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Akikazi Takenaka

Chambre 19

Somptueuse rencontre

Bon, la partie n’est pas encore gagnée… pour des nuits reposantes s’entend. Attention, l’Auberge n’y est absolument pour rien ! La literie est douce et parfaite, la tranquillité nocturne absolue…. quoique… certaines chouettes hululent peut-être trop près de mes fenêtres, et la comparaison avec la cacophonie des voitures à laquelle je suis habitué depuis ma chambre lausannoise est déstabilisante.

Mais non, je me dois d’être honnête. Ce qui fait que mes nuits sont plus composées d’insomnies que de « somnies, » c’est plutôt que je n’arrive pas à calmer les pensées qui tourbillonnent continuellement dans ma caboche. Pourtant, l’inaction, cela fait des années que je la pratique professionnellement : passer ses journées à refourguer des assurances à de pauvres personnes qui n’en ont pas l’utilité, ce n’est guère chevaleresque in fine, et j’ai franchement perdu la motivation d’arnaquer toutes ces honnêtes gens.

Toutefois, j’ai découvert la nuit dernière que ces périodes de veille non voulue peuvent apporter leur part de belles surprises. N’arrivant pas à dormir, je suis sorti sur la mini-terrasse de la chambre afin de profiter des senteurs nocturnes, et d’observer la lune quasi pleine dans sa course (à défaut de pouvoir la voir se refléter dans l’eau). J’ai donc passé une certaine période, assis à même les lattes, à observer, sentir, et écouter…

Soudain, j’ai senti une odeur peu naturelle, une odeur de fumée. Cherchant la source, j’ai finalement repéré Lucien, la vigie de nuit de l’Auberge, s’éloigner de quelques foulées de l’entrée, farfouiller quelque chose dans l’herbe, puis revenir s’installer en-dessous de moi et attendre, le tout en fumant une cigarette. Sentant alors pleinement la fragrance de la fumée, mon opinion fut faite : il n’a pas dû acheter sa sèche à la buvette de la place… Il faudra que je trouve l’audace de lui demander s’il ne peut m’en céder une petite dose, cela fera probablement des merveilles pour combattre mes insomnies.

J’en étais là de mes pensées, quand j’aperçus de petites lumières sortir lentement de sous les branches, s’approchant petit à petit de la place où Lucien s’était auparavant arrêté… Elle était magnifique, mutine, contrastant passablement avec la couleur verte, ses pupilles étaient pleinement dilatées et ce sont elles qui reflétaient la lumière environnante. Je n’en revenais pas : une renarde, accompagnée de quatre petites boules joueuses et arborant également une toison rousse ! J’ai compris alors que Lucien devait avoir déposé là quelques bribes venant des cuisines, afin d’attirer cette renarde. Et en sentant Lucien retenir « bruyamment » sa respiration, j’ai eu comme l’impression qu’il était surpris de les voir arriver et que c’était probablement la première fois que les petites boules rousses étaient de la partie.

C’est fou la beauté que cela peut avoir la nature animale en pleine liberté, surtout quand elle se montre aussi peu farouche. Après s’être délectées, elles restèrent encore là quelques minutes à jouer entre elles à notre vue, puis filèrent soudainement se réfugier sous la frondaison proche. La joie qui m’avait empli la tête me rappela la fois où j’avais pu observer des loutres jouer entre elles avec de petites pierres quand j’étais jeune. Il y avait cette même impression de présence dans la minute qu’elles vivaient… bricole qui me fait tellement défaut, mais qui correspond pourtant à la cinquième base de l’ikigaï : être ici et maintenant !

Évidemment, après cette rencontre fortuite, une sensation de béatitude m’emplit pleinement, et je ne tardais plus à m’endormir ! Joie !

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