mais l’indiscret personnage réussi malgré tout à entrer dans la chambre. L’importun s’avéra être une importune : une belle jeune femme, d’une vingtaine d’années, qui possède un air de ressemblance indéniable avec ma belle. Elle parlait en allemand avec un flux de paroles incessant ; mon niveau scolaire d’allemand ne m’a pas permis de tout comprendre leurs échanges, mais il apparaissait assez clairement qu’il s’agissait de la fille d’Ann-Kathrin, et qu’elle était venue jusqu’à l’Auberge pour soutenir sa mère face à ce nouveau scandale.

Quand elle m’aperçut, elle se retrouva subitement coite, et Ann-Kathrin put enfin me présenter officiellement sa fille Anneliese. Il fallut encore un certain temps à Anneliese pour réussir à concilier le fait que si j’étais bien un homme nu dans le lit de sa mère, je n’étais toutefois pas Éric Javot. Elle en paraissait presque déçue. Ann-Kathrin a finalement réussi à mettre sa fille à la porte de la chambre, en lui promettant de la rejoindre trois quarts d’heure plus tard au salon. Et c’est en riant qu’elle s’est débarrassée de sa chemise de nuit pour venir me rejoindre sous la couette pour que nous puissions encore pleinement profiter de ces quelques dizaines de minutes d’intimité qui nous étaient accordées.

J’ai passé le reste de la journée à me promener par monts et par vaux dans la forêt, afin de laisser amplement la possibilité à Ann-Kathrin de s’entretenir avec sa fille de ce qui s’est passé depuis son arrivée à l’Auberge. Durant cette balade, j’ai entendu des battements de tambour résonner dans la forêt, mais je n’ai pas réussi à en trouver la source… Et j’ai eu l’impression très nette qu’un dialogue s’était même installé entre le tambour et un (ou plusieurs) pics. Décidément, après les renardeaux, cette forêt regorge de moments magiques !


Si les paparazzis tournent toujours autour de l’Auberge, ils n’ont pas vraiment dû comprendre ce qui s’est passé vendredi soir. À une table du restaurant, quatre personnes : une comtesse autrichienne (Ann-Kathrin von Aalders, comtesse d’Ersterbach), sa fille (Anneliese), un célèbre réalisateur (Éric Javot), et un parfait inconnu, absolument absent des pages de L’almanach de Gotha (moi). Pour la presse à scandale, il ne peut y avoir qu’une évidence : Éric est l’amant de la comtesse, comme l’a montré la couverture du Stars People Magazine. Toutefois, s’ils étaient attentifs, ils se seraient rendus compte que les jeux de regards, de touchés peignaient un tableau complètement différent.

Tout le début du repas c’est Anneliese qui monopolisa l’attention d’Éric : elle voulait des détails sur tout, de la manière dont on réalise des films, jusqu’à savoir comment est tel ou tel acteur en vrai, etc. Éric répondait avec beaucoup d’humour et d’esprit. Ça a l’air d’être quelqu’un de bien ce Éric ; je crois qu’il faudra que je m’intéresse à sa filmographie… mais je ne vais probablement pas commencer par son dernier film L’ibère sera rude, car vu sa longueur, je risque quelque peu de m’endormir avant la fin ! Ann-Kathrin et moi ne pouvions que regarder cet échange avec un sourire amusé.

Une fois rassasiée des réponses d’Éric, c’est vers moi qu’Anneliese tourna son moulin à paroles. Elle voulut tout savoir : ce que je fais dans la vie, est-ce que j’ai des enfants, qu’est-ce que je rêve de réaliser dans ma vie, où en est ma relation avec Charlotte, si j’ai déjà fait du saut en parachute… Tout !

Et brutalement, le coup fatal :

— Et quelles sont vos intentions envers ma mère ? Quelle place aura-t-elle dans votre vie ?

Ann-Kathrin posa sa main sur la mienne, eut un regard amusé et complice vers sa fille, tourna la tête vers moi, et, en me regardant droit dans les yeux avec un sourire mutin, demanda :

— Oui, c’est une bonne question ça, quelles sont tes intentions envers moi ?

Je crois que je n’ai jamais piqué un fard aussi rapidement de toute ma vie ! Après avoir pris l’excuse d’une miette de pain pour expliquer ma quinte de toux soudaine (mais je crois que personne n’a été dupe), je finis par réussir à bredouiller :

— Mes intentions envers Ann-Kathrin ? M’appliquer à lui apporter le plus de bonheur et de plaisir possible, car je sens que si elle est heureuse, je le serai en retour…


Pour la première fois depuis notre première nuit, Ann-Kathrin et moi avons dormi chacun dans notre chambre dans la nuit de vendredi à samedi. Il faut dire qu’Anneliese a décidé de rester quelques jours à l’Auberge et dort dans la chambre de sa mère. Je me sens un peu nerveux… Si Anneliese reste à l’Auberge pour toute la semaine, mon plan de prolonger mon séjour n’a plus aucun sens : nous n’aurons plus l’intimité que je chéris tant. Je devais impérativement trouver le bon moment pour en parler avec Ann-Kathrin et avoir son avis.

N’arrivant plus à dormir, je suis parti tôt le matin faire une balade dans la forêt des environs (je commence à penser que la lumière des sous-bois doit avoir un effet apaisant sur moi). En retournant vers l’Auberge, j’ai vu quelqu’un sortir du bâtiment dans un accoutrement surprenant pour la région : ce n’est quand même pas fréquent dans le Jura de croiser quelqu’un vêtu d’un hakama indigo et portant un tambour japonais dans les bras. Voilà qui expliquait très certainement le duo tambour-pics que j’avais entendu la veille dans la forêt. En tout cas, l’image devant moi était très belle. Elle m’a rappelé cette époque où je m’étais essayé à l’aïkido, plus parce que je trouvais ces tenues tellement belles que par attrait pour l’art martial. Je n’ai d’ailleurs pas été très assidu et ai rapidement arrêté quand j’ai réalisé qu’il me faudrait quelques années de pratique avant d’être autorisé à porter le hakama.


Heureusement, un nouveau moment d’intimité s’est présenté plus vite que je ne l’espérais : l’après-midi, Anneliese a ressenti le besoin d’une longue balade en forêt. Elle et sa mère avaient encore longuement discuté ensemble la veille au soir, et même si elle comprenait et soutenait le choix d’Ann-Kathrin, il lui fallait un peu de temps en solitaire pour réussir à traiter toutes ces informations, et également passer outre la déception que je ne sois pas Éric Javot.

Cela nous laissa quelques heures pour faire un tour du lac en tête-à-tête, Ann-Kathrin et moi. On en a profité pour discuter de ce que la présence d’Anneliese pourrait avoir comme influence sur notre relation et nos moments passés ensemble. Ann-Kathrin a été très claire sur le sujet : pour elle, qu’Anneliese soit présente ou non ne devait en rien changer notre relation. Elle tire bien trop de force de la bienveillance, de l’attention, et de l’écoute que nous nous témoignons l’un pour l’autre pour laisser un élément extérieur venir perturber cela. Elle tient également à pouvoir continuer à profiter de chaque once de tendresse que nous échangeons. Ouf, me voilà rassuré… Je craignais réellement qu’Ann-Kathrin n’ose pas assumer notre relation devant sa fille, ou que leur relation entre elles soit tellement fusionnelle que j’en sois exclu.

En passant près de l’endroit où nous avions eu notre première étreinte charnelle, nous avons échangé un regard espiègle, et, sans une parole, par pure connivence, nous avons rejoué cet instant… le contact de nos peaux, de nos doigts, et de nos langues explorant l’intimité de l’autre est un plaisir sans cesse renouvelé. Ce fut une nouvelle explosion de sensualité et de plaisir commun. Certains diraient certainement que j’en écrit des vertes et des pas mûres, mais pourquoi devrais-je m’abstenir de raconter ces beaux et tendres moments ?

Une fois que nous sommes un peu redescendus des sommets que nous avions atteints, et alors que nous étions encore entrelacés, j’ai osé lui poser LA question :

— Comme tu le sais, ma douce, mes vacances et ma réservation à l’Auberge prennent fin lundi matin. Je t’assure que cela me fend le cœur de m’imaginer devoir m’éloigner de toi.

— Chasse ces sombres pensées Akikazi. Profitons de chaque instant qui nous reste ensemble !

— Mais la présence d’Anneliese change quand même un peu la donne. Ta fille est très sympathique et bienveillante, et semble même avoir accepté mon arrivée dans ta vie, mais sa présence a quand même des effets sur notre intimité. J’avais prévu de prolonger mon séjour ici, mais je ne sais plus maintenant si c’est une très bonne idée… Ann-Kathrin, souhaites-tu que je reste plus longtemps à l’Auberge et que j’en parte le même jour que toi ?

— Oui.

Un laconique Oui, susurré au creux de mon oreille, avec son souffle chaud qui pénétra dans mon pavillon et réveilla en moi de nouvelles ardeurs… C’est fou comme certains moments très simples peuvent être très très beaux. Je dois être un peu fleur bleue au fond de moi…


En rentrant de sa promenade, Anneliese vint nous retrouver, avec un grand sourire qui illuminait son visage. Elle nous expliqua qu’elle n’avait plus vu sa mère être aussi bien et heureuse depuis longtemps et qu’elle soupçonne fortement que ce soit plus ma présence que l’air du Jura qui soit à l’origine de ce bien être. Et que, par conséquent, elle nous donnait sa bénédiction pour cette relation. Oui, elle a bien utilisé le terme de bénédiction, ce qui était fort surprenant dans la bouche d’une jeune femme aussi farouchement anti-cléricale. Ann-Kathrin et moi ne pouvions évidemment que la regarder et l’écouter avec un air amusé…


Ce matin, en croisant la patronne à la réception, avec un sourire extatique sur mon visage, je lui ai fait part du plaisir que j’ai à résider dans cette belle auberge et du repos que j’y trouve, et lui ai demandé s’il y aurait moyen de prolonger mon séjour d’une semaine afin de profiter encore un peu des bienfaits de cette belle région. Son sourire taquin en réponse au mien me fait penser qu’elle doit se douter de la vraie raison de ma demande de prolongation, mais elle resta très professionnelle et ne fit aucune remarque. Elle m’expliqua que ma chambre était malheureusement réservée dès lundi soir déjà, mais que si j’acceptais de déménager mes affaires dans une autre chambre, elle pouvait me louer la chambre 19, et ce même dès maintenant si je le souhaitais.

Au moment où je m’éloignais, elle m’interpella encore :

— C’est peut-être un peu inconvenant de ma part, mais je tenais à vous dire une chose. En faisant votre chambre, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer le badge accroché à votre sac, et ça me fait toujours plaisir de voir un homme l’afficher. Bravo.

— Merci, votre remarque me touche. J’essaie d’être autant que possible à la hauteur de ce que ce badge représente.

Jeanne Lalochère faisait allusion au badge violet de la Grève des Femmes, que j’accroche systématiquement sur les sacs que j’ai avec moi.

Voilà, les planètes se sont plutôt bien alignées ces derniers jours. Demain matin, je déménage mes affaires dans la chambre 19, je confirme à Cédric que je reprendrai le travail une semaine plus tard, et je profite pendant encore sept jours du bonheur partagé avec Ann-Kathrin. J’adore quand un plan se déroule sans accroc !

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